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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2403363

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2403363

mercredi 27 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2403363
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantLESCS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 5 mars 2024, Mme B A et M. C A, représentés par Me Lescs, demandent au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision du 22 janvier 2024 par laquelle l'autorité consulaire française à Téhéran a refusé d'accorder à Mme A un visa de long séjour au titre de la réunification familiale ;

2°) d'enjoindre au consul français de Téhéran " de lui délivrer " le visa sollicité, dans un délai de huit jours et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros " à leur verser en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 75 de la loi du 10 juillet 1991 ".

Ils soutiennent que :

- la condition d'urgence est satisfaite :

* au regard de la situation d'isolement de Mme A, laquelle est âgée de 77 ans, en situation irrégulière sur le territoire iranien, depuis l'obtention par sa belle-fille et ses trois petits-enfants, avec qui elle résidait depuis plus de dix ans en Iran, de leur visa de long séjour au titre de la réunification familiale le 24 janvier 2024 ;

* en tant que femme de nationalité afghane et mère d'un ancien officier des services de renseignement du précédent gouvernement afghan, elle risque de subir violences et persécutions en Iran ainsi que l'expulsion vers l'Afghanistan, où elle serait exposée à des traitements inhumains ou dégradants ;

- il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :

* elle est insuffisamment motivée au regard des dispositions des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration et des stipulations de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

* elle est entachée d'erreurs de droit en ce qu'elle méconnaît les dispositions des articles L. 561-2 et L. 561-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et celles du paragraphe 2 de l'article 10 de la directive 2003/86/CE relative au regroupement familial ; du fait de son âge, de son état de santé et de la situation sécuritaire, Mme A est dans l'incapacité de subvenir seule à ses propres besoins ;

* elle est entachée d'erreurs de fait et d'une erreur manifeste d'appréciation en ce qu'il est établi qu'elle est la mère de M. C A et qu'en tant qu'ascendante directe à la charge de son fils, elle doit être regardée comme réunissant les conditions de bénéfice du visa de long séjour au titre de la réunification familiale ;

* elle méconnaît les dispositions de l'article 7 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et celles du premier paragraphe de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense, enregistré le 18 mars 2024, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- la condition d'urgence n'est pas remplie :

- aucun des moyens soulevés n'est propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée.

Vu :

- les pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- la directive 2003/86/CE du Conseil du 22 septembre 2003 ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Bouchardon, premier conseiller, pour statuer sur les demandes de référé en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 19 mars 2024 à 10h30 :

- le rapport de M. Bouchardon, juge des référés,

- et les observations du représentant du ministre de l'intérieur et des outre-mer.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ressortissante afghane née le 2 décembre 1946, a effectué une demande de visa d'entrée et de long séjour au titre de la réunification familiale, arguant de son lien avec M. C A, qui s'est vu reconnaître le statut de réfugié en France par une décision de l'office français de protection des réfugiés et apatrides le 11 juillet 2022. Les requérants demandent au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision du 22 janvier 2024 par laquelle l'autorité consulaire française à Téhéran a refusé de lui délivrer ce visa.

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".

3. Aucun des moyens invoqués par Mme B A et par M. C A, tels qu'énoncés dans les visas de cette ordonnance, ne paraît, en l'état de l'instruction, de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision en litige. Il y a lieu, en conséquence, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la condition d'urgence, de rejeter la requête en toutes ses conclusions.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de Mme B A et de M. C A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B A, à M. C A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Fait à Nantes, le 27 mars 2024.

Le juge des référés,

L. BOUCHARDON

La greffière,

M-C. MINARDLa République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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