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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2403113

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2403113

mardi 5 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2403113
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantMAGBONDO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 29 février 2024, suivie de la production de pièces complémentaires le 1er mars 2024, M. A E et Mme H, représentés par Me Magbondo, demandent au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution des décisions du 7 février 2024 par lesquelles les autorités consulaires françaises à C ont refusé de délivrer un visa de long séjour à Mme H et aux enfants B, F et D, au titre de la réunification familiale ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de réexaminer les demandes de visas, dans un délai de quinze jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- la condition d'urgence est satisfaite : ils appartiennent à la communauté Malinké dont la pratique de la mutilation sexuelle ou de l'excision est notoirement ancrée. Monsieur a été contraint de séjourner en Côte d'Ivoire du 24 juin au 23 juillet 2023 afin de dissuader sa famille et sa belle-famille de mutiler ses filles. Or, le déplacement de Madame avec ses enfants à C pour la procédure de visas a fait naître des soupçons de fuite, exposant ces dernières au risque imminent de mutilation sexuelle. La durée de séparation de la famille est également un motif d'urgence.

- il existe un doute sérieux quant à la légalité des décisions en litige :

* elles sont insuffisamment motivées ;

* elles méconnaissent les dispositions de l'article L. 561-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

* elles méconnaissent les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et celles de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

Vu les pièces du dossier ;

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal administratif a désigné M. G pour statuer sur les demandes en référé.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ". Aux termes de l'article L. 522-1 du même code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. / Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique () ". Aux termes de l'article L. 522-3 dudit code : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1 ".

2. Dans le cas où une décision administrative ne peut, comme en l'espèce, être déférée au juge qu'après l'exercice d'un recours administratif préalable, une requête tendant à la suspension de cette décision peut être présentée au juge des référés dès que ce recours préalable obligatoire a été formé, la mesure ordonnée en ce sens valant, au plus tard, jusqu'à l'intervention de la décision administrative prise sur le recours présenté par l'intéressé. Le requérant doit toutefois démontrer l'urgence particulière qui justifie la saisine du juge des référés avant même que l'administration ait statué sur le recours introduit devant elle.

3. En l'espèce, pour justifier de l'existence d'une situation d'urgence à statuer sur les décisions du 7 février 2024 par lesquelles les autorités consulaires françaises à C ont refusé de délivrer un visa de long séjour au titre de la réunification familiale à Mme H et aux jeunes B, F et D, nées en 2009 et 2013, M. A E, ressortissant ivoirien ayant obtenu le statut de réfugié, se prévaut de la durée de séparation d'avec celles qu'il présente comme son épouse et ses filles, ainsi que le risque que celles-ci ne soient victimes de mutilations sexuelles de la part des membres de leurs familles. Toutefois, en se bornant à faire état de ce que ces derniers ont des soupçons quant à la fuite de la famille vers la France, ce qui aurait pour conséquence de précipiter leurs actes de violence, M. A E et Mme H ne sauraient être regardés comme établissant l'imminence du risque tel qu'allégué. Pour douloureuse qu'elle puisse être, la durée de séparation entre les membres de la famille mise en exergue par les requérants ne caractérise pas davantage l'urgence particulière, rappelée au point n° 2, à statuer sur la requête avant l'intervention d'une décision de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France, saisie le 21 février 2024, instance qui est dès lors appelée à se prononcer, à tout le moins implicitement, dans un délai de deux mois à compter de cette date. Par suite, la condition d'urgence au sens et pour l'application de l'article L. 521-1 du code de justice administrative ne peut être regardée comme remplie.

4. Il résulte de ce qui précède que la requête doit être rejetée en toutes ses conclusions, en application de la procédure prévue aux dispositions de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de M. A E et de Mme H est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A E et à Mme H.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Fait à Nantes, le 5 mars 2024.

Le juge des référés,

Laurent G

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

1

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