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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2407761

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2407761

jeudi 11 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2407761
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Avocat requérantBEARNAIS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 27 mai 2024, le préfet de la Vendée demande au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, à M. B A ainsi qu'à tous occupants de son chef de libérer sans délai le logement dédié aux demandeurs d'asile qu'il occupe situé 7 rue Archereau, chambre n°1, à La Roche-sur-Yon (85), et géré par l'association VISTA ;

2°) d'autoriser le recours à la force publique pour procéder à l'évacuation forcée des lieux ;

3°) de l'autoriser à donner toutes les instructions utiles au gestionnaire du logement afin de débarrasser les lieux des biens meubles s'y trouvant, aux frais et risques de M. A, à défaut pour ceux-ci de les avoir emportés.

Il soutient que :

- les conditions d'urgence et d'utilité sont satisfaites dès lors que le maintien dans un logement pour demandeurs d'asile de M. A, dont la demande d'asile a été déclarée irrecevable, compromet le bon fonctionnement du service public, alors qu'au 29 février 2024, 2 310 demandeurs d'asile et leurs familles étaient en attente d'un hébergement dans la région, et 88 dans le département, et qu'au 31 décembre 2022, le dispositif d'accueil des demandeurs d'asile totalisait 6 102 places d'hébergement dans la région et 922 dans le département ; le logement en cause est occupé indûment, sans que M. A ne justifie d'aucune circonstance exceptionnelle telle que définie par la jurisprudence, qui lui permettrait de prétendre au maintien dans le lieu d'hébergement pour demandeurs d'asile ; il a été informé, par une lettre du SIAO 85 du 3 mai 2024, qui lui a été remise en main propre le 10 mai suivant mais qu'il a refusé de signer, de la possibilité d'appeler le 115 pour bénéficier d'un hébergement d'urgence pour une durée maximale de quinze jours afin d'organiser sa sortie du lieu d'hébergement ; aucun délai ne saurait lui être accordé pour son départ volontaire ;

- la mesure sollicitée ne fait l'objet d'aucune contestation sérieuse dès lors que le contrat de séjour de M. A limitait la durée de l'hébergement à celle de l'instruction de sa demande d'asile, qui a été déclarée irrecevable par une décision de l'OFPRA en date du 12 janvier 2024 qui lui a été notifiée le 15 janvier suivant, en raison du fait qu'il bénéficie déjà d'une protection dans un autre Etat ; l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) l'a informé, par un courrier du 19 janvier 2024, notifié le 30 janvier suivant, de la fin de sa prise en charge à compter du 31 janvier 2024, et, par un courrier du 26 mars 2024 notifié le 2 avril 2024, il a été mis en demeure de quitter les lieux dans un délai de quinze jours francs ; le 19 avril 2024, le gestionnaire du logement a constaté son maintien dans les lieux.

Par un mémoire en défense enregistré le 14 juin 2024, M. A, représenté par Me Béarnais, conclut, à titre principal, au rejet de la requête, et, à titre subsidiaire, à ce que lui soit laissé un délai d'au moins 6 mois pour libérer le logement concerné, et, en tout état de cause, à ce qu'il soit mis à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à son conseil sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il fait valoir que :

- la condition d'urgence n'est pas satisfaite dès lors que la réalité de perturbations graves au fonctionnement normal du service public n'est pas démontrée ; de plus, la saturation du dispositif national d'accueil des demandeurs d'asile n'est pas davantage établie ; par ailleurs, il est en situation de grande précarité et dans l'incapacité totale de trouver une solution de logement alternative ; enfin, il est enregistré en tant que demandeur d'asile en procédure normale et son recours est en cours d'examen par la CNDA ; de surcroît, la mesure sollicitée porte une atteinte disproportionnée à sa situation, méconnaît son droit à une vie privée et familiale normale, et le principe de dignité ;

- la mesure sollicitée se heurte à une contestation sérieuse : il n'est pas établi qu'il bénéficie d'une protection en Grèce ; il est considéré comme un demandeur d'asile qui a droit au bénéfice des conditions matérielles d'accueil, dans l'attente de l'examen par la CNDA de son recours ; son état de détresse psychologique et sociale constitue également une contestation sérieuse ;

- à titre subsidiaire, sa situation personnelle et l'absence de solution de relogement justifient qu'il lui soit accordé un délai d'au moins six mois pour quitter le logement en cause.

M. B A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 12 juin 2024.

Vu les pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Robert-Nutte, première conseillère, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Robert-Nutte, juge des référés, a été entendu au cours de l'audience publique du 17 juin 2024 à 9 heures 30.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Le préfet de la Vendée demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 552-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et L. 521-3 du code de justice administrative, d'ordonner l'expulsion de M. A du logement dédié aux demandeurs d'asile qu'il occupe, situé 7 rue Archereau, chambre n°1, à La Roche-sur-Yon (85), et géré par l'association VISTA.

Sur les conclusions présentées sur le fondement des articles L. 521-3 du code de justice administrative :

2. D'une part, aux termes de l'article L. 552-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les lieux d'hébergement mentionnés à l'article L. 552-1 accueillent les demandeurs d'asile pendant la durée d'instruction de leur demande d'asile ou jusqu'à leur transfert effectif vers un autre État européen ". Aux termes de son article L. 551-11 : " L'hébergement des demandeurs d'asile prévu au chapitre II prend fin au terme du mois au cours duquel le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français a pris fin, dans les conditions prévues aux articles L. 542-1 et L. 542-2 ". Aux termes de son article L. 542-1 : " En l'absence de recours contre la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin à la notification de cette décision. / Lorsqu'un recours contre la décision de rejet de l'office a été formé dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français prend fin à la date de la lecture en audience publique de la décision de la Cour nationale du droit d'asile ou, s'il est statué par ordonnance, à la date de la notification de celle-ci ". Aux termes de son article L. 542-2 : " Par dérogation à l'article L. 542-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin : / 1° Dès que l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a pris les décisions suivantes : / a) une décision d'irrecevabilité prise en application des 1° ou 2° de l'article L. 531-32 ; / () ". Aux termes de son article L. 531-32 : " L'Office français de protection des réfugiés et apatrides peut prendre une décision d'irrecevabilité écrite et motivée, sans vérifier si les conditions d'octroi de l'asile sont réunies, dans les cas suivants : / 1° Lorsque le demandeur bénéficie d'une protection effective au titre de l'asile dans un État membre de l'Union européenne ; / 2° Lorsque le demandeur bénéficie du statut de réfugié et d'une protection effective dans un État tiers et y est effectivement réadmissible ; / () / ". Aux termes de son article L. 552-15 : " Lorsqu'il est mis fin à l'hébergement dans les conditions prévues aux articles L. 551-11 à L. 551-14, l'autorité administrative compétente ou le gestionnaire du lieu d'hébergement peut demander en justice, après mise en demeure restée infructueuse, qu'il soit enjoint à cet occupant sans titre d'évacuer ce lieu. / Le premier alinéa n'est pas applicable aux personnes qui se sont vues reconnaître la qualité de réfugié ou qui ont obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire. Il est en revanche applicable aux personnes qui ont un comportement violent ou commettent des manquements graves au règlement du lieu d'hébergement. / La demande est portée devant le président du tribunal administratif, qui statue sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative et dont l'ordonnance est immédiatement exécutoire ".

3. D'autre part, aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative ".

4. Il résulte de la combinaison des dispositions précitées que, saisi par le préfet d'une demande tendant à ce que soit ordonnée l'expulsion d'un lieu d'hébergement pour demandeurs d'asile d'un demandeur d'asile dont la demande a été définitivement rejetée, le juge des référés y fait droit dès lors que la demande d'expulsion ne se heurte à aucune contestation sérieuse et que la libération des lieux présente un caractère d'urgence et d'utilité.

5. En premier lieu, M. A, ressortissant érythréen né le 17 octobre 1998, est entré sur le territoire français le 10 octobre 2023. Sa demande d'asile a été enregistrée auprès de l'OFPRA le 27 novembre 2023, lequel a rejeté celle-ci pour irrecevabilité le 12 janvier 2024 au motif qu'il bénéficie déjà d'une protection accordée par les autorités grecques. Cette décision lui a été notifiée le 15 janvier 2024, puis il a été informé, par un courrier du 19 janvier 2024 qui lui a été remis en main propre le 30 janvier suivant, de la fin de sa prise en charge par l'OFII à compter du 31 janvier 2024. Une mise en demeure de quitter le lieu d'hébergement dans un délai de quinze jours francs lui a été adressée par le préfet de la Vendée le 26 mars 2024, notifiée le 2 avril suivant. M. A se maintient ainsi dans un lieu d'hébergement pour demandeurs d'asile, alors que sa demande d'asile a été déclarée irrecevable. Compte tenu de cette irrecevabilité, l'intéressé ne bénéficie plus du droit d'être hébergé dans un lieu d'accueil pour demandeurs d'asile, contrairement à ce qu'il fait valoir. Par ailleurs, sa situation personnelle et l'absence de solution de relogement ne révèlent pas l'existence de circonstances exceptionnelles justifiant son maintien dans le lieu d'hébergement qu'il occupe. Par suite, la mesure sollicitée ne se heurte à aucune contestation sérieuse.

6. En second lieu, la libération des lieux par M. A, dont la demande d'asile a été déclarée irrecevable dès lors qu'il bénéficie d'une protection effective en Grèce, motif suffisamment établi par les éléments produits par le préfet, présente, eu égard aux exigences de bon fonctionnement et de continuité du service public d'accueil et d'hébergement des demandeurs d'asile, ainsi qu'à la situation de tension de ce dispositif, dont l'administration justifie par les éléments chiffrés communiqués, un caractère d'urgence et d'utilité et apparaît comme la seule mesure susceptible de préserver la continuité du service public de l'accueil des demandeurs d'asile.

7. Il résulte de tout ce qui précède qu'il y a lieu d'enjoindre à M. A, dont la situation ne révèle pas de circonstances de nature à justifier l'octroi d'un délai pour libérer son logement, de quitter, sans délai, le lieu d'hébergement qu'il occupe et, en l'absence de départ volontaire de l'intéressé à compter de la notification de cette ordonnance, d'autoriser le préfet de la Vendée à procéder à l'évacuation forcée des lieux avec le concours de la force publique et à prendre les mesures nécessaires pour faire enlever, à ses frais et risques les biens meubles qui s'y trouveraient.

Sur les frais d'instance :

8. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme demandée par M. A, au titre des frais exposés par lui à l'occasion de la procédure et non compris dans les dépens. Par suite, les conclusions de M. A présentées au titre des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 doivent être rejetées.

O R D O N N E :

Article 1er : Il est enjoint à M. A de libérer, sans délai à compter de la notification de cette ordonnance, le logement qu'il occupe au sein du centre d'accueil pour demandeurs d'asile, situé 7 rue Archereau, chambre n°1, à La Roche-sur-Yon (85), et géré par l'association VISTA.

Article 2 : En l'absence de départ volontaire immédiat de M. A, le préfet de la Vendée pourra faire procéder à son expulsion et à l'évacuation de ses biens, par les moyens légaux de son choix, aux frais, risques et périls de l'intéressé, au besoin avec le concours de la force publique.

Article 3 : Les conclusions de M. A présentées au titre des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 sont rejetées

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée au ministre de l'intérieur et des outre-mer, à M. B A et Me Béarnais

Copie sera en outre adressée au le préfet de la Vendée.

Fait à Nantes, le 11 juillet 2024.

La juge des référés,

O. Robert-Nutte

La greffière,

M-C. Minard

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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