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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2414232

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2414232

mercredi 16 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2414232
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation- Etrangers - 15 jours
Avocat requérantMEDJBER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et deux mémoires, enregistrés le 13 septembre 2024, le 25 septembre 2024 et le 1er octobre 2024, M. D A, actuellement détenu à la maison d'arrêt du Mans, représenté par Me Medjber, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 9 septembre 2024 par lequel le préfet de la Sarthe l'a obligé à quitter le territoire français sans délai en fixant le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de trois ans ;

2°) d'annuler l'arrêté du 9 septembre 2024 par lequel le préfet de la Sarthe l'a assigné à résidence à son domicile pendant une durée de quarante-cinq jours ;

3°) d'enjoindre au préfet de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour sous astreinte de 150 euros par jour de retard à compter de la notification du jugement à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au bénéfice de son conseil au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Il soutient que :

- la décision est entachée d'incompétence ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- la décision est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation en ce que sa compagne est enceinte et que sa présence en France ne constitue pas une menace pour l'ordre public ;

- elle méconnaît le principe du respect des droits de la défense protégé par les articles 6 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et 47 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- elle méconnaît l'intérêt supérieur de l'enfant ;

- elle méconnaît les stipulations des articles 3 et 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision portant assignation à résidence est entachée d'une erreur d'appréciation ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle porte atteinte à sa liberté d'aller et venir.

Par un mémoire en défense, enregistré le 27 septembre 2024, le préfet de la Sarthe conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales

- la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile';

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme C pour statuer sur les requêtes tendant à l'annulation des mesures d'éloignement adoptées à l'encontre de ressortissants étrangers faisant l'objet d'une assignation à résidence et des décisions accompagnant ces mesures.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme C a été entendu au cours de l'audience publique.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, de nationalité marocaine, né le 6 décembre 1990, déclare être entré sur le territoire français en 2016. Par un arrêté du 9 septembre 2024, le préfet de la Sarthe l'a obligé à quitter le territoire français sans délai et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans et par un arrêté du même jour, le préfet de la Sarthe a prononcé son assignation à résidence pour une durée de quarante-cinq jours.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision du 9 septembre 2024 par lequel le préfet de la Sarthe l'a obligé à quitter le territoire français sans délai en fixant le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de trois ans :

2. En premier lieu, le préfet de la Sarthe a, par un arrêté du 13 mai 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture du même jour, donné délégation à M. E B, signataire des décisions attaquées, directeur de la citoyenneté et de la légalité, à l'effet de signer notamment les arrêtés portant obligation de quitter le territoire français et les mesures d'assignation à résidence. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur des arrêtés attaqués doit être écarté.

3. En deuxième lieu, les deux arrêtés comportent les mentions de fait et de droit relatifs à la situation de M. A, notamment son entrée irrégulière en France, l'obligation de quitter le territoire français dont il a été l'objet le 26 janvier 2022, le fait que son comportement constitue une menace pour l'ordre public, ainsi que les articles du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les articles de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales applicables à sa situation. Dès lors, le moyen tiré de ce que les arrêtés seraient insuffisamment motivés doit être écarté.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; () "

5. Si le requérant soutient que la décision est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur d'appréciation en faisant valoir que sa compagne est enceinte et que sa présence en France ne constitue pas une menace pour l'ordre public, il ressort des termes de l'arrêté que le préfet s'est fondé sur le 1° des dispositions de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour prendre une obligation de quitter le territoire français à l'encontre de M. A. Par suite, et à supposer que le comportement du requérant ne constitue pas une menace pour l'ordre public, le préfet pouvait, en se fondant sur l'unique motif tiré de ce que le requérant ne justifie pas d'un titre de séjour et d'une entrée régulière sur le territoire national, prendre l'arrêté litigieux. Le moyen doit dès lors être écarté.

6. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : "1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Par ailleurs, aux termes du paragraphe premier de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " 1. Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. () ".

7. M. A qui se borne à soutenir que sa compagne est enceinte n'établit pas la réalité de sa relation et n'apporte aucun élément plus précis sur celle-ci. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier que le requérant est père de deux enfants, âgés de 6 et 13 ans, lesquels résident au Maroc, où le requérant a lui-même vécu jusqu'à l'âge de 27 ans. Par suite, les moyens tirés de ce que le préfet de la Sarthe aurait méconnu les stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ni celles de du premier paragraphe de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, doivent être écartés.

8. En cinquième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

9. M. A n'apporte aucun élément permettant d'établir qu'il serait personnellement et directement exposé à des risques de traitements inhumains ou dégradants en cas de retour dans son pays d'origine. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

10. En dernier, le requérant soutient que l'arrêté est illégal en ce qu'il n'a pas eu droit à une défense effective, en méconnaissance des articles 6 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et 47 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne. Le droit à un procès équitable garanti par le 1 de l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article 47 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ne peut être utilement invoqué s'agissant d'un arrêté pris par le préfet, qui n'est pas une juridiction. En outre, le moyen tiré de la méconnaissance du droit d'être entendu, tel que garanti par l'article 47 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, doit être écarté compte tenu du fait que le requérant a fait l'objet d'une audition par les services de police le 9 septembre 2024, au cours de laquelle il a été mis en mesure de présenter des observations à une mesure d'éloignement.

En ce qui concerne la décision portant assignation à résidence :

11. Il ressort des pièces du dossier que M. A est détenu à la maison d'arrêt du Mans. Or, l'arrêté attaqué, ainsi qu'il est indiqué à son article 1er, prend effet à compter de la notification de la présente décision, laquelle a été notifiée le 9 septembre 2024 alors que le requérant était déjà détenu à cette date. Le moyen tiré de ce que la décision portant assignation à résidence est illégale dès lors que le requérant est actuellement incarcéré doit par suite être accueilli.

12. Il résulte de tout ce qui précède que, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens soulevés à l'encontre de cette décision, l'arrêté du 9 septembre 2024 par lequel le préfet de la Sarthe l'a assigné à résidence à son domicile pendant une durée de quarante-cinq jours à compter de la notification de la décision doit être annulé.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

13. Le présent jugement rejette les conclusions d'annulation à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Par ailleurs, l'annulation de la décision portant assignation à résidence n'appelle aucune mesure d'exécution. Les conclusions à fins d'injonction et d'astreinte ne peuvent par suite qu'être rejetées.

Sur les frais d'instance :

14. L'Etat n'ayant pas la qualité de partie perdante pour l'essentiel dans la présente instance, les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 9 septembre 2024 du préfet de la Sarthe portant assignation à residence est annulé.

Article 2: Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D A, à Me Medjber et au préfet de la Sarthe.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 octobre 2024.

La magistrate désignée,

A-L CLa greffière,

M-C Minard

La République mande et ordonne au préfet de la Sarthe en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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