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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2405776

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2405776

vendredi 24 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2405776
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Avocat requérantBEARNAIS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le17 avril 2024, le préfet de la Loire-Atlantique demande au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, à M. C B de libérer sans délai le logement géré par le CAES France Horizon qu'il occupe au 29 rue de Malville à Nantes (44100);

2°) à défaut pour l'intéressé de libérer les lieux, d'autoriser son expulsion par tous moyens légaux, au besoin, avec le concours de la force publique ;

3°) de l'autoriser à donner toutes les instructions utiles au gestionnaire du CADA France Horizon afin de débarrasser les lieux des biens meubles s'y trouvant, aux frais et risques de M. B, à défaut pour celui-ci de les avoir emportés.

Il soutient que :

-les conditions d'urgence et d'utilité de la mesure sont satisfaites dès lors que le maintien indu dans un logement pour demandeurs d'asile de M. B compromet le bon fonctionnement du service public, alors qu'au 31 janvier 2024, 1 388 demandeurs d'asile et leurs familles étaient en attente d'un hébergement dans le département ; le logement en cause est occupé indûment, sans qu'il ne justifie d'aucune circonstance exceptionnelle telle que définie par la jurisprudence, qui lui permettrait de prétendre au maintien dans le lieu d'hébergement pour demandeurs d'asile ;il n'est pas isolé sur le territoire français puisque plusieurs membres de sa famille y sont présents et en mesure de l'entourer et de l'accompagner ; si M. B se prévaut d'un état de santé fragile pour justifier son maintien dans le logement mis à sa disposition, d'une part, l'intéressé a fait le choix de ne pas dévoiler plus avant la pathologie dont il souffre et partant, de ne pas mettre les services de la préfecture en mesure d'apprécier la gravité de son état de santé, d'autre part, le collège de médecins de l'OFII a considéré que l'absence de prise en charge médicale de sa maladie ne devrait pas entraîner de conséquences d'une exceptionnelle gravité. Ainsi, rien ne permet de conclure que l'intéressé souffre d'une maladie ne permettant pas son expulsion, au sens de la présente procédure ;

- la mesure demandée ne fait l'objet d'aucune contestation sérieuse dès lors que M. B a déposé une demande d'asile qui a été définitivement rejetée par décision de la CNDA du 17novembre 2022 notifiée le 23 novembre suivant; Il a été informé par courrier du 31 mars 2023 notifié le jour même de la fin de sa prise en charge par l'OFII à partir du 23 décembre 2022 ; la circonstance qu'il a été avisé de la décision de sortie portant fin de sa prise en charge postérieurement seulement à la date à laquelle il aurait dû libérer le logement ne remet pas en cause le caractère sérieux de la mesure sollicitée ; s'étant maintenu dans les lieux, il a été mis de demeure de les quitter dans un délai d'un mois par une décision du 20 avril 2023 notifié le 24 avril suivant, restée infructueuse ; par ailleurs, M. B fait l'objet d'une décision du 27 novembre 2023 portant obligation de quitter le territoire français et ne dispose d'aucun titre lui permettant de se maintenir sur le territoire français et donc, a fortiori, dans un logement prévu pour l'hébergement des demandeurs d'asile ; En ce sens, la mesure sollicitée doit être prescrite sans délai en ce qu'il y a urgence à faire libérer les hébergements pour demandeurs d'asile indument occupés ; tout délai qui lui serait accordé aurait pour seule conséquence de rallonger d'autant la détresse des demandeurs d'asile en attente d'un hébergement au sein d'une structure dédiée à leur accompagnement, M. B se maintenant dans les lieux indument depuis plus d'un an ;il n'établit pas avoir entamé des démarches en vue de son relogement et, en tout état de cause, cette seule circonstance ne saurait conduire à lui octroyer un délai pour quitter le logement qu'il occupe indûment, dans l'attente d'une solution de relogement effective.

Par un mémoire en défense, enregistré le 13 mai 2024, M. C B, représenté par Me Béarnais conclut à titre principal au rejet de la requête et, à titre subsidiaire à ce qu'un délai de six mois lui soit accordé pour mettre à exécution la mise en demeure dont il fait l'objet et à ce que soit mis à la charge de l'Etat le versement à son conseil d'une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il fait valoir que :

- la condition d'urgence n'est pas satisfaire dès lors qu'il n'est pas justifié de l'urgence spéciale se rapportant à la saturation du dispositif d'accueil des demandeurs d'asile alors qu'il ne dispose d'aucune solution alternative, ses appels au service du 115 restant sans solution de relogement ; en outre, le dispositif légal prévoit des procédures d'accompagnement qui n'ont pas été mises en place par le gestionnaire, alors que sa situation personnelle et médicale doit être prise en compte ; il avait ainsi formulé une demande de titre de séjour pour raison de santé qui a été rejetée par une décision du 27 novembre 2023 par le préfet de la Loire-Atlantique ;

- la mesure demandée porte une atteinte disproportionnée à sa situation de vulnérabilité au regard des problèmes de santé qu'il rencontre ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en ce qu'elle constitue une atteinte à ses droits à une vie privée et familiale normale, eu égard à sa fragilité, à son suivi médical et à sa situation familiale, en ce qu'il est père de deux enfants en cours de scolarité, nécessitant un environnement stable et calme ;

- elle fait l'objet d'une contestation sérieuse dès lors que le préfet n'a pas tenu compte de sa situation personnelle ci-dessus rappelée et de sa détresse psychologique et sociale.

Vu les pièces du dossier.

Vu :

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Echasserieau, premier conseiller, pour statuer sur les demandes de référé en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 14 mai 2024 à 9 heures 30 :

- le rapport de M. Echasserieau, juge des référés,

- les observations de Me Béarnais, représentant M. C B, en sa présence, qui conclut aux mêmes fins, par les mêmes moyens, en insistant sur le moyen tiré de sa situation de particulière vulnérabilité due à ses problèmes médicaux.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Le préfet de la Loire-Atlantique demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 552-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et L. 521-3 du code de justice administrative, d'ordonner l'expulsion de M. C B de libérer sans délai le logement géré par le CAES France Horizon qu'il occupe au 29 rue de Malville à Nantes (44100).

2. Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision ".Aux termes de l'article L. 552-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'il est mis fin à l'hébergement dans les conditions prévues aux articles L. 551-11 à L. 551-14, l'autorité administrative compétente ou le gestionnaire du lieu d'hébergement peut demander en justice, après mise en demeure restée infructueuse, qu'il soit enjoint à cet occupant sans titre d'évacuer ce lieu. () La demande est portée devant le président du tribunal administratif, qui statue sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative et dont l'ordonnance est immédiatement exécutoire. ".

3. Il résulte de ces dispositions que, saisi par le préfet d'une demande tendant à ce que soit ordonnée l'expulsion d'un lieu d'hébergement pour demandeurs d'asile, le juge des référés du tribunal administratif y fait droit dès lors que la demande d'expulsion ne se heurte à aucune contestation sérieuse et que la libération des lieux présente un caractère d'urgence et d'utilité.

4. En premier lieu, M. B a déposé une demande d'asile qui a été définitivement rejetée par décision de la CNDA du 17 novembre 2022 notifiée le 23 novembre suivant. Il a été informé par courrier du 31 mars 2023 notifié le jour même de la fin de sa prise en charge par l'OFII à partir du 23 décembre 2022. S'étant maintenu dans les lieux, il a été mis de demeure de les quitter dans un délai d'un mois par une décision du 20 avril 2023 notifié le 24 avril suivant, restée infructueuse.

5. En second lieu, la libération des lieux par M. B, définitivement débouté de l'asile, présente, eu égard aux exigences de bon fonctionnement et de continuité du service public d'accueil et d'hébergement des demandeurs d'asile, ainsi qu'à la situation de tension de ce dispositif, un caractère d'urgence et d'utilité et apparaît comme la seule mesure susceptible de préserver la continuité du service public de l'accueil des demandeurs d'asile dont le caractère saturé est suffisamment établi par les pièces produites par le préfet. En outre, les documents médicaux fournis par M. B pour contester la proportionnalité de la mesure, pour douloureux que soit l'état de l'intéressé, ne sont pas de nature à remettre en cause le caractère d'urgence et d'utilité de celle-ci eu égard aux exigences de bon fonctionnement et de continuité du service public d'accueil et d'hébergement des demandeurs d'asile, ainsi qu'à la situation de tension de ce dispositif. Par ailleurs, l'état de santé de l'intéressé, qui se maintient indûment dans un logement pour demandeurs d'asile alors que sa demande d'asile a été définitivement rejetée et qu'il a déclaré au préfet que son épouse et ses enfants résident en Géorgie, ne sont pas suffisantes pour établir que la mesure sollicitée méconnaitrait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en ce qu'elle serait manifestement excessive au droit de sa famille au respect de la vie privée et familiale. Enfin, si le requérant évoque l'impossibilité pour lui de trouver une solution alternative auprès du service d'hébergement d'urgence il n'établit pas qu'il contacterait régulièrement ledit service. Dès lors, la mesure sollicitée ne se heurte à aucune contestation sérieuse.

6. Il résulte de tout ce qui précède qu'il y a lieu d'enjoindre à M. B de quitter sans délai, dès la notification de la présente ordonnance, le lieu d'hébergement qu'il occupe et, en l'absence de départ volontaire de l'intéressé dans ce délai, d'autoriser le préfet de la Loire-Atlantique à procéder à l'évacuation forcée des lieux avec le concours de la force publique et à prendre les mesures nécessaires pour faire enlever, à ses frais et risques les biens meubles qui s'y trouveraient.

O R D O N N E :

Article 1er : Il est enjoint à M. B de libérer sans délai, dès la notification de la présente ordonnance, le logement qu'il occupe au 29 rue de Malville à Nantes (44100).

Article 2 : En l'absence de départ volontaire de M. B, le préfet de Loire-Atlantique pourra faire procéder à leur expulsion et à l'évacuation de leurs biens, par les moyens légaux de son choix, aux frais, risques et périls de l'intéressé, au besoin avec le concours de la force publique.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. C B, au ministre de l'intérieur et des outre-mer et à Me Bearnais.

Copie en sera transmise au préfet de la Loire-Atlantique.

Fait à Nantes, le 24 mai 2024

Le juge des référés,

B. ECHASSERIEAU

La greffière,

M. ALa République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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