lundi 25 mars 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2401774 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Avocat requérant | BEARNAIS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 6 et 27 février 2024, le préfet de la Vendée demande au juge des référés :
1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, à M. E B et Mme C D et leur famille, ainsi qu'à tous les occupants de leur chef, de libérer sans délai le logement dédié aux demandeurs d'asile qu'ils occupent situé 4 rue Marceau Bretaud, appartement B4 1er étage, résidence de la Ceriseraie à Fontenay-le-Comte (85), et géré par l'hébergement d'urgence pour demandeurs d'asile (HUDA) AREAMS ;
2°) de l'autoriser à procéder à leur expulsion avec le concours de la force publique.
3°) de l'autoriser à donner toutes instructions utiles au gestionnaire du logement afin de débarrasser les lieux des biens meubles s'y trouvant, aux frais et risques de M. E B et Mme C D, à défaut pour ceux-ci de les avoir emportés.
Il soutient que :
- le juge administratif est compétent en application de l'article L. 552-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- sa requête est recevable en application des mêmes dispositions ;
- les conditions d'urgence et d'utilité sont satisfaites dès lors que le maintien dans un logement pour demandeurs d'asile de M. B et Mme D, déboutés de l'asile, compromet le bon fonctionnement du service public, alors qu'au 31 décembre 2023, 76 demandeurs d'asile étaient en attente d'un hébergement dans le département de la Vendée, chiffre porté à 95 au 31 janvier 2024 ;
- elle ne fait l'objet d'aucune contestation sérieuse que dès lors que M. B et Mme D se maintiennent dans le logement alors que leurs demandes d'asile ont été rejetées par deux décisions de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) du 27 septembre 2023, notifiées 4 octobre suivant; l'office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) les a informés par un courrier du 5 octobre 2023 notifié le 12 octobre 2023 de la fin de leur prise en charge et, par des courriers du 27 novembre 2023 notifiés le 28 novembre suivant, le préfet les a mis en demeure de quitter les lieux dans un délai de quinze jours ; les intéressés ne justifient d'aucune circonstance exceptionnelle, alors qu'ils pourront bénéficier, à leur sortie, d'un hébergement d'urgence d'une durée maximale de quinze jours ; la mesure sollicitée ne méconnaît pas les stipulations du 1er paragraphe de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ; ils ne justifient que d'un appel au 115, la veille de l'audience ; les intéressés font l'objet de mesures d'éloignement et ne peuvent se prévaloir d'un droit à choisir le pays dans lequel ils entendent développer leur vie privée et familiale.
Par un mémoire en défense, enregistré le 27 février 2024, M. E B et Mme C D, représentés par Me Béarnais, concluent, à titre principal, au rejet de la requête, à titre subsidiaire, à ce qu'il leur soit laissé un délai de six mois avant de procéder à leur expulsion, et, en tout état de cause, à ce qu'il soit mis à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à leur conseil en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Ils font valoir que :
- les conditions d'urgence et d'utilité ne sont pas remplies : la saturation des dispositifs locaux d'hébergement au titre de l'asile ne saurait suffire à démontrer l'existence de perturbations graves au fonctionnement normal du service public et, ainsi, l'urgence spéciale à prononcer leur expulsion ; leur refus de quitter le logement est dû à l'impossibilité dans laquelle ils sont placés de trouver une solution d'hébergement alors qu'ils sont accompagnés de leurs trois enfants mineurs dont deux sont scolarisés ; aucun place ne leur a été réservée pour une durée de 15 jours au SIAO, contrairement à ce que soutient le préfet de la Vendée ; le gestionnaire du logement n'a pas mis en place de procédure d'accompagnement à leur bénéfice ; la mesure sollicitée porte atteinte à l'intérêt supérieur de leur enfants, scolarisés, et alors qu'ils sont parfaitement intégrés en France ; la composition de leur famille et leur intégration révèlent une situation de particulière vulnérabilité ; la mesure sollicitée porte une atteinte disproportionnée à leur droit de mener une vie privée et familiale normale, garanti par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; elle porte également atteinte à leur droit à la dignité humaine ;
- la mesure sollicitée se heurte à une contestation sérieuse : il n'a pas été tenu compte de la particularité de leur situation, au regard notamment de la composition de leur famille, en méconnaissance de l'article L. 744-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; la mise en balance de la protection de leurs intérêts, alors qu'ils présentent une situation de détresse psychologique et sociale, et font preuve d'un solide intégration en France, avec les motifs de la mesure sollicitée révèle une contestation sérieuse ; de plus, aucune solution d'hébergement ne leur a été proposée ni n'a été réservée auprès du SIAO et ils seront contraints de vivre à la rue avec leurs enfants mineurs, si la mesure sollicitée était prononcée ;
- il est nécessaire qu'ils bénéficient d'un délai d'au moins six mois avant le prononcé de leur expulsion : leur situation implique qu'ils puissent bénéficier d'un délai de grâce tel qu'entendu par le code des procédures civiles d'exécution ; la composition de leur famille, la scolarisation de leurs enfants, leur situation de détresse psychologique et sociale, en l'absence de toute solution de relogement, justifient qu'il soit sursis à leur expulsion durant 6 mois.
M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 27 février 2024.
Vu les pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Robert-Nutte, première conseillère, pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Après avoir entendu au cours de l'audience publique du 27 février 2024 à 9 heures 30 :
- le rapport de Mme Robert Nutte, juge des référés,
- et les observations de Me Béarnais, représentant M. B et Mme D, en leur présence, qui reprend ses écritures à la barre et indique que les intéressés entendent demander le réexamen de leur demande d'asile et ont contesté les mesures d'éloignement dont ils font l'objet, ce qui constitue également des contestations sérieuses auxquelles se heurte la mesure sollicitée.
La clôture de l'instruction a été reportée au 27 février 2024 à 15h30.
Considérant ce qui suit :
1. Le préfet de la Vendée demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 552-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et L. 521-3 du code de justice administrative, d'ordonner l'expulsion M. E B et Mme C D du logement dédié aux demandeurs d'asile qu'ils occupent, avec leurs trois enfants, situé 4 rue Marceau Bretaud, appartement B4 1er étage, résidence de la Ceriseraie à Fontenay-le-Comte (Vendée), et géré par l'HUDA AREAMS.
2. D'une part, aux termes de l'article L. 552-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les lieux d'hébergement mentionnés à l'article L. 552-1 accueillent les demandeurs d'asile pendant la durée d'instruction de leur demande d'asile ou jusqu'à leur transfert effectif vers un autre Etat européen ". Selon l'article L. 551-11 du même code : " L'hébergement des demandeurs d'asile prévu au chapitre II prend fin au terme du mois au cours duquel le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français a pris fin, dans les conditions prévues aux articles L. 542-1 et L. 542-2 ". L'article L. 552-15 dispose : " Lorsqu'il est mis fin à l'hébergement dans les conditions prévues aux articles L. 551-11 à L. 551-14, l'autorité administrative compétente ou le gestionnaire du lieu d'hébergement peut demander en justice, après mise en demeure restée infructueuse, qu'il soit enjoint à cet occupant sans titre d'évacuer ce lieu. / Le premier alinéa n'est pas applicable aux personnes qui se sont vues reconnaître la qualité de réfugié ou qui ont obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire. Il est en revanche applicable aux personnes qui ont un comportement violent ou commettent des manquements graves au règlement du lieu d'hébergement. / La demande est portée devant le président du tribunal administratif, qui statue sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative et dont l'ordonnance est immédiatement exécutoire ".
3. D'autre part, aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative ".
4. Il résulte de la combinaison des dispositions précitées que, saisi par le préfet d'une demande tendant à ce que soit ordonnée l'expulsion d'un lieu d'hébergement pour demandeurs d'asile d'un demandeur d'asile dont la demande a été définitivement rejetée, le juge des référés y fait droit dès lors que la demande d'expulsion ne se heurte à aucune contestation sérieuse et que la libération des lieux présente un caractère d'urgence et d'utilité.
5. En premier lieu, M. B et Mme D, ressortissants azerbaïdjanais nés les 3 septembre 1976 et 7 février 1986, sont hébergés dans un logement dédié aux demandeurs d'asile, situé 4 rue Marceau Bretaud appartement B4 1er étage, résidence de la Ceriseraie à Fontenay-le-Comte (Vendée), et géré par l'HUDA AREAMS. Leurs demandes d'asile ont été définitivement rejetées par deux décisions de la Cour nationale du droit d'asile en date du 27 septembre 2023, notifiées aux intéressés le 4 octobre suivant. Ils ont été informés de la fin de leur prise en charge par un courrier de l'office français de l'immigration et de l'intégration en date du 5 octobre 2023, notifié aux intéressés le 12 octobre 2023. Une mise en demeure de quitter ce lieu, dans un délai de quinze jours, leur a été adressée par le préfet de la Vendée le 27 novembre 2023, notifiée le 28 novembre 2023. M. B et Mme D se maintiennent ainsi dans un lieu d'hébergement pour demandeurs d'asile, alors que leurs demandes d'asile ont été définitivement rejetées. La mesure sollicitée ne se heurte dès lors à aucune contestation sérieuse, les circonstances invoquées par les intéressés tirées de ce que leurs enfants mineurs et scolarisés sont également concernés par la mesure d'expulsion sollicitée, qu'ils justifient de leur intégration en France et souffrent de difficultés de santé, qu'ils ne disposent pas de solution de relogement, y compris en hébergement d'urgence, contrairement à ce qu'indique le préfet, qu'ils entendent demander le réexamen de leur demande d'asile et ont contesté les mesures d'éloignement dont ils font l'objet, n'étant pas de nature à caractériser l'existence d'une contestation sérieuse.
6. En second lieu, la libération des lieux par M. B et Mme D, définitivement déboutés de l'asile, présente, eu égard aux exigences de bon fonctionnement et de continuité du service public d'accueil et d'hébergement des demandeurs d'asile, ainsi qu'à la situation de tension de ce dispositif, un caractère d'urgence et d'utilité et apparaît comme la seule mesure susceptible de préserver la continuité du service public de l'accueil des demandeurs d'asile
7. Toutefois, il résulte de l'instruction que le foyer des intéressés, qui ne disposent pas de solution de relogement pérenne, est composé de trois enfants, âgés de 15, 12 et 6 ans et scolarisés, lesquels font preuve d'assiduité dans le suivi de leurs enseignements et dont les efforts consentis dans les apprentissages et l'acquisition de la langue française sont soulignés par l'équipe enseignante particulièrement celle accompagnant la jeune A, élève en classe de 3ème. Ces circonstances justifient que leur soit accordé, pour libérer le logement pour demandeurs d'asile qu'ils occupent indûment, un délai de deux mois à compter de la notification de la présente ordonnance et, en l'absence de départ volontaire des intéressés à l'issue de ce délai, d'autoriser le préfet de la Vendée à procéder à l'évacuation forcée des lieux avec le concours de la force publique et à prendre les mesures nécessaires pour faire enlever, aux frais et risques de M. B et Mme D, les biens meubles qui s'y trouveraient.
8. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions de M. B et Mme D présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
O R D O N N E :
Article 1er : Il est enjoint à M. B et Mme D de libérer, dans un délai de deux mois à compter de la notification de la présente ordonnance, le logement qu'ils occupent situé 4 rue Marceau Bretaud, appartement B4 1er étage, résidence de la Ceriseraie à Fontenay-le-Comte (Vendée).
Article 2 : En l'absence de départ volontaire de M. B et Mme D, dans le délai imparti, le préfet de la Vendée pourra faire procéder à leur expulsion et à l'évacuation de leurs biens, par les moyens légaux de son choix, aux frais, risques et périls des intéressés, au besoin avec le concours de la force publique.
Article 3 : Les conclusions de M. B et Mme D présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 sont rejetées.
Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée au ministre de l'intérieur et des outre-mer, à M. E B, Mme C B et à Me Béarnais.
Copie sera en outre adressée au préfet de la Vendée.
Fait à Nantes, le 25 mars 2024.
La juge des référés,
O. ROBERT-NUTTE
La greffière,
G. PEIGNELa République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
N°2401774
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026