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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2414915

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2414915

mercredi 16 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2414915
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation- Etrangers - 15 jours
Avocat requérantWOZNIAK

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 25 septembre 2024, M. B C, représenté par Me Wozniak, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 16 septembre 2024 par lequel le préfet de la Sarthe lui a retiré la carte de séjour pluriannuelle, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans ;

2°) d'enjoindre, à titre principal, au préfet compétent de lui délivrer un titre de séjour l'autorisant à travailler dans un délai de quinze jours sous astreinte de 150 euros par jour de retard à compter de la notification du jugement à intervenir et, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation en lui délivrant dans l'attente une autorisation provisoire de séjour, dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au bénéfice de son conseil au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Il soutient que :

S'agissant de la décision portant retrait de la carte de séjour pluriannuelle et obligation de quitter le territoire français :

- les décisions sont insuffisamment motivées ;

- elles méconnaissent les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- la procédure est irrégulière en ce que le préfet ne justifie pas de la façon dont il a obtenu les données pénales le concernant ;

- elle est entachée d'une erreur de fait en ce qu'il a effectué une formation en mars 2022 et de plusieurs missions d'intérim en 2024 ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

S'agissant de la fixation du pays de renvoi :

- elle porte atteinte à sa dignité et ne prend pas en compte sa situation personnelle ;

S'agissant de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans :

- elle est illégale du fait de l'illégalité de la décision de retrait de la carte de séjour pluriannuelle et de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

S'agissant de la décision portant signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen :

- elle est insuffisamment motivée ;

- la procédure est irrégulière en l'absence de saisine des autorités référentes ;

- elle est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation en ce que les dispositions de l'article R. 231-6 du code de la sécurité intérieure ne sont pas applicables.

Par un mémoire en défense, enregistré le 7 octobre 2024, le préfet de la Sarthe conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par C ne sont pas fondés.

M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 27 septembre 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile';

- la loi no 91-647 du 10 juillet 1991';

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme A pour statuer sur les requêtes tendant à l'annulation des mesures d'éloignement adoptées à l'encontre de ressortissants étrangers faisant l'objet d'une assignation à résidence et des décisions accompagnant ces mesures.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme A a été entendu au cours de l'audience publique du 7 octobre 2024.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, de nationalité marocaine, né le 24 décembre 1989, déclare être entré régulièrement en France le 23 mars 2005. Par un arrêté du 16 septembre 2024, le préfet de la Sarthe a retiré sa carte de séjour pluriannuelle valable du 11 juillet 2023 au 10 juillet 2025, lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de trois ans.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

3. Il ressort des pièces du dossier que le requérant est entré sur le territoire français alors qu'il était mineur, en 2005, et qu'il y a séjourné de manière continue et en situation régulière jusqu'au retrait de sa carte de séjour prononcé par l'arrêté litigieux. Ainsi que l'indique lui-même le préfet de la Sarthe dans son mémoire en défense, les parents du requérant sont titulaires de cartes de résident sur le territoire français. Ainsi, eu égard à la durée de présence en France du requérant, à l'âge auquel il y est entré et compte tenu du fait que durant ce laps de temps, il a nécessairement tissé des liens en France, M. C établit avoir déplacé sur le territoire français le centre de ses intérêts privés et familiaux. Si, le requérant a été condamné par le tribunal correctionnel du Mans le 14 mai 2023 à 4 mois d'emprisonnement pour outrage à personne dépositaire de l'autorité publique, conduite de véhicule sous l'emprise d'état alcoolique et conduite d'un véhicule sans permis et qu'il a également été condamné à neuf reprises en 2012, 2013, 2018 et 2019 pour différents faits notamment des faits de vol, d'outrage, d'usage illicite de stupéfiants, port sans motif légitime d'une arme blanche et vol en récidive, il ressort des pièces du dossier que compte tenu de l'ancienneté et de l'intensité des liens dont il peut se prévaloir en France, des datees espacées dans le temps des actes délictueux dont il s'est rendu responsable et en dépit de la gravité des actes à l'origine de sa détention, que le préfet de la Sarthe, en prononçant le retrait de la carte de séjour pluriannuelle de M. C, a porté au droit de l'intéressé au respect de sa vie privée et familiale une atteinte excessive au regard de l'objectif d'ordre public poursuivi.

4. Il résulte de ce qui précède et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que M. C est fondé à demander l'annulation de la décision portant retrait de la carte de séjour pluriannuelle ainsi que par voie de conséquence de la décision portant obligation de quitter le territoire français, de celle fixant le pays de destination, de celle portant interdiction de retour sur le territoire français et le signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

5. Compte tenu du motif qui la fonde, l'annulation de la décision attaquée implique que le préfet de la Sarthe délivre à M. C une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale ". Il y a lieu, par suite, d'enjoindre au préfet de la Sarthe de procéder à cette délivrance, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a néanmoins pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

6. M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite son avocate peut se prévaloir des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, en application de ces dispositions, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros à verser à Me Wozniak, conseil, sous réserve que celle-ci renonce à percevoir la part contributive de l'Etat.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du préfet de la Sarthe du 16 septembre 2024 est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Sarthe de délivrer à M. C une carte de séjour temporaire dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à Me Wozniak, avocate de M. C, la somme de 1 000 euros en application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que celle-ci renonce à percevoir la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B C, à Me Wozniak et au préfet de la Sarthe.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 octobre 2024 .

La magistrate désignée,

A-L ALa greffière,

M-C Minard

La République mande et ordonne au préfet de la Sarthe en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement

Pour expédition conforme,

La greffière

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