jeudi 12 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2409223 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 7ème Chambre |
| Avocat requérant | BEARNAIS |
Vu les procédures suivantes :
I. Par une ordonnance du 15 juin 2024, enregistrée le même jour au greffe du tribunal, le magistrat désigné du tribunal administratif de Nantes a transmis au tribunal administratif de Rennes, en application des dispositions des articles R. 776-17 et R. 221-3 du code de justice administrative, la requête de M. B A, à l'exclusion des conclusions dirigées contre le refus de titre de séjour.
Par une requête et des mémoires, enregistrés sous le numéro 2401551 les 1er février 2024, 10 mai 2024 et 23 août 2024, M. D A, représenté par Me Béarnais, demande au tribunal :
1°) d'annuler les décisions du 15 janvier 2024 par lesquelles le préfet de la Vendée a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office et lui a interdit le retour sur le territoire pour une durée de deux ans ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son avocate en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
S'agissant de la décision portant refus de titre de séjour :
- il n'est pas établi qu'elle a été signée par une autorité compétente ;
- elle n'est pas suffisamment motivée en méconnaissance des dispositions de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le droit d'être entendu tel qu'il résulte de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne n'a pas été mis en œuvre avant son édiction ;
- elle méconnaît les dispositions des articles L. 423-7 et L. 423-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnait les stipulations du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;
S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- le droit d'être entendu tel qu'il résulte de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne n'a pas été mis en œuvre avant son édiction ;
- elle méconnaît les dispositions du 5° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation, dès lors que sa présence en France ne constitue pas une menace pour l'ordre public ;
Sur la décision portant refus de délai de départ volontaire :
- il n'est pas établi qu'elle a été signée par une autorité compétente ;
- elle est dépourvue de base légale ; le préfet a motivé sa décision sur le risque qu'il se soustraie à l'obligation de quitter le territoire français alors que n'ayant jamais fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français, il ne peut être établi qu'il se soustraie à une telle mesure ;
- elle est entachée d'erreur de fait, tenant à l'absence de garanties de représentation en France ;
S'agissant de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans :
- il n'est pas établi qu'elle a été signée par une autorité compétente ;
- elle n'est pas suffisamment motivée, le préfet ne s'étant pas prononcé sur chacun des critères de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et méconnait les dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 8 avril 2024 et le 25 juin 2024, le préfet de la Vendée conclut au rejet de la requête.
Il soutient qu'aucun des moyens soulevés par le requérant n'est fondé.
Par une lettre du 14 juin 2024, le préfet de la Vendée a informé le tribunal du placement en rétention administrative de M. B A.
II. Par une ordonnance n° 2403336 du 19 juin 2024, enregistrée le même jour au greffe du tribunal, le magistrat désigné du tribunal administratif de Rennes a renvoyé une nouvelle fois au tribunal administratif de Nantes, en application des dispositions des articles R. 312-8 et R. 221-3 du code de justice administrative, la requête de M. B A précédemment enregistrée sous le numéro 2401551 et à nouveau enregistrée au greffe le même jour sous le numéro 2409223.
M. B A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 16 octobre 2024.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République du Niger relative à la circulation et au séjour des personnes (ensemble un échange de lettres), signée à Niamey le 24 juin 1994, approuvée par la loi n° 97-742 du 2 juillet 1997 et publiée par le décret n° 97-868 du 18 septembre 1997 ;
- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- le code civil ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport Mme Béria-Guillaumie, présidente-rapporteure,
- les observations de Me Béarnais, représentant M. B A,
- et les observations de M. B A.
Considérant ce qui suit :
1. M. D A, ressortissant nigérien né en janvier 1982, déclare être entré irrégulièrement en France, pour la première fois, le 10 octobre 2013. Sa demande de reconnaissance de la qualité de réfugié a été rejetée par une décision du 12 décembre 2016 de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides. Son recours contre cette décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a été rejeté par une décision de la Cour nationale du droit d'asile du 19 juin 2018. Après qu'un refus de séjour lui a été opposé le 13 novembre 2017, l'intéressé a obtenu la délivrance d'un titre de séjour en qualité de parent d'enfant français, valable du 21 novembre 2018 au 20 novembre 2019 et renouvelé jusqu'au 26 janvier 2021. Faisant l'objet d'un mandat d'arrêt européen émis par Malte, il a été remis aux autorités maltaises et a été incarcéré pendant trois années à Malte. Le requérant est entré pour la dernière fois sur le territoire français le 4 août 2023, sous couvert d'un laisser-passer émis par les autorités maltaises. Il a sollicité du préfet de la Vendée, le 4 décembre 2023, le renouvellement de son titre de séjour en qualité de parent d'enfant français. Sa demande a été rejetée par un arrêté du 15 janvier 2024, portant en outre obligation de quitter le territoire français sans délai, fixant le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office et lui interdisant le retour sur le territoire français pour une durée de deux ans. Par un arrêté du 14 juin 2024, le préfet de la Vendée a placé M. B A en rétention administrative au centre de rétention de Rennes-Saint-Jacques-de-la-Lande (Ille-et-Vilaine), mesure à laquelle il a été mis fin par une ordonnance du 17 juin 2024 du juge des libertés et de la détention du tribunal judiciaire de Rennes. L'intéressé demande au tribunal d'annuler les décisions du 15 janvier 2024.
2. Les requêtes n° 2401551 et n° 2409223 ont le même objet et présentent à juger des questions identiques. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.
Sur le refus de titre de séjour :
3. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé pour le préfet par Mme Nadia Seghier, secrétaire générale de la préfecture de la Vendée. Par un arrêté du 2 janvier 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs, le préfet de la Vendée a accordé à la secrétaire générale de la préfecture une délégation de signature à l'effet de signer plusieurs décisions dont " toutes les décisions en matière de droit au séjour et d'éloignement des étrangers pris dans le cadre du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile () ". Il suit de là que le moyen tiré de l'incompétence de la signataire doit être écarté comme manquant en fait.
4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent ". L'article L. 211-5 du même code dispose que : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".
5. Le refus de séjour du 15 janvier 2024 comporte l'exposé des considérations de droit et de fait qui le fondent et est ainsi suffisamment motivé au regard des exigences des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration. Le moyen tiré de son insuffisante motivation doit donc être rejeté comme manquant en fait.
6. En troisième lieu, le refus de séjour opposé le 15 janvier 2024 à M. B A fait suite à la demande de titre de séjour qu'il a déposée à son retour de Malte. Il n'est ni établi ni même soutenu qu'il aurait été empêché de faire valoir tous éléments qu'il estimait utile à l'appui de sa demande de titre de séjour, ou qu'il aurait été empêché de solliciter un rendez-vous. Il suit de là que le moyen tiré de la méconnaissance du principe du contradictoire, résultant notamment de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, doit être écarté.
7. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France et qui établit contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil, depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 ". L'article L. 423-8 du même code dispose que : " Pour la délivrance de la carte de séjour prévue à l'article L. 423-7, lorsque la filiation est établie à l'égard d'un parent en application de l'article 316 du code civil, le demandeur, s'il n'est pas l'auteur de la reconnaissance de paternité ou de maternité, doit justifier que celui-ci contribue effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant, dans les conditions prévues à l'article 371-2 du code civil, ou produire une décision de justice relative à la contribution à l'éducation et à l'entretien de l'enfant. / Lorsque le lien de filiation est établi mais que la preuve de la contribution n'est pas rapportée ou qu'aucune décision de justice n'est intervenue, le droit au séjour du demandeur s'apprécie au regard du respect de sa vie privée et familiale et au regard de l'intérêt supérieur de l'enfant ".
8. Par ailleurs, l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que : " La délivrance d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle ou d'une carte de résident peut, par une décision motivée, être refusée à tout étranger dont la présence en France constitue une menace pour l'ordre public ".
9. Il ressort des pièces du dossier que M. B A est père d'une enfant, de nationalité française, née en avril 2018 à Fontenay-le-Comte, de sa relation avec une ressortissante française. Si le préfet de la Vendée a estimé, dans l'arrêté attaqué, que le requérant n'établissait pas contribuer à l'entretien et l'éducation de son enfant, il ressort des pièces du dossier et notamment des faits rappelés dans le jugement d'assistance éducative de mars 2024, la petite fille étant placée auprès des services de l'aide sociale à l'enfance, que M. B A, qui dispose d'un droit de visite, a pu exercer son droit de visite et qu'il avait repris contact avec le service de l'aide sociale à l'enfance à son retour d'incarcération à Malte et qu'il se déplace à chaque rendez-vous proposé malgré des difficultés de dialogue avec le service. Il ressort également des pièces du dossier que M. B A a maintenu des liens, au moins médiatisés par le service, tant avant qu'après son incarcération à Malte, même si compte tenu de son très jeune âge, la fille de M. B A avait du mal à se souvenir de son père au terme de son emprisonnement. Il suit de là que le préfet de la Vendée ne pouvait, sans erreur d'appréciation, estimer qu'il ne remplissait pas les conditions posées par l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
10. Cependant, il ressort de la motivation de l'arrêté attaqué que le préfet de la Vendée a également fondé sa décision portant refus de séjour sur la circonstance que la présence de M. B A en France constituait une menace pour l'ordre public. Il ressort effectivement des pièces du dossier et n'est pas contesté que l'intéressé a été condamné à une peine de quatre mois d'emprisonnement pour des faits, commis en mai 2015, de détention frauduleuse de plusieurs faux documents administratifs, escroquerie, recel de bien provenant d'un vol et usage de faux document administratif. Il a également été condamné à une amende pour des faits de vol commis en juin 2018. Enfin, il a été condamné à une peine de trois ans d'emprisonnement à Malte. Dans ces conditions, le préfet de la Vendée n'a pas commis d'erreur d'appréciation en estimant que la présence de l'intéressé constituait une menace pour l'ordre public et en fondant sur ce motif le refus de séjour opposé à M. B A.
11. En cinquième lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ". Par ailleurs, aux termes des dispositions du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".
12. Ainsi qu'il a été dit aux points 9 et 10 du jugement, s'il ressort des pièces du dossier que M. B A, qui ne justifie que de la présence de sa fille en France, a pu maintenir un lien, au moins médiatisé par le biais du service de l'aide sociale à l'enfance, avec sa fille avant et après son incarcération, même si la reprise de contact s'est avérée difficile, il ressort ainsi qu'il a été dit des pièces du dossier que compte tenu de la multiplicité et de la gravité des infractions et l'importance des peines pénales infligées à l'intéressé que le préfet défendeur n'a pas commis d'erreur d'appréciation en considérant que sa présence constituait une menace pour l'ordre public. Il suit de là qu'en refusant de délivrer à M. B A un titre de séjour, le préfet de la Vendée n'a pas porté à son droit à une vie privée et familiale normale une atteinte excessive au regard des buts de la mesure ni n'a méconnu les stipulations de l'article 3.1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
13. En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 10 du jugement, le préfet de la Vendée n'a pas apprécié de manière manifestement erronée les conséquences de sa décision sur la situation de M. B A.
Sur l'obligation de quitter le territoire français :
14. En premier lieu, le moyen tiré de la méconnaissance du principe du contradictoire, garanti par l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, doit être écarté pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 6 du jugement.
15. En deuxième lieu, l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction alors applicable, disposait que : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : / () 5° L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France, à condition qu'il établisse contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans () ".
16. Le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions du 5° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 9 et 10 du jugement, alors en outre que M. B A n'établit pas avoir contribué effectivement à l'entretien et l'éducation de son enfant pendant les trois années de son incarcération à Malte.
17. En dernier lieu, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation qu'aurait commise le préfet de la Vendée en obligeant M. B A à quitter le territoire français doivent être écartés pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 9 et 10.
Sur la décision refusant un délai de départ volontaire :
18. L'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. / L'autorité administrative peut accorder, à titre exceptionnel, un délai de départ volontaire supérieur à trente jours s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. / Elle peut prolonger le délai accordé pour une durée appropriée s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. L'étranger est informé par écrit de cette prolongation ". L'article L. 612-2 du même code dispose que : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public () / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Enfin, l'article L. 612-3 du même code dispose que : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; / 2° L'étranger s'est maintenu sur le territoire français au-delà de la durée de validité de son visa ou, s'il n'est pas soumis à l'obligation du visa, à l'expiration d'un délai de trois mois à compter de son entrée en France, sans avoir sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; / 3° L'étranger s'est maintenu sur le territoire français plus d'un mois après l'expiration de son titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de son autorisation provisoire de séjour, sans en avoir demandé le renouvellement ; / 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ; / 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; / 6° L'étranger, entré irrégulièrement sur le territoire de l'un des États avec lesquels s'applique l'acquis de Schengen, fait l'objet d'une décision d'éloignement exécutoire prise par l'un des États ou s'est maintenu sur le territoire d'un de ces États sans justifier d'un droit de séjour ; / 7° L'étranger a contrefait, falsifié ou établi sous un autre nom que le sien un titre de séjour ou un document d'identité ou de voyage ou a fait usage d'un tel titre ou document ; / 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5 ".
19. En premier lieu, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de la décision attaquée doit être écarté pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 3 du jugement.
20. En second lieu, il ressort de la motivation de l'arrêté attaqué que la décision refusant d'accorder un délai de départ volontaire à M. B A est fondée à la fois sur la circonstance que la présence de l'intéressé en France constitue une menace pour l'ordre public en application du 1° de l'article L 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et sur l'absence de garanties de représentation en application du 3° de l'article L. 612-2 du code combiné avec le 8° de l'article L. 612-3 du même code. La décision n'est pas fondée sur la soustraction à une ancienne obligation de quitter le territoire français. Par ailleurs, compte tenu de ce qui a été dit au point 10, le préfet de la Vendée pouvait légalement se fonder sur l'existence d'une menace à l'ordre public pour refuser d'accorder à M. B A un délai de départ volontaire. Il suit de là que M. B A n'est fondé à soutenir ni que le préfet aurait entaché sa décision d'un défaut de base légale ni qu'il aurait entaché sa décision d'erreur de fait.
Sur l'interdiction de retour sur le territoire français :
21. L'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français () ".
22. En premier lieu, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 3 du jugement.
23. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 613-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les décisions relatives au refus et à la fin du délai de départ volontaire prévues aux articles L. 612-2 et L. 612-5 et les décisions d'interdiction de retour et de prolongation d'interdiction de retour prévues aux articles L. 612-6, L. 612-7, L. 612-8 et L. 612-11 sont distinctes de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Elles sont motivées ".
24. L'interdiction de retour sur le territoire français prononcée à l'encontre de M. B A comporte l'exposé des considérations de droit et de fait qui la fondent et est ainsi suffisamment motivée. Il résulte notamment de la motivation de cette décision que le préfet de la Vendée a pris en compte les critères fixés par l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour décider de l'opportunité de prononcer une telle interdiction de retour sur le territoire français et en arrêter la durée.
25. En dernier lieu, les moyens tirés de l'erreur d'appréciation entachant l'interdiction de retour sur le territoire français et de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 612-6 du code des relations entre le public et l'administration doivent être écartés pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 10 du jugement.
26. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B A doivent être rejetées, ainsi par voie de conséquence que ses conclusions à fin d'injonction et ses conclusions tendant à l'application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de M. B A, enregistrée sous les deux numéros 2401551 et 2409223, est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C B A, au préfet de la Vendée, et à Me Magali Béarnais.
Délibéré après l'audience du 14 novembre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Béria-Guillaumie, présidente,
M. Hannoyer, premier conseiller,
Mme Baufumé, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 décembre 2024.
La présidente-rapporteure,
M. BÉRIA-GUILLAUMIE
L'assesseur le plus ancien
dans l'ordre du tableau,
R. HANNOYERLe greffier,
P. VOSSELER
La République mande et ordonne au préfet de la Vendée en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
Nos 2401551, 2409223
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Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026