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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2407364

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2407364

lundi 3 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2407364
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation- Asile - 15 jours
Avocat requérantSIMEN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 17 mai 2024, M. H B, représenté par Me Simen, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 6 mai 2024 par lequel le préfet de Maine-et-Loire a décidé son transfert aux autorités italiennes ;

2°) d'enjoindre au préfet de Maine-et-Loire, à titre principal, de prendre en charge sa demande d'asile et de lui délivrer une attestation de demande d'asile en procédure normale ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans un délai de sept jours à compter du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son avocat d'une somme de 1 200 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- il n'est pas justifié de la compétence du signataire de l'arrêté litigieux ;

- il n'est pas justifié de ce que les autorités italiennes ont relevé ses empreintes, ni qu'elles ont été saisies, ni qu'elles ont donné leur accord ;

- l'arrêté litigieux méconnaît les dispositions des articles 3 paragraphe 2 et 17 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 et les stipulations de l'article 4 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, et de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 29 mai 2024, le préfet de Maine-et-Loire conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 21 mai 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013, dit " E A " ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Gourmelon pour statuer sur les litiges visés à l'article L. 572-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Gourmelon, magistrate désignée, a été entendu au cours de l'audience publique.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant ivoirien, déclare être entré le 11 mars 2024. Il s'est présenté à la préfecture de Loire-Atlantique le 3 avril 2024 pour y déposer une demande d'asile. La consultation du fichier Eurodac a fait apparaître que l'intéressé avait sollicité l'asile auprès des autorités italiennes préalablement au dépôt de sa demande d'asile. Les autorités italiennes, saisies le 8 avril 2024, ont fait connaitre le 24 avril 2024 leur accord à sa reprise en charge. Par l'arrêté attaqué du 6 mai 2024, le préfet de Maine-et-Loire a décidé de transférer M. B aux autorités italiennes.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, par un arrêté du 28 février 2024 régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture, le préfet de Maine-et-Loire a donné délégation à M. Nicolas Brochard, secrétaire administratif de classe exceptionnelle, adjoint à la cheffe du pôle régional E de la préfecture de Maine-et-Loire, signataire de l'arrêté attaqué, à l'effet de signer les décisions d'application du règlement " E A " prises à l'égard des ressortissants étrangers en cas d'absence ou d'empêchement de M. C F, directeur de l'immigration et des relations avec les usagers, et de Mme D G, cheffe du pôle. Il n'est ni établi ni même allégué que M. F et Mme G n'auraient pas été absents ou empêchés. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'arrêté attaqué doit être écarté.

3. En deuxième lieu, le préfet de Maine-et-Loire justifie, par la production de la fiche décadactylaire Eurodac produite par le préfet de Maine-et-Loire, de ce que les empreintes digitales de M. B ont été enregistrées le 16 octobre 2023 par les autorités italiennes sous le numéro IT 1SP016TQ (hit 1) correspondant au dépôt d'une demande d'asile auprès des autorités italiennes. Il justifie également, par la production de la requête aux fins de reprise en charge adressée aux autorités italiennes le 8 avril 2024, et du courrier de réponse de celles-ci du 24 avril 2024, de ce que ces autorités ont bien été saisies et de ce qu'elles ont accepté de reprendre en charge M. B sur le fondement de l'article 18.1.b du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013. Par suite, le moyen tiré de ce qu'il ne serait justifié, ni de la prise d'empreintes à l'origine de la mise en œuvre de la procédure de transfert, ni de la saisine des autorités italiennes, ni de leur accord doit être écarté.

4. En troisième et dernier lieu, en application de l'article 3 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " 1. Les États membres examinent toute demande de protection internationale présentée par un ressortissant de pays tiers ou par un apatride sur le territoire de l'un quelconque d'entre eux, y compris à la frontière ou dans une zone de transit. La demande est examinée par un seul État membre, qui est celui que les critères énoncés au chapitre A désignent comme responsable. / 2. () / Lorsqu'il est impossible de transférer un demandeur vers l'État membre initialement désigné comme responsable parce qu'il y a de sérieuses raisons de croire qu'il existe dans cet État membre des défaillances systémiques dans la procédure d'asile et les conditions d'accueil des demandeurs, qui entraînent un risque de traitement inhumain ou dégradant au sens de l'article 4 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, l'État membre procédant à la détermination de l'État membre responsable poursuit l'examen des critères énoncés au chapitre A afin d'établir si un autre État membre peut être désigné comme responsable/ () ". Aux termes de l'article 17 du même règlement : " 1. Par dérogation à l'article 3, paragraphe 1, chaque État membre peut décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement. / L'État membre qui décide d'examiner une demande de protection internationale en vertu du présent paragraphe devient l'État membre responsable et assume les obligations qui sont liées à cette responsabilité () ". Ces dispositions doivent être appliquées dans le respect des droits garantis par la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne et la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

5. Par ailleurs, eu égard au niveau de protection des libertés et des droits fondamentaux dans les Etats membres de l'Union européenne, lorsque la demande de protection internationale a été introduite dans un Etat autre que la France, que cet Etat a accepté de prendre ou de reprendre en charge le demandeur et en l'absence de sérieuses raisons de croire qu'il existe dans cet État membre des défaillances systémiques dans la procédure d'asile et les conditions d'accueil des demandeurs, qui entraînent un risque de traitement inhumain ou dégradant au sens de l'article 4 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, les craintes dont le demandeur fait état quant au défaut de protection dans cet Etat membre doivent en principe être présumées non fondées, sauf à ce que l'intéressé apporte, par tout moyen, la preuve contraire. La seule circonstance qu'à la suite du rejet de sa demande de protection par cet Etat membre l'intéressé serait susceptible de faire l'objet d'une mesure d'éloignement ne saurait caractériser la méconnaissance par cet Etat de ses obligations.

6. Si M. B fait état de l'existence de défaillances affectant les conditions d'accueil et de prise en charge des demandeurs d'asile en Italie qui entraîneraient un risque de traitement inhumain ou dégradant, les éléments d'ordre général qu'il verse aux débats, et les décisions de justice citées, dont la plus récente date de 2021, ne permettent pas d'établir qu'à la date à laquelle de l'arrêté attaqué a été édicté, sa demande d'asile serait exposée à un risque sérieux de ne pas être traitée par les autorités italiennes dans des conditions conformes à l'ensemble des garanties exigées par le respect du droit d'asile alors que l'Italie est un Etat membre de l'Union européenne partie tant à la convention de Genève du 28 juillet 1951 sur le statut des réfugiés, complétée par le protocole de New York, qu'à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Par ailleurs, le requérant n'apporte pas d'éléments de nature à établir une particulière vulnérabilité en cas de transfert en Italie. Dans ces conditions, le requérant, par les éléments qu'il invoque, n'établit pas que le préfet de Maine-et-Loire aurait, en décidant son transfert aux autorités italiennes, méconnu les dispositions du 2 de l'article 3 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013, ni celles de l'article 17 du même règlement. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 4 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ne peut qu'être écarté, pour les mêmes motifs,

7. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. B doit être rejetée, en toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. H B, à Me Simen et au préfet de Maine-et-Loire.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 juin 2024.

La magistrate désignée,

V. GOURMELONLa greffière,

G. PEIGNE

La République mande et ordonne au préfet de Maine-et-Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

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