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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2410391

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2410391

vendredi 2 août 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2410391
TypeOrdonnance
RecoursPlein contentieux
Avocat requérantSELARL CORNET VINCENT SEGUREL

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Nantes, statuant en référé précontractuel sur le fondement de l'article L. 551-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de la SCOP Titi Floris. Celle-ci contestait le rejet de son offre et l'attribution d'un marché de transport à la société Transports Européens Grand Sud, notamment en raison du caractère anormalement bas de l'offre retenue. Le juge a estimé que la région Pays de la Loire avait régulièrement corrigé une erreur matérielle dans les documents de consultation, sans méconnaître ses obligations de mise en concurrence. Les moyens soulevés, tirés de l'offre anormalement basse, de la méconnaissance de l'article L. 410-2 du code de commerce et d'une erreur manifeste d'appréciation, ont été écartés.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 9 juillet 2024, la société anonyme ouvrière de production (SCOP) Titi Floris, représentée par Me Oilic, demande au juge des référés statuant en application de l'article L. 551-1 du code de justice administrative :

1°) d'annuler la décision du 1er juillet 2024 par laquelle la région Pays de la Loire a rejeté son offre au terme de la procédure d'appel d'offres ouverte pour la passation d'un accord-cadre à bons de commande ou à marchés subséquents en vue de l'exécution de services de transports sur lignes régulières à la demande au moyen de véhicules légers de capacité maximale de neuf places pour toute personne souhaitant effectuer un trajet au sein du département de la Mayenne, et a retenu l'offre présentée par la société Transports Européens Grand Sud ;

2°) d'enjoindre à la région Pays de la Loire, dès lors qu'elle entendrait reprendre la procédure, de la reprendre au stade de l'analyse des offres ;

3°) de mettre à la charge de la région Pays de la Loire le versement d'une somme de

2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que la région Pays de la Loire a méconnu ses obligations de mise en concurrence en retenant une offre anormalement basse, le prix unitaire de 0,156 euros par kilomètre annoncé par la société Grand Sud étant 10 fois inférieur au prix du marché.

Par un mémoire en défense enregistré le 26 juillet 2024, la région Pays de la Loire, représentée par Me Marchand, conclut au rejet de la requête et à ce que le versement d'une somme de 3 000 euros soit mis à la charge de la SCOP Titi Floris au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que le moyen soulevé par la société requérante n'est pas fondé.

Par deux mémoires enregistrés le 29 juillet 2024, la société Transports Européens Grand Sud, représentée par Me Neveu, conclut au rejet de la requête et à ce que le versement d'une somme de 3 000 euros soit mis à la charge de la SCOP Titi Floris au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que le moyen soulevé par la société requérante n'est pas fondé.

Vu les pièces du dossier.

Vu :

- le code de la commande publique ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Gourmelon en application de l'article L. 551-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique tenue le 30 juillet 2024 à 10h15 en présence de Mme Labourel, greffière d'audience, Mme Gourmelon a lu son rapport et entendu :

- les observations de Me Oilic, avocat de la SCOP Titi Floris, qui développe le contenu de ses écritures, et soulève en outre de nouveaux moyens :

o le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 410-2 du code du commerce en ce que la rémunération du transporteur pour la vente de billets ayant été arbitrairement fixée à 300 euros, elle doit répercuter le surcoût de cette activité sur le prix unitaire au kilomètre qu'elle propose ;

o le moyen tiré de ce que la région Pays de la Loire a commis une erreur manifeste dans l'appréciation du critère de performance environnementale de l'offre de la société Transports Européens Grand Sud, en ce que cette société propose de recourir à des véhicules neufs 9 places à moteur thermique qui n'existent pas sur le marché ;

o le moyen tiré de ce que les conditions de consultation ont été faussées, dès lors que l'erreur que la région Pays de la Loire reconnaît avoir commise dans la simulation de facturation figurant à l'annexe n°2 à l'acte d'engagement, qui retenait une base de 165 000 euros par mois, a porté atteinte aux conditions de mise en concurrence, puisque la société requérante s'est fondée sur cette simulation pour formaliser son offre ;

- les observations de Me Angibaud, substituant Me Marchand, avocate de la région Pays de la Loire, et les explications de M. A, représentant la région Pays de la Loire ;

- les observations de Me de Baecke, substituant Me Neveu, avocat de la société Transports Européens Grand Sud.

Mme Gourmelon a sollicité la production par la région Pays de la Loire, selon les modalités prévues par l'article R.611-30 du code de justice administrative, de la lettre de justifications non occultée produite par la société Transports Européens Grand Sud en réponse au courrier que lui a adressé la Région dans le cadre de la mise en œuvre de l'article L. 2152-6 du code de la commande publique, et du rapport d'analyse des offres, et a différé la clôture de l'instruction au 31 juillet à 11h00.

Par des mémoires enregistrés les 30 et 31 juillet 2024 à 19h00, la région Pays de la Loire conclut aux mêmes fins que précédemment et demande, pour des motifs liés au secret des affaires, que soient soustraites du contradictoire sur le fondement des articles R. 611-30 et R. 412-2-1 du code de justice les pièces 3 à 6 jointes au mémoire enregistré le 30 juillet 2024.

Elle fait valoir que :

- elle a constaté à la réception des offres des candidats que l'annexe n°2 de l'acte d'engagement mentionnant, par erreur, un total kilométrique mensuel et non annuel ; elle a donc procédé à une neutralisation de cette erreur, en retenant une base annuelle de 165 000 kilomètres sur quatre ans, à laquelle s'ajoute un forfait de 14 400 euros pour le forfait de revente des billets ; les offres des différents candidats ont été revus sur cette base, de sorte que l'offre présentée par la société requérante qui excédait le marché si l'annexe n°2 avait été appliquée, a été régularisée et a pu être analysée " ;

- cette correction est rendue possible par l'article 5.2. du règlement de la consultation, qui permet de rectifier les montants figurant sur l'indication de l'offre, à l'exception du prix unitaire ;

- en tout état de cause, l'erreur matérielle entachant l'acte d'engagement n'a pas été la cause directe de l'éviction de l'offre présentée par la société requérante ;

- les moyens nouveaux soulevés à l'audience sont irrecevables faute d'avoir été consignés par écrit dans un mémoire ultérieur.

Par un mémoire enregistré le 31 juillet 2024 à 10h37, la SCOP Titi Floris conclut aux mêmes fins que précédemment.

Elle soutient que :

- la région a méconnu les articles L. 2152-5, L. 2152-5 et R. 2152-3 à R. 2152-4 du code de la commande publique et du principe d'égale concurrence ; les explications données par la société Transports Européens Grand Sud sur la masse salariale et la stratégie d'achat des véhicules ne sont pas de nature à justifier l'écart de prix unitaire retenu par la région ; l'offre présentée par cette société ne peut pas se justifier par un adossement aux capacités financières d'un autre groupe ;

- elle a méconnu l'article 5.2. de son règlement de consultation selon lequel le critère prix s'apprécie au regard du montant total hors TVA et le principe de transparence des procédures ;

- elle a méconnu son obligation d'engager une consultation sur une base de données de consultation claires, précises et univoques ;

- elle a méconnu l'article L. 410-2 du code de commerce ;

- la décision implicite de la région Pays de la Loire de ne pas considérer l'offre de la société Transports Européens comme anormalement basse est dépourvue de motivation.

Par ordonnance du 31 juillet 2024, la clôture de l'instruction a été différée le

31 juillet 2024 à 16h00.

Deux notes en délibéré ont été présentées par la société Transports Européens Grand Sud les 31 juillet et 1er août 2024 et n'ont pas été communiquées.

Considérant ce qui suit :

1. La région Pays de la Loire a lancé une procédure d'appel d'offres en vue de la passation d'un accord-cadre à bons de commande ou à marchés subséquents pour l'exécution de services de transports sur lignes régulières à la demande au moyen de véhicules légers de capacité maximale de neuf places pour toute personne souhaitant effectuer un trajet au sein du département de la Mayenne. Par un courrier du 1er juillet 2024, la SCOP Titi Floris a été informée du rejet de l'offre qu'elle avait déposée, et de ce que le marché était attribué à la société Transports Européens Grand Sud. Par sa requête, la SCOP Titi Floris demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article L. 551-1 du code de justice administrative, d'annuler la décision ayant rejeté son offre.

Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 551-1 du code de justice administrative :

2. Aux termes des dispositions de l'article L. 551-1 du code de justice administrative : " Le président du tribunal administratif, ou le magistrat qu'il délègue, peut être saisi en cas de manquement aux obligations de publicité et de mise en concurrence auxquelles est soumise la passation par les pouvoirs adjudicateurs de contrats administratifs ayant pour objet l'exécution de travaux, la livraison de fournitures ou la prestation de services, avec une contrepartie économique constituée par un prix ou un droit d'exploitation, la délégation d'un service public ou la sélection d'un actionnaire opérateur économique d'une société d'économie mixte à opération unique. / Il peut également être saisi en cas de manquement aux mêmes obligations auxquelles sont soumises, en application de l'article L. 521-20 du code de l'énergie, la sélection de l'actionnaire opérateur d'une société d'économie mixte hydroélectrique et la désignation de l'attributaire de la concession. / Le juge est saisi avant la conclusion du contrat. ".

3. Il appartient au juge administratif, saisi en application de l'article L. 551-1 du code de justice administrative, de se prononcer sur le respect des obligations de publicité et de mise en concurrence incombant à l'administration. En vertu de cet article, les personnes habilitées à agir pour mettre fin aux manquements du pouvoir adjudicateur à ses obligations de publicité et de mise en concurrence sont celles qui sont susceptibles d'être lésées par de tels manquements. Il appartient, dès lors, au juge des référés précontractuels de rechercher si l'opérateur économique qui le saisit se prévaut de manquements qui, eu égard à leur portée et au stade de la procédure auquel ils se rapportent, sont susceptibles de l'avoir lésé ou risquent de le léser, fût-ce de façon indirecte en avantageant un opérateur économique concurrent.

En ce qui concerne le moyen tiré de la méconnaissance des articles L. 2152-5, L. 2152-5 et R. 2152-3 à R. 2152-5 du code de la commande publique et du principe d'égale concurrence du fait du caractère anormalement bas de l'offre retenue :

4. Aux termes de l'article L. 2152-5 du code de la commande publique : " Une offre anormalement basse est une offre dont le prix est manifestement sous-évalué et de nature à compromettre la bonne exécution du marché ". Aux termes de l'article L. 2152-6 du même code : " L'acheteur met en œuvre tous moyens lui permettant de détecter les offres anormalement basses. / Lorsqu'une offre semble anormalement basse, l'acheteur exige que l'opérateur économique fournisse des précisions et justifications sur le montant de son offre. / Si, après vérification des justifications fournies par l'opérateur économique, l'acheteur établit que l'offre est anormalement basse, il la rejette dans des conditions prévues par décret en Conseil d'Etat. ". Aux termes de l'article R. 2152-3 du même code : " L'acheteur exige que le soumissionnaire justifie le prix ou les coûts proposés dans son offre lorsque celle-ci semble anormalement basse eu égard aux travaux, fournitures ou services, y compris pour la part du marché qu'il envisage de sous-traiter.

Peuvent être prises en considération des justifications tenant notamment aux aspects suivants :

1° Le mode de fabrication des produits, les modalités de la prestation des services, le procédé de construction ; 2° Les solutions techniques adoptées ou les conditions exceptionnellement favorables dont dispose le soumissionnaire pour fournir les produits ou les services ou pour exécuter les travaux ; 3° L'originalité de l'offre ; 4° La règlementation applicable en matière environnementale, sociale et du travail en vigueur sur le lieu d'exécution des prestations ;

5° L'obtention éventuelle d'une aide d'Etat par le soumissionnaire. ". Aux termes de l'article

R. 2152-4 du même code: " L'acheteur rejette l'offre comme anormalement basse dans les cas suivants : 1° Lorsque les éléments fournis par le soumissionnaire ne justifient pas de manière satisfaisante le bas niveau du prix ou des coûts proposés ; 2° Lorsqu'il établit que celle-ci est anormalement basse parce qu'elle contrevient en matière de droit de l'environnement, de droit social et de droit du travail aux obligations imposées par le droit français, y compris la ou les conventions collectives applicables, par le droit de l'Union européenne ou par les stipulations des accords ou traités internationaux mentionnées dans un avis qui figure en annexe du présent code. ". Enfin, aux termes de l'article R. 2152-5 du même code : " L'acheteur qui constate qu'une offre est anormalement basse du fait de l'obtention d'une aide d'Etat par le soumissionnaire ne peut rejeter cette offre pour ce seul motif que si le soumissionnaire n'est pas en mesure de démontrer, dans un délai suffisant fixé par l'acheteur, que l'aide en question répondait aux conditions de compatibilité avec le marché intérieur définies à l'article 107 du traité sur le fonctionnement de l'Union européenne. L'acheteur qui rejette une offre dans ces conditions en informe la Commission européenne. ".

5. Le fait, pour un pouvoir adjudicateur, de retenir une offre anormalement basse porte atteinte à l'égalité entre les candidats à l'attribution d'un marché public. Il résulte des dispositions précitées que, quelle que soit la procédure de passation mise en œuvre, il incombe au pouvoir adjudicateur qui constate qu'une offre paraît anormalement basse de solliciter auprès de son auteur toutes précisions et justifications de nature à expliquer le prix proposé. Si les précisions et justifications apportées ne sont pas suffisantes pour que le prix proposé ne soit pas regardé comme manifestement sous-évalué et de nature, ainsi, à compromettre la bonne exécution du marché, il appartient au pouvoir adjudicateur de rejeter l'offre. Par ailleurs, le prix anormalement bas d'une offre s'apprécie au regard de son prix global.

6. L'article 5.2. du règlement de la consultation engagée par la région Pays de la Loire relatif aux modalités d'appréciation des offres retient trois critères pondérés, à savoir la valeur technique de l'offre (30%), le prix des prestations (60%) et la performance environnementale (10%). Selon ce même article, le prix des prestations, s'apprécie au regard du montant total hors TVA de la simulation de facturation annexée en pièce 2 à l'acte d'engagement, et qu'en cas de discordance dans une offre, les indications portées sur le bordereau des prix unitaires prévaudront sur toutes les autres indications de l'offre dont les montants pourront être rectifiés en conséquence. En l'espèce, la simulation de facturation annexée à l'acte d'engagement mentionnait une hypothèse mensuelle de 165 000 kilomètres.

7. La société requérante soutient que le prix unitaire au kilomètre ressortant de l'offre présentée par la société attributaire s'établit à 0,1584 euros, niveau inférieur de 90% au prix du marché caractérisant ainsi une offre anormalement basse. Le prix unitaire ainsi calculé résulte d'une opération de division entre la somme de 1 255 200 euros, correspondant au montant de l'offre hors taxes présentée par la société Transports Européens Grand Sud, et un total de

7 920 000 kilomètres, correspondant au nombre de kilomètres théoriques résultant de la projection, sur quatre ans, de la simulation de facturation figurant à l'annexe n°2 à l'acte d'engagement, soit 165 000 kilomètres par mois. Toutefois, il résulte de l'instruction, et des explications données à l'audience par la région, reprises dans le mémoire produit postérieurement, que cette base de simulation était entachée d'une erreur résultant de la confusion entre une base mensuelle et une base annuelle et que, constatant cette erreur, la région Pays de la Loire a, avant de procéder à l'analyse des offres, procédé à une correction en retenant une autre formule de calcul, fondée sur le calcul du prix unitaire sur une base de 165 000 kilomètres par an, et la prise en compte d'une rémunération globale forfaitaire de 14 400 euros pour la vente des billets. La région Pays de la Loire soutient qu'après application de cette correction, autorisée par l'article 5.2. du règlement, à l'ensemble des offres présentées par les sociétés candidates à l'attribution du marché, de sorte qu'il ne peut être considéré que cette modification a été de nature à léser un candidat par rapport à un autre, le coût unitaire de l'offre présentée par la société Transports Européens Grand Sud s'établit à un niveau inférieur de 20% à celui résultant de la proposition présentée par la SCOP Titi Floris. Un tel écart ne saurait, à lui seul, être regardé comme étant, à lui seul de nature à caractériser une offre anormalement basse. En tout état de cause, il résulte de l'instruction qu'avant de retenir l'offre présentée par la société attributaire, la région Pays de la Loire a fait application des dispositions de l'article L. 2152-6 du code de la commande publique, et a obtenu des précisions de la part de cette société. La version non occultée de ce courrier de justification, transmise à la juge des référés le 31 juillet 2024, présente une ventilation par type de charges du prix unitaire proposé par la société Transports Européens Grand Sud, dont il ressort que le prix unitaire présenté dans cette offre permet de couvrir les charges de l'entreprise. La société Transports Européens Grand Sud précise encore que le prix proposé correspond à un choix stratégique commercial de développement dans le grand Ouest, le nombre de kilomètres envisagé permettant de réduire le coût unitaire de la prestation. Cependant, compte tenu des éléments qu'il comporte sur le contenu et la composition de l'offre, le secret des affaires fait obstacle à ce que ce courrier, dans sa version non occultée, soit soumis au contradictoire.

8. Si la SCOP Titi Floris met en doute la sincérité du coût unitaire proposé par la société Transports Européens Grand Sud résultant de l'analyse des offres, en s'interrogeant notamment sur la part peu élevée des charges salariales dans le total des charges de l'entreprise, qu'elle évalue à 42% soit un niveau inférieur à part de ses propres charges salariales, qu'elle évalue à 60%, cette comparaison n'est corroborée sur aucun élément versé à l'instruction, et résulte seulement d'extrapolations opérées à partir de sites généraux d'information financière. En tout état de cause, la circonstance, à la supposer établie, que la structure de coûts de la société Transports Européens Grand Sud serait significativement différente de celle de la SCOP Titi Floris ne peut, à elle seule, caractériser une offre anormalement basse dès lors que le prix s'apprécie globalement, et non poste par poste. Si la SCOP Titi Floris soutient encore que la région Pays de la Loire n'apporte aucun élément de nature à établir qu'elle s'est assurée de ce que la société attributaire respecte ses obligations sociales, sans toutefois soutenir que l'offre de cette société aurait dû être rejetée comme incomplète, la région, produit, en défense, l'attestation établie par l'Urssaf permettant de l'attester. Si, plus généralement, la SCOP Titi Floris reproche à la région Pays de la Loire de ne pas s'être assurée du respect par la société attributaire de ses obligations en tant qu'employeur au sens large, et notamment du respect des conventions collectives, de telles allégations ne sont corroborées par aucun élément sérieux. Si la SCOP Titi Floris relève que le courrier de justification de la société Transports Européens Grand Sud fait état de ce que le groupe dont cette société est propriétaire se porte garant d'éventuels surcoûts, alors que ce groupe n'est pas attributaire du marché, cette seule mention ne saurait, à elle seule, démontrer que l'offre présentée par la société Transports Européens Grand Sud aurait été sous-évaluée par rapport au coût réel de la prestation, hors imprévus. Enfin, le coût de revient unitaire calculé par application de la simulation de facturation rectifiée ne saurait être comparé au tarif réglementé des courses de taxi arrêté par le préfet de la Mayenne que cite la société requérante, les modalités de fixation de ce tarif ne répondant pas aux mêmes règles. Ainsi, au vu des justifications apportées par les parties, il n'est pas établi que l'offre présentée par la société Transports Européens Grand Sud serait anormalement basse, ni que son prix serait de nature à compromettre la bonne exécution du marché.

9. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des articles L. 2152-5, L. 2152-5 et

R. 2152-3 à R. 2152-5 du code de la commande publique et du principe d'égale concurrence du fait du caractère anormalement bas de l'offre retenue doit être écarté comme non-fondé, l'article R. 2152-5 n'étant, en tout état de cause, pas applicable au présent litige.

En ce qui concerne le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 410-2 du code du commerce :

10. La SCOP Titi Floris soutient que les stipulations de l'article 14.2 du cahier des clauses administratives particulières (CCAP) méconnaissent la liberté du commerce et de l'industrie, incluant la libre fixation des prix, au sens de l'article L. 410-2 du code de commerce, en ce qu'elles fixent la rémunération du transporteur pour la vente des titres de transport à

300 euros hors taxes, et contraignent la société à répercuter le différentiel de coût non couvert sur son prix unitaire

11. Toutefois, aux termes de l'article L. 2112-6 du code de la commande publique : " Le prix ou ses modalités de fixation et, le cas échéant, ses modalités d'évolution sont définis par le marché dans les conditions prévues par voie réglementaire ". Il revient ainsi à l'acheteur de définir les composantes du prix du marché et les modalités de notation des offres de prix à l'effet, d'une part, de définir ses besoins dans un objectif de transparence de la procédure de passation et d'accessibilité à la commande publique, et d'autre part, de définir des informations et règles d'appréciation des offres homogènes, dans un objectif d'égalité de traitement des candidats. Dès lors, la circonstance que l'article 14.2 du CCAP fixe de manière forfaitaire le montant d'une prestation de service ne remet pas en cause le principe de liberté des prix posé à l'article L.410-2 du code de commerce, dès lors que cette fixation ne remet pas en cause la possibilité pour les candidats de déterminer leurs prix en fonction de leur coût d'exploitation et marges, sous réserve de respecter, pour la présentation des prix, le cadre formel prévu par le CCAP.

En ce qui concerne le défaut de motivation de la décision retenant l'offre de la société Transports Européens Grand Sud :

12. Aux termes de l'article R. 2181-1 du code de la commande publique : " L'acheteur notifie sans délai à chaque candidat ou soumissionnaire concerné sa décision de rejeter sa candidature ou son offre ". Aux termes de l'article R. 2181-4 du même code : " Tout candidat ou soumissionnaire dont la candidature ou l'offre a été rejetée peut obtenir les motifs de ce rejet dans un délai de quinze jours à compter de la réception de sa demande à l'acheteur./ Lorsque l'offre de ce soumissionnaire n'était ni inappropriée, ni irrégulière, ni inacceptable, l'acheteur lui communique en outre les caractéristiques et avantages de l'offre retenue ainsi que le nom de l'attributaire du marché. ". Aux termes de l'article R. 2181-3 du même code : " La notification prévue à l'article R. 2181-1 mentionne les motifs du rejet de la candidature ou de l'offre. Lorsque la notification de rejet intervient après l'attribution du marché, l'acheteur communique en outre : 1° Le nom de l'attributaire ainsi que les motifs qui ont conduit au choix de son offre ; 2° La date à compter de laquelle il est susceptible de signer le marché dans le respect des dispositions de l'article R. 2182-1 ".

13. Il résulte de l'instruction que la lettre du 1er juillet 2024 par laquelle la région Pays de la Loire a notifié à la SCOP Titi Gloris le rejet de son offre mentionnait le classement en seconde position de son offre et le classement en première position de l'offre de la société Transports Européens Grand Sud, ainsi que leurs notes financières, techniques, environnementales et globales. Si cette communication ne comporte pas l'analyse littérale des avantages et des caractéristiques de l'offre retenue, elle permet, à la société requérante de bénéficier d'une information suffisante sur les caractéristiques et les avantages de l'offre retenue par rapport aux caractéristiques de son offre pour lui permettre de contester utilement son éviction devant le juge administratif. En outre, dans le cadre de la procédure en référé, le courrier de justification adressé par la société Transports Européens Grand Sud en réponse à la demande de la région Pays de la Loire a été communiqué à la société requérante, dans une version ne faisant pas apparaître les données chiffrées, mais dans des termes suffisamment précis pour permettre d'éclairer, dans le respect du secret des affaires, la société requérante sur les caractéristiques de l'offre retenue. Dans ces circonstances, la société SCOP Titi n'est pas fondée à soutenir qu'une motivation plus précise des éléments pour lesquels la région des Pays de la Loire a décidé de ne pas écarter l'offre de Transports Européens Grand Sud comme anormalement basse aurait dû lui être communiquée.

En ce qui concerne les moyens tirés du manquement de la région Pays de la Loire à ses obligations de mise en concurrence, au principe de transparence de procédure, de la méconnaissance de l'article 5.2. du règlement de consultation et du manquement à l'obligation d'engager une consultation sur une base de données de consultation claires, précises et univoques ;

14. Ainsi qu'il a été dit au point 6, la simulation de facturation figurant à l'annexe n°2 à l'acte d'engagement, retenait une base de 165 000 kilomètres par mois. Dans ses déclarations lors de l'audience, reprises dans le mémoire produit postérieurement à l'audience, la région Pays de la Loire a indiqué que cette base était erronée, eu égard au kilométrage réel enregistré en 2023 sur les différentes lignes correspondant au périmètre du marché, et qu'il n'a donc pas été tenu compte de cette base forfaitaire pour procéder à l'analyse des offres des sociétés, une autre formule de calcul du prix unitaire, fondée sur une base de

165 000 kilomètres par an, et la prise en compte d'une rémunération globale forfaitaire de

14 400 euros pour la vente des billets. S'il est vrai que la région n'a pas informé les sociétés candidates de cette rectification de méthode, il est constant que cette rectification a été appliquée à l'ensemble des offres, de sorte qu'il ne peut pas être considéré qu'elle a été susceptible de léser la société requérante, en avantageant la société candidate. Par suite, l'ensemble des moyens susvisés soulevés par la SCOP Titi Floris doit être écarté.

En ce qui concerne le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation du critère de performance environnementale :

15. Les décisions prises par le juge des référés sur le fondement de l'article L. 551-1 du code de justice administrative sont rendues à la suite d'une procédure particulière qui, tout en étant adaptée à la nature des demandes et à la nécessité d'assurer une décision rapide, doit garantir le caractère contradictoire de l'instruction. Si les parties peuvent présenter en cours d'audience des observations orales à l'appui de leurs écrits, elles doivent, si elles entendent soulever des moyens nouveaux, les consigner dans un mémoire écrit.

16. Dans ses observations orales à l'audience, la SCOP Titi Floris a invoqué le moyen tiré de l'erreur dont serait entachée l'appréciation portée par la région Pays de la Loire sur l'offre présentée par la société Transports Européens Grand Sud en ce qui concerne le critère de performance environnementale, en ce que cette société ne pouvait valablement proposer de recourir à des véhicules neufs 9 places à moteur thermique fonctionnant au bioéthanol qui seraient, selon la société requérante, indisponibles sur le marché. Toutefois, ce moyen n'a pas été repris dans un mémoire écrit et doit, par suite, être écarté.

17. Il résulte de ce qui précède que les conclusions présentées par la SCOP Titi Floris sur le fondement de l'article L. 551-1 du code de justice administrative, y compris ses conclusions à fin d'injonction, doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

18. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la région Pays de la Loire, qui n'est pas la partie perdante à la présente instance, la somme que demande la SCOP Titi Floris au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.

19. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de la SCOP Titi Floris le versement à la région Pays de la Loire et à la société Transports Européens Grand Sud d'une somme de 750 euros au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

ORDONNE:

Article 1er : La requête de la SCOP Titi Floris est rejetée.

Article 2 : La SCOP Titi Floris versera à la région Pays de la Loire et à la société Transports Européens Grand Sud une somme de 750 (sept cent cinquante) euros chacune sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à la SCOP Titi Floris, à la région Pays de la Loire et à la société Grand Sud.

Fait à Nantes, le 2 août 2024.

La juge des référés,

V. GOURMELON

La greffière,

P. LABOUREL

La République mande et ordonne au préfet de la région des Pays de la Loire en ce qui le concerne, ou à tous huissiers de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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