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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2401303

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2401303

jeudi 1 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2401303
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantMAGBONDO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 29 janvier 2024, M. B D et Mme C A, représentés par Me Magbondo, demandent au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de la décision implicite par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours exercé le 20 novembre 2023 contre la décision du 16 octobre 2023 par laquelle les autorités consulaires françaises à Bangui (République centrafricaine) ont refusé de délivrer à M. D un visa de long séjour au titre de la réunification familiale ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer de procéder à un nouvel examen de la demande de visa de M. D, dans un délai de 15 jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- la condition d'urgence est satisfaite dès lors que la décision contestée méconnaît les stipulations des articles 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, en ce qu'elle maintient éloigné M. D de l'ensemble de ses attaches familiales qui résident en France ; l'intéressé est isolé dans son pays d'origine depuis le départ de son frère pour la France ; cette situation le fragilise psychologiquement alors, de plus, qu'il est délaissé par son père ; la durée de leur séparation caractérise l'urgence alors qu'il ne saurait leur être reproché d'avoir été négligents, dès lors que les autorités consulaires françaises ont statué sur la demande de visa litigieuse près de deux ans après son dépôt ; Mme A tente d'être rejointe par M. D depuis 2017 et alors que, compte tenu de la protection qui lui a été accordée, elle ne peut se rendre dans son pays d'origine pour lui rendre visite ;

- il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée.

Vu les pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Robert-Nutte, première conseillère, pour statuer sur les demandes de référé en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ". En vertu de l'article L. 522-3 du code de justice administrative, le juge des référés peut, par une ordonnance motivée, rejeter une requête sans instruction ni audience lorsque la condition d'urgence n'est pas remplie ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée.

2. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi de conclusions tendant à la suspension d'un acte administratif, d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence doit être appréciée objectivement compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'affaire.

3. Pour justifier l'urgence d'une suspension de l'exécution de la décision litigieuse, les requérants invoquent la durée de leur séparation et la situation d'isolement de M. D en République centrafricaine. Toutefois, d'une part, les intéressés ne précisent pas les conditions de vie actuelles de M. D en République centrafricaine. Ainsi, le demandeur de visa, âgé de 20 ans et majeur au regard de la législation de son pays, ne peut être regardé comme placé dans une situation de vulnérabilité ou d'isolement, alors même que son frère allégué a rejoint la France le 27 octobre 2023. D'autre part, il résulte des pièces jointes à la requête que la demande de visa de M. D a été enregistrée le 17 janvier 2022. L'intéressé, tout comme Mme A, qui ont contesté par la voie administrative et contentieuse, un précédent refus de visa, ne pouvaient ignorer que le silence gardé par les autorités consulaires françaises à Bangui durant deux mois à la suite de cet enregistrement a fait naître une décision implicite de rejet de délivrance du visa sollicité. Ainsi, la présente demande de suspension a été enregistrée plus de 22 mois après la naissance du refus consulaire, ce qui est de nature à contredire la situation d'urgence invoquée. De même, il résulte des pièces jointes à la requête que les intéressés ne se sont enquis des suites données à cette demande qu'à compter du mois de mai 2023, soit plus 17 mois après son enregistrement, ce qui caractérise un manque de diligence de nature à dénuer leur requête de caractère urgent. En outre, il résulte des échanges de mail entre le conseil des requérants et l'ambassade de France à Bangui que M. D a été convoqué le 28 juin 2023 en vue de l'actualisation de son dossier de demande de visa. Ainsi et comme cela résulte de la date de référence de son dossier indiquée en en-tête de la décision consulaire, un nouvel enregistrement de sa demande est intervenu le 28 juin 2023. Dès lors, et en tenant compte de cette date d'enregistrement, un refus implicite de délivrer le visa sollicité est, en tout état de cause, né le 28 septembre 2023, soit plus de quatre mois avant la saisine du juge du référé-suspension. Eu égard à l'observation de ce délai, le manque de diligence des requérants paraît là encore contradictoire avec la situation d'urgence dont ils se prévalent. Enfin, il est constant que la durée de séparation des requérants est également due au précédent refus de visa opposé à M. D, le 20 septembre 2017, dont la légalité a été confirmée par un jugement du tribunal du 22 octobre 2021 devenu définitif, motivé, notamment, par le caractère frauduleux du jugement produit par Mme A lui conférant l'autorité parentale à l'égard de M D. Par suite, au regard de l'ensemble de ces circonstances, la condition d'urgence, au sens et pour l'application des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, ne peut être regardée comme remplie.

4. Il y a lieu, dès lors, de rejeter la requête de M. D et Mme A, en toutes ses conclusions, selon la procédure prévue à l'article L. 522-3 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. B D et Mme C A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B D et Mme C A.

Fait à Nantes, le 1er février 2024.

La juge des référés,

O. ROBERT-NUTTELa République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

Pour expédition conforme,

Le greffier,

N°2401303

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