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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2503286

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2503286

jeudi 19 juin 2025

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2503286
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation7ème Chambre
Avocat requérantSCHAUTEN

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Nantes a rejeté la requête de M. B, ressortissant tchadien, qui contestait le refus de titre de séjour, l'obligation de quitter le territoire français et la fixation du pays de destination pris par le préfet de Maine-et-Loire le 1er mars 2024. Le tribunal a estimé que la décision de refus de titre de séjour était suffisamment motivée et que le requérant ne justifiait pas de motifs exceptionnels ou de considérations humanitaires au sens de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, malgré son expérience professionnelle et son intégration sociale. Par conséquent, les moyens soulevés contre l'obligation de quitter le territoire français et la décision fixant le pays de destination, notamment ceux tirés de l'article 3 de la convention européenne des droits de l'homme, ont été écartés. La demande de M. B a été rejetée dans son ensemble.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 21 février 2025, M. A B, représenté par Me Schauten, demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions du 1er mars 2024 par lesquelles le préfet de Maine-et-Loire a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office lorsque le délai sera expiré ;

2°) d'enjoindre au préfet de Maine-et-Loire, à titre principal, de délivrer un titre de séjour dans un délai de quinze jours et à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa demande de titre de séjour et dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son avocate en application des dispositions des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

S'agissant de la décision portant refus de titre de séjour :

- elle n'est pas suffisamment motivée en méconnaissance des dispositions des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration ;

- elle n'a pas été précédée de l'examen de sa situation personnelle ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; il justifie d'une expérience professionnelle continue et diversifiée depuis septembre 2021 ; il dispose d'une promesse d'embauche en contrat à durée indéterminée en mars 2023 et en février 2025, dans des secteurs en tension ; il réside en France depuis octobre 2019 et justifie d'une intégration sociale réelle et sérieuse ; il justifie de considérations humanitaires du fait de risques graves en cas de retour au Tchad ;

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle n'est pas suffisamment motivée en méconnaissance des dispositions de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour la prive de base légale ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

S'agissant de la décision fixant le pays de destination :

- l'illégalité des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français la prive de base légale ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions de L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 14 avril 2025, le préfet de Maine-et-Loire conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens soulevés par le requérant n'est fondé.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du 31 mars 2025.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Béria-Guillaumie, présidente-rapporteure, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant tchadien né le 4 août 1998, déclare être entré en France en octobre 2019, sous couvert d'un visa en qualité d'étudiant. Sa demande de reconnaissance de la qualité de réfugié a été rejetée par une décision du 9 septembre 2021 de l'Office français de protection des réfugiés et apatride. Son recours contre cette décision a été rejeté par une décision de la Cour nationale du droit d'asile du 19 décembre 2022. Sa demande de réexamen a également été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides le 5 avril 2023 et son recours par la Cour nationale du droit d'asile le 7 août suivant. Il a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français le 5 mai 2023. Son recours contre l'obligation de quitter le territoire français a été rejeté par un jugement du tribunal administratif de Nantes le 16 novembre 2023. Il a ensuite sollicité du préfet de Puy-de-Dôme la délivrance d'un titre de séjour " étudiant " en application de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Cette demande a été rejetée par un arrêté du 6 janvier 2022, faute pour le requérant d'avoir produit l'intégralité des pièces nécessaires à la complétude de son dossier. Il a enfin sollicité du préfet de Maine-et-Loire son admission exceptionnelle au séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Sa demande a été rejetée par un arrêté du 1er mars 2024 portant en outre obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office lorsque le délai sera expiré. M. B demande au tribunal d'annuler les décisions du 1er mars 2024.

Sur la décision portant refus de titre de séjour :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration, " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police () ". L'article L. 211-5 du même code dispose que : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ". Toutefois, le préfet n'est pas tenu de mentionner dans les motifs de sa décision l'ensemble des éléments dont se prévaut le demandeur mais seulement ceux qu'il a pris en compte pour fonder sa décision.

3. Il ressort des pièces du dossier que le préfet de Maine-et-Loire a visé les articles du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont la décision fait application, ainsi que les articles de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il résulte de ce qui précède que la décision portant refus d'admission au séjour du 14 juin 2024 comporte l'exposé des considérations de droit et de fait qui la fonde et est ainsi suffisamment motivée. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation de la décision contestée ne peut qu'être écarté.

4. En deuxième lieu, la décision est également fondée sur des éléments de faits actualisés issus de l'analyse de la situation personnelle de M. B et non pas sur des observations générales et stéréotypées comme le soutient le requérant. Il est notamment fait référence à sa durée de présence en France et à son parcours professionnel. Il ne ressort dès lors ni de la motivation de l'arrêté attaqué ni des autres pièces du dossier que le préfet de Maine-et-Loire n'aurait pas procédé à un examen de la situation personnelle de M. B avant de refuser de lui délivrer un titre de séjour. Par suite, le moyen tiré de ce que le préfet aurait commis une telle erreur de droit doit être écarté.

5. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "salarié", "travailleur temporaire" ou "vie privée et familiale", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 () ". Il appartient à l'autorité administrative de vérifier, dans un premier temps, si l'admission exceptionnelle au séjour par la délivrance d'une carte portant la mention " vie privée et familiale " répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard de motifs exceptionnels, et à défaut, dans un second temps, s'il est fait état de motifs exceptionnels de nature à permettre la délivrance, dans ce cadre, d'une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ". Dans cette dernière hypothèse, un demandeur qui justifierait d'une promesse d'embauche ou d'un contrat lui permettant d'exercer une activité caractérisée par des difficultés de recrutement et figurant sur la liste établie au plan national par l'autorité administrative, ne saurait être regardé, par principe, comme attestant, par là-même, des " motifs exceptionnels " exigés par la loi. Il résulte de ces dispositions que le législateur a entendu laisser à l'administration un large pouvoir pour apprécier si l'admission au séjour d'un étranger répond à des considérations humanitaires ou si elle se justifie au regard des motifs exceptionnels que celui-ci fait valoir. Il lui appartient d'examiner, notamment, si la qualification, l'expérience et les diplômes de l'étranger ainsi que les caractéristiques de l'emploi auquel il postule, de même que tout élément sur la situation personnelle de l'étranger, tel que, par exemple, l'ancienneté de son séjour en France, peuvent constituer, en l'espèce, des motifs exceptionnels d'admission au séjour.

6. Les seules circonstances que M. B a travaillé durant les années 2021, 2022 et 2023 pour des entreprises d'intérim et qu'il produise une promesse d'embauche au sein de l'une d'elles ne sont pas suffisantes pour constituer un motif exceptionnel au sens des dispositions citées au point précédent, alors en outre qu'il ne justifie ni d'une ancienneté importante dans son activité professionnelle, ni de compétences ou de spécificités d'emploi particulières. M. B affirme être la cible d'une vengeance consécutive à l'altercation qui se serait produite entre son neveu et deux hommes, dont l'un aurait été tué, et fournit à l'appui de cette affirmation un communiqué qui émanerait du sultan du Dar Kapka appelant à son assassinat. Néanmoins, le requérant n'établit pas le caractère authentique et probant de ce document, ni ne fournit aucun autre élément de nature à prouver le risque ainsi allégué. Par suite, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il encourrait, en cas de retour dans son pays, des risques pour sa vie ou sa liberté. En conséquence, c'est sans commettre d'erreur manifeste d'appréciation que le préfet de Maine-et-Loire a pu estimer que la situation du requérant ne relevait pas de considérations humanitaires ou de motifs exceptionnels. Le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit donc être écarté.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

7. En premier lieu, aux termes du I de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. / Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour () ".

8. La décision obligeant M. B à quitter le territoire français, qui a été prise en application des dispositions du 3° de l'article L. 611-1 dudit code, n'avait pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision portant refus de séjour, laquelle ainsi qu'il a été dit au point 3 du jugement est suffisamment motivée. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation de l'obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

9. En deuxième lieu, il résulte de ce qui a été dit aux points 2 à 5 du jugement que M. B n'est pas fondé à soutenir que la décision du 1er mars 2024 serait illégale en raison de l'illégalité de la décision du même jour portant refus de séjour.

10. En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 6 du jugement, le préfet de Maine-et-Loire n'a pas apprécié de manière manifestement erronée les conséquences de sa décision d'obligation de quitter le territoire français sur la situation de M. B.

Sur la décision fixant le pays de destination :

11. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit aux points 2 à 9 du jugement que M. B n'est pas fondé à soutenir que la décision du 1er mars 2024 fixant le pays à destination duquel il pourrait être reconduit d'office serait illégale en raison de l'illégalité des décisions du même jour portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français.

12. En second lieu, l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose : " Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ", aux termes desquelles : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

13. Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 6 du jugement notamment quant au fait que le caractère authentique du " communiqué " produit n'est pas établi, M. B n'établit pas qu'il encourrait, en cas de retour dans son pays, des risques pour sa vie ou sa liberté ou qu'il y serait exposé à des traitements inhumains ou dégradants. Au demeurant, sa demande de reconnaissance de la qualité de réfugié a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et par la Cour nationale du droit d'asile, ainsi que sa demande de réexamen. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et des dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

14. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. B doit être rejetée, en toutes ses conclusions.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. A B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Schauten et au préfet de Maine-et-Loire.

Délibéré après l'audience du 5 juin 2025, à laquelle siégeaient :

Mme Beria-Guillaumie, présidente,

M. Hannoyer, premier conseiller,

Mme Baufumé, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 juin 2025.

La présidente-rapporteure,

M. BÉRIA-GUILLAUMIE

L'assesseur le plus ancien

dans l'ordre du tableau,

R. HANNOYER

La greffière,

B. GAUTIER

La République mande et ordonne au préfet de Maine-et-Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

AE

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