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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2417298

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2417298

jeudi 5 juin 2025

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2417298
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation7ème Chambre
Avocat requérantBEARNAIS

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Nantes a rejeté la requête de Mme A, ressortissante ivoirienne, qui contestait le refus de titre de séjour, l'obligation de quitter le territoire français et la fixation du pays de destination pris par le préfet de la Vendée le 5 mars 2024. La requérante invoquait notamment la méconnaissance des articles L. 425-10 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a estimé que la décision de refus de titre de séjour était légale et que les moyens soulevés, notamment ceux relatifs à l'état de santé de sa fille et à sa vie privée et familiale, n'étaient pas fondés. En conséquence, les décisions d'éloignement et de fixation du pays de destination ont été jugées légales.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 7 novembre 2024 et 24 décembre 2024, Mme B A, représentée par Me Bearnais, demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions du 5 mars 2024 par lesquelles le préfet de la Vendée a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office lorsque le délai sera expiré ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Vendée, à titre principal, de lui délivrer le titre de séjour sollicité dans un délai de 15 jours en lui délivrant, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour lui permettant de travailler, sous astreinte de 100 euros par jour de retard et à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa demande de titre de séjour dans un délai d'un mois en lui délivrant, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour lui permettant de travailler, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 800 euros à verser à son avocate en application des dispositions des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

S'agissant de la décision portant refus de titre de séjour :

- il n'est pas établi qu'elle a été signée par une autorité compétente ;

- elle n'est pas suffisamment motivée en méconnaissance des dispositions des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration ;

- elle n'a pas été précédée de l'examen, notamment actualisé, de sa situation personnelle ce qui aurait permis de prendre en compte la dégradation de l'état de santé de sa fille ;

- elle est entachée d'un vice de procédure au regard des articles R. 425-11 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile :

. il doit être établi que le médecin ayant rédigé le rapport médical n'a pas siégé au sein du collège de médecins ayant rendu l'avis ;

. il doit être établi que l'avis a été rendu à l'issue d'une délibération collégiale ;

. il doit être établi que l'avis a été rendu dans le délai de trois mois à compter de la transmission des éléments médicaux ;

. rien n'est coché concernant la convocation pour l'examen, les éléments complémentaires demandés et la justification de l'identité, ne permettant pas de vérifier si ces éléments ont eu lieu ;

. la preuve de l'existence du rapport médical n'est pas établie, celui-ci ne lui ayant pas été transmis ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnait les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; le préfet n'a pas examiné sa demande de titre de séjour sur le regard de ces dispositions ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 paragraphe 1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour la prive de base légale ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

S'agissant de la décision fixant le pays de destination :

- l'illégalité des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français la prive de base légale ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 paragraphe 1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 17 décembre 2024, le préfet de la Vendée conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- Mme A n'a pas présenté de demande de titre de séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- aucun des moyens soulevés par la requérante n'est fondé.

Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du 12 novembre 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République de Côte d'Ivoire relative à la circulation et au séjour des personnes, signée à Abidjan le 21 septembre 1992, approuvée par la loi n° 94-543 du 28 juin 1994 et publiée par le décret n° 95-436 du 14 avril 1995 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Béria-Guillaumie, présidente-rapporteure,

- les observations de Me Béarnais, représentant Mme A,

- et les observations de Mme A.

Une note en délibéré présentée par Mme A a été enregistrée le 22 mai 2025.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B A, ressortissante ivoirienne née le 27 janvier 1999, déclare être entrée irrégulièrement en France le 16 janvier 2019 avec sa fille aînée née en Italie le 2 août 2017, et dont le père réside en Italie. Sa deuxième fille, issue d'un père différent, est née le 19 mai 2024. Toutes trois ont la nationalité ivoirienne. La demande de reconnaissance de la qualité de réfugiée de Mme A a été rejetée par une décision du 19 octobre 2020 de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA). Son recours contre la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a été rejeté par une décision de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) du 29 septembre 2021. La demande d'asile présentée au nom de la fille aînée de Mme A a été rejetée par l'OFPRA et son recours par la CNDA respectivement les 19 octobre 2020 et 29 septembre 2021. Un arrêté portant obligation de quitter le territoire français a été adopté le 19 novembre 2021 par le préfet de la Vendée. Le recours de Mme A dirigé contre cette décision a été rejeté par un jugement du tribunal administratif de Nantes du 13 avril 2022. Son appel a été rejeté par la cour administrative d'appel de Nantes le 28 novembre 2022.

2. Le 13 décembre 2021, Mme A a déposé une demande d'admission au séjour en qualité d'accompagnant d'enfant malade, sur le fondement de l'article L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Après consultation de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII), le préfet de la Vendée a fait droit à sa demande et lui a accordé une autorisation provisoire de séjour de six mois valable entre le 20 avril 2022 et le 19 octobre 2022. Cette autorisation a été renouvelée deux fois, prolongeant ainsi la validité du titre de Mme A jusqu'au 13 décembre 2023.

3. Le 25 septembre 2023, Mme A a sollicité du préfet de la Vendée le renouvellement de son titre de séjour. Par un avis du 20 février 2024, l'OFII a considéré que l'absence de soins ne devrait pas entrainer pour sa fille aînée de conséquences d'une exceptionnelle gravité et que celle-ci pouvait voyager sans risque. La demande de titre de séjour de Mme A a été rejetée par un arrêté du 5 mars 2024 portant en outre obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office lorsque le délai sera expiré. Mme A demande au tribunal d'annuler les décisions du 5 mars 2024.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. Il ressort des pièces du dossier que Mme A est entrée en France en 2019 près de cinq années avant le refus de séjour attaqué. Elle était accompagnée de sa fille ainée, Hawa, née en Europe, en Italie en août 2017. La petite Hawa est entrée en France à l'âge d'un an et demi et y a vécu depuis lors. Il ressort aussi des pièces du dossier que la petite fille présente un trouble du spectre autistique, qui se manifeste principalement par un retard de langage et de développement scolaire, ainsi qu'un rapport difficile aux autres. Il en ressort également que la fille de la requérante ne réussit pas à atteindre le niveau scolaire suffisant pour être admise en grande section et en cours préparatoire et qu'elle a obtenu de la maison départementale des personnes en situation de handicap de la Vendée, qui lui a reconnu un taux d'incapacité supérieur ou égal à 50 pour cent et inférieur à 80 pour cent, un droit au maintien en maternelle. Il ressort également des pièces du dossier que les professionnels de santé en charge de son suivi préconisent une orientation en institut médico-éducatif et en service d'éducation spéciale et de soins à domicile compétent pour la prise en charge des troubles du spectre autistique. Mme A a bénéficié à deux reprises d'une autorisation provisoire de séjour en qualité de parente d'enfant malade sans qu'il ressorte des pièces du dossier qu'il y ait eu une amélioration fondamentale de l'état de santé de la petite Hawa qui présente un trouble du spectre autistique. En revanche, il ressort des pièces du dossier que la petite fille, qui a débuté sa scolarité en France, a pu être prise en charge dans ce pays par le biais de séances d'orthophonie, de psychomotricité et grâce à l'assistance, dans l'attente d'une admission en institut médico-éducatif, d'un accompagnant d'élève en situation de handicap (AESH) qui l'assistait quatre jours par semaine. Il ressort également des pièces du dossier que lorsqu'elle a bénéficié d'autorisations provisoires de séjour, Mme A a exercé des activités professionnelles, notamment en août et septembre 2021, en juin 2022 puis entre septembre 2022 et mai 2023 en qualité d'opérateur de quartier polyvalent en cuisine, et en octobre 2023. Elle a également effectué deux journées de formation professionnelle dans le domaine de l'hygiène et de la sécurité alimentaire, au début de l'année 2023. Enfin, la requérante était, à la date du refus de séjour attaqué, enceinte de sa deuxième fille. Dans les circonstances particulières de l'espèce et compte tenu de l'ensemble des circonstances du séjour en France de Mme A et de sa fille ainée, née en Europe, scolarisée en France et atteinte de troubles du spectre autistique, la requérante est fondée à soutenir qu'en refusant de lui délivrer un titre de séjour, le préfet de la Vendée a apprécié de manière manifestement erronée les conséquences de sa décision sur sa situation et à demander, pour ce motif, l'annulation du refus de séjour du 7 mars 2024. L'annulation de cette décision entraine par voie de conséquence l'annulation des décisions du même jour portant obligation de quitter le territoire français et fixation du pays de destination.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

5. Eu égard au motif d'annulation retenu, l'exécution du présent jugement implique nécessairement qu'il soit délivré à Mme A un titre de séjour mention " vie privée et familiale " dans un délai de deux mois.

Sur les frais du litige :

6. Mme A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Béarnais, avocate de Mme A, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de l'Etat le versement à cette dernière de la somme de 1 200 euros.

D É C I D E :

Article 1er : Les décisions du 7 mars 2024 par lesquelles le préfet de la Vendée a refusé de délivrer à Mme A un titre de séjour, a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire français et a fixé le pays à destination duquel elle pourrait être reconduite d'office sont annulées.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Vendée de délivrer à Mme A un titre de séjour mention " vie privée et familiale " dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à Me Béarnais, avocate de Mme A, la somme de 1 200 euros en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme C, au préfet de la Vendée et à Me Béarnais.

Délibéré après l'audience du 22 mai 2025, à laquelle siégeaient :

Mme Béria-Guillaumie, présidente,

M. Hannoyer, premier conseiller,

Mme Baufumé, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 juin 2025.

La présidente-rapporteure,

M. BÉRIA-GUILLAUMIE L'assesseur le plus ancien

dans l'ordre du tableau,

R. HANNOYER

Le greffier,

P. VOSSELER

La République mande et ordonne au préfet de la Vendée en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

ae

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