mardi 9 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2404279 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Avocat requérant | BEARNAIS |
Vu la procédure suivante :
I - Par une première requête, enregistrée le 20 mars 2024, suivie de pièces complémentaires, enregistrées les 27 mars et 5 avril 2024 à 10h09 sous le n° 2404272, Mme A B, représentée par Me Béarnais, demande au juge des référés :
1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision du 26 décembre 2023 par laquelle le préfet de la Vendée a refusé de renouveler son titre de séjour ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Vendée de procéder à un nouvel examen de sa situation, dans un délai de quinze jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, et dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros HT à verser à son conseil en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 sur l'aide juridique.
Elle soutient que :
- la condition d'urgence est satisfaite :
* s'agissant plus particulièrement des refus de renouvellement de titre de séjour ou des décisions de retrait, la jurisprudence administrative a dégagé une présomption d'urgence ;
* le refus de titre de séjour a pour effet de la placer en situation irrégulière et dans une grande précarité alors qu'elle pouvait percevoir l'allocation adultes handicapés auparavant. Compte tenu de l'absence de titre de séjour, le contrat de son époux a été suspendu et la famille se retrouve sans ressources en présence d'enfants mineurs scolarisés. L'employeur envisageait également de garder Monsieur dans son entreprise et de poursuivre son contrat lorsque celui-ci aurait un titre de séjour en cours de validité.
- il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :
* elle est entachée d'un vice d'incompétence, le préfet ne rapportant pas la preuve que son auteur disposait d'une délégation de pouvoir ou de signature ;
* elle est entachée d'un défaut de motivation au regard des dispositions des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration au regard de sa situation personnelle et le fait qu'elle doive poursuivre son traitement et son suivi. Elle doit également être hospitalisée une fois par mois. De plus rien, n'est mentionné s'agissant de son intégration, elle qui a réalisé des activités de bénévolat, ni s'agissant du travail de son mari ainsi que du sérieux des enfants à l'école ;
* elle est entachée d'un vice de procédure :
+ en premier lieu, en application de l'article R. 425-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la partie adverse est informée par le service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) de la transmission du rapport médical rédigé par le médecin au collège de médecins. Au regard de l'exigence d'impartialité, il revient à la partie adverse de démontrer que le médecin qui a établi le rapport médical sur son état de santé n'a pas siégé au sein du collège des médecins qui a émis l'avis dont le préfet se prévaut pour prendre la décision contestée ;
+ en deuxième lieu, les textes prévoient que l'avis rendu par l'OFII doit être collégial, issu d'une délibération. Il reviendra à la partie adverse de démontrer que tel a bien été le cas ;
+ en dernier lieu, il revient à la partie adverse de démontrer que le délai de trois mois prévu par les textes a bien été respecté ;
* elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation ; le préfet aurait dû actualiser sa situation médicale et le fait qu'elle poursuive un protocole de soins lourd qu'il serait dommageable d'arrêter si elle venait à être expulsée ;
* elle est entachée d'une erreur de droit au regard des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; le collège de médecins de l'OFII a reconnu que son état de santé nécessitait une prise en charge médicale dont le défaut de traitement pouvait entraîner un préjudice d'une exceptionnelle gravité ;
* elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; le préfet rejette sa demande de titre de séjour sans jamais examiner la possibilité de régulariser sa situation au regard de cet article, qui n'est même pas mentionné dans les visas ;
* elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : elle démontre un ancrage de sa vie privée en France. Elle produit des éléments démontrant son intégration sur le territoire depuis lors, malgré les grandes difficultés rencontrées, liées à son état de santé.
Par un mémoire en défense enregistré le 4 avril 2024, le préfet de la Vendée conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- la condition d'urgence n'est pas remplie.
- aucun des moyens soulevés n'est propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée.
II - Par une seconde requête, enregistrée le 20 mars 2024 sous le n° 2404279, suivie de pièces complémentaires, enregistrées le 5 avril 2024, M. C, représenté par Me Béarnais, demande au juge des référés :
1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision par laquelle le préfet de la Vendée a implicitement refusé de lui délivrer un titre de séjour ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Vendée de procéder à un nouvel examen de sa situation, dans un délai de quinze jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, et dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros HT à verser à son conseil en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 sur l'aide juridique.
Il fait valoir les mêmes arguments s'agissant de la condition d'urgence et soutient les mêmes moyens que ceux développés par son épouse sous le numéro précédent.
Par un mémoire en défense enregistré le 4 avril 2024, le préfet de la Vendée conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir les mêmes arguments que sous le numéro précédent.
M. C et Mme A B ont obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du 26 mars 2024.
Vu :
- les autres pièces des dossiers ;
- les requêtes en annulation des décisions attaquées.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Bouchardon, premier conseiller, pour statuer sur les demandes de référé en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 5 avril 2024 à 10h30 :
- le rapport de M. Bouchardon, juge des référés,
- et les observations de Me Béarnais, avocate des requérants, en leur présence, qui développe oralement ses écritures et fait valoir, s'agissant de la condition tenant à l'urgence, que le document attestant de la promesse d'embauche de M. C en qualité de maçon est entaché d'une erreur de plume, dès lors qu'il est daté de janvier 2023 et non de janvier 2024. Elle produira un document rectifié en note en délibéré.
La clôture de l'instruction a été reportée à 16h00.
Une pièce complémentaire, présentée pour les requérants, a été enregistrée dans les deux dossiers le 5 avril 2024 à 13h15. Elle a été communiquée.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A B et M. C, ressortissants azerbaidjanais, parents de trois enfants mineurs, déclarent être entrés irrégulièrement en France le 22 août 2019. Ils demandent au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, d'ordonner la suspension de l'exécution des décisions par lesquelles le préfet de la Vendée a refusé de leur délivrer un titre de séjour.
Sur la jonction :
2. Les requêtes n° 2404272 et 2404279, formées par les membres d'une même famille, présentent à juger des questions semblables et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu, par suite, de les joindre pour qu'il soit statué par une seule ordonnance.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
3. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".
En ce qui concerne la condition d'urgence :
4. Il résulte des dispositions précitées de l'article L. 521-1 du code de justice administrative que la condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre.
5. Il résulte de l'instruction que Mme A B justifie souffrir d'une lourde pathologie psychiatrique, être suivie en France en raison de celle-ci depuis 2021 par une prise en charge régulière au sein de l'établissement public de santé mentale de Vendée et percevoir l'allocation adulte handicapée. Par ailleurs, M. C démontre avoir occupé plusieurs emplois en qualité d'agent de production, de paysagiste, et bénéficier d'une récente promesse d'embauche en qualité de maçon, aux termes d'un contrat à durée indéterminée. Ainsi, et alors que les intéressés sont parents de trois jeunes enfants en âge d'être scolarisés, les décisions contestées, en ce qu'elles les placent, à défaut du caractère régulier de leur séjour en France, dans un état de précarité tant sociale que financière, portent en tout état de cause atteinte de manière suffisamment grave et immédiate à leur situation pour que la condition d'urgence prévue à l'article L. 521-1 du code de justice administrative soit regardée comme remplie.
En ce qui concerne la condition tenant à l'existence d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux sur la légalité des décisions :
6. En l'état de l'instruction, eu égard aux éléments d'ordre médical produits par les requérants et non sérieusement contredits en défense, est propre à créer un doute sérieux quant à la légalité du refus de séjour en litige opposé à Mme A B, le moyen tiré de ce que cette décision méconnait les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. En tout état de cause, est propre à créer un doute sérieux quant à la légalité des refus de séjour en litige, le moyen tiré de ce, qu'eu égard à la durée du séjour des intéressés en France, de l'importance des efforts accomplis pour exercer une activité professionnelle s'agissant de M. C, du niveau de l'intégration sociale de la famille, notamment celle des trois enfants parfaitement scolarisés, les décisions méconnaissent les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
7. La condition de l'urgence et celle tenant à l'existence d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité des décisions de refus de séjour opposées à Mme A B et à M. C étant réunies, il y a lieu d'en suspendre l'exécution jusqu'à qu'il soit statué sur la requête en annulation desdites décisions.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
8. La présente ordonnance implique nécessairement qu'il soit procédé au réexamen de la situation administrative de Mme A B et de M. C et que leur soit délivrée, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour, valable jusqu'à l'intervention d'une nouvelle décision à la suite de ce réexamen ou jusqu'à ce qu'il ait été statué par le tribunal sur les requêtes au fond. Il y a lieu d'enjoindre au préfet de la Vendée d'y procéder dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la présente ordonnance.
Sur les frais d'instance :
9. M. C et Mme A B ont été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, leur avocate peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Béarnais, avocate des requérants, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'État le versement à son profit dans les deux affaires d'une somme globale de 800 euros.
O R D O N N E :
Article 1er : L'exécution des décisions par lesquelles le préfet de la Vendée a refusé de délivrer un titre de séjour à M. C et à Mme A B est suspendue.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Vendée de réexaminer la situation administrative de M. C et de Mme A B, dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la présente ordonnance et de leur délivrer une autorisation provisoire de séjour, valable jusqu'à l'intervention d'une nouvelle décision ou jusqu'à ce qu'il ait été statué au fond sur la requête tendant à l'annulation des décisions refusant de leur délivrer un titre de séjour.
Article 3 : L'Etat versera à Me Béarnais la somme globale de 800 euros pour l'ensemble des deux affaires, en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A B, à M. C, au ministre de l'intérieur et des outre-mer et à Me Béarnais.
Copie en sera adressée au préfet de la Vendée.
Fait à Nantes, le 9 avril 2024.
Le juge des référés,
L. Bouchardon
La greffière,
M-C. Minard
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
N° 2404272 et 2404279
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026