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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2402199

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2402199

jeudi 4 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2402199
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantLESCS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 14 février 2024 sous le numéro 2402199, complétée par des productions de pièces les 1er mars 2024 et 6 mars 2024, M. C B et Mme A D), représentés par Me Lescs, demandent au juge des référés :

1°) sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de la décision du 8 janvier 2024 par laquelle le ministre de l'intérieur, en exécution du jugement n° 2215718 du 30 mai 2023, a refusé la délivrance d'un visa de long séjour à madame au titre de la réunification familiale, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cette décision ;

2°) d'enjoindre au consul de France à Islamabad de délivrer le visa sollicité dans le délai de huit jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 500 euros au profit de leur conseil, qui renoncera, dans cette hypothèse, à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative, ou, si la demande d'aide juridictionnelle est rejetée, à leur profit en application des dispositions de ce dernier article.

Ils soutiennent que :

- la condition d'urgence est satisfaite dès lors que madame est en situation irrégulière sur le territoire pakistanais et risque l'expulsion vers l'Afghanistan et que les enfants de monsieur, dont elle est la mère adoptive, souffrent de son absence depuis leur arrivée en France,

- il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :

* elle est insuffisamment motivée,

* le lien marital ou, à tout le moins, de concubinage entre la demandeuse de visa et le réfugié étant établi, l'article L. 561-2, I, du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est méconnu,

* elle méconnaît les articles 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et 3§1 de la convention internationale des droits de l'enfant,

* la vulnérabilité particulière des enfants adoptifs de la demandeuse de visa comme de cette dernière n'a pas été suffisamment prise en compte.

Le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale a été accordé à M. B par décision du 16 février 2024.

Vu :

- la décision attaquée ;

- la requête n° 2402380 enregistrée le 13 février 2024 par laquelle M. B et Mme D) demandent l'annulation de la décision susvisée ;

- les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention internationale des droits de l'enfant ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ". En vertu de l'article L. 522-3 du même code, lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou qu'il apparaît manifeste qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans instruction ni audience.

2. Par jugement n° 2215718 du 11 décembre 2023, ce tribunal a annulé la décision implicite par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours formé le 6 octobre 2022 contre la décision de l'autorité consulaire française à Islamabad (Pakistan) en date du 3 août 2022 portant - au motif que les déclarations de l'intéressée conduisent à conclure à une tentative frauduleuse pour obtenir un visa au titre de la réunification familiale - refus de délivrance à Mme A D), ressortissante afghane née le 10 décembre 1991, et a enjoint au ministre de l'intérieur de procéder au réexamen de la demande dans le délai de deux mois. En exécution de ce jugement, le ministre, pour lequel il n'a pas été produit de mémoire en défense dans l'instance n° 2215718, a, par décision du 8 janvier 2024, confirmé le refus de visa au motif que la demandeuse ne peut être considérée ni comme la conjointe de M. C B - auquel la qualité de réfugié a été reconnue par décision du directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides en date du 29 avril 2016, et dont les enfants sont entrés en France le 16 septembre 2022 - au sens des dispositions de l'article L. 561-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le mariage, au demeurant non reconnu par l'office, étant postérieur à la date d'introduction de la demande d'asile de M. B, ni comme sa concubine en l'absence de production d'éléments justifiant d'une vie commune suffisamment stable et continue avant cette même date.

3. Au soutien de leur demande de suspension de l'exécution de la décision litigieuse, M. B et Mme D) font valoir que madame, en situation irrégulière sur le territoire pakistanais, risque l'expulsion vers l'Afghanistan et que les enfants de monsieur, dont elle est la mère adoptive, souffrent de son absence depuis leur arrivée en France. Toutefois, alors que près de six ans se sont écoulés entre le dépôt de la demande de visa et l'obtention par M. B du statut de réfugié, l'existence d'une situation d'urgence ne peut être tenue pour établie. En outre, aucun des moyens invoqués par les requérants ne paraît manifestement propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée. Par suite, il y a lieu de faire application de l'article L. 522-3 du code de justice administrative et de rejeter la requête, en toutes ses conclusions.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. B et Mme D) est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. C B

et Mme A D) et à Me Lescs.

Fait à Nantes, le 4 avril 2024.

La vice-présidente, juge des référés,

A.-C. WUNDERLICH

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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