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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-1903347

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-1903347

lundi 18 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-1903347
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation4ème chambre
Avocat requérantSELARL DEREC

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 17 septembre 2019 et un mémoire, enregistré le 23 septembre 2021, la caisse primaire d'assurance maladie de Loir-et-Cher, agissant au nom et pour le compte de la caisse primaire d'assurance maladie de l'Indre, représentée par Me Maury demande au tribunal :

1°) de condamner le centre hospitalier régional universitaire (CHRU) de Tours à lui verser la somme de 57 833,66 euros au titre de ses débours, somme assortie des intérêts au taux légal à compter du 10 juillet 2019, date de réception de la demande indemnitaire préalable par le CHRU de Tours ;

2°) de condamner le CHRU de Tours à lui verser la somme de 1 098 euros au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale ;

3°) de mettre à la charge du CHRU de Tours le versement de la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

La caisse soutient que :

- son assuré a présenté des complications à la suite d'une opération de la hanche pratiquée au CHRU de Tours et a été victime d'une infection nosocomiale ;

- la responsabilité de l'établissement est engagée au titre de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique ;

- ses débours directement imputables au traitement de F infection s'élèvent à la somme globale de 57 833,66 euros comprenant les dépenses de santé actuelles, les frais médicaux du 21 janvier 2014 au 20 juillet 2015, les frais pharmaceutiques du 29 janvier 2014 au 28 avril 2015, les frais d'appareillage du 28 novembre 2014 au 21 avril 2015, les frais de transports, les pertes de gains professionnels actuels et les dépenses de santé futures.

Par un mémoire en défense, enregistré le 28 juillet 2021, le centre hospitalier régional universitaire (CHRU) de Tours, représenté par Me Derec, demande au tribunal de limiter l'indemnisation à laquelle peut prétendre la CPAM de Loir-et-Cher à la somme de 21 725,98 euros.

Le CHRU soutient que seuls les débours en lien direct avec le traitement de l'infection nosocomiale peuvent être indemnisés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code civil ;

- le code de la santé publique ;

- le code de la sécurité sociale ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. E,

- les conclusions de Mme B de Koninck, rapporteure publique,

- et les observations de Me Derec représentant le CHRU de Tours.

Considérant ce qui suit :

1. M. D., affilié auprès de la caisse primaire d'assurance maladie (CPAM) de l'Indre, a subi une opération chirurgicale, le 3 janvier 2014, consistant en la mise en place d'une prothèse de hanche totale. A la suite d'une désunion de la cicatrice avec un écoulement séreux, il a consulté, le 22 janvier 2014, un chirurgien orthopédiste du centre hospitalier régional universitaire (CHRU) de Tours puis a été de nouveau hospitalisé du 22 au 29 janvier 2014 pour réalisation d'un lavage. A F occasion, les prélèvements réalisés ont mis en évidence une infection par staphylocoques. M. D. s'est alors vu prescrire un traitement antibiotique à compter du 27 janvier 2014. L'intéressé a présenté, le 16 août 2014, un pic fébrile avec douleur de la hanche droite. Il s'est rendu, le même jour, au service des urgences du centre hospitalier de Châteauroux et a été adressé au CHRU de Tours, où il a été hospitalisé jusqu'au 21 août 2014. Compte tenu de l'évolution de son état de santé, M. D. a été reçu le 9 septembre 2014 en consultation par un infectiologue qui a considéré que l'examen réalisé était évocateur d'une atteinte coxofémorale. M. D. a de nouveau été hospitalisé au CHRU de Tours où il a subi, le 17 novembre 2014, un changement de prothèse de hanche droite. Les prélèvements pratiqués ont montré la présence d'un streptocoque B.

2. M. D. s'est alors rapproché de l'assureur du CHRU de Tours et une expertise médicale amiable a été diligentée. M. D. a été indemnisé de ses préjudices par l'assureur de l'établissement. Par une lettre du 9 juillet 2019, la CPAM de Loir-et-Cher, agissant pour le compte de la CPAM de l'Indre par convention de délégation, a adressé au CHRU de Tours une demande indemnitaire préalable. Par un courrier daté du 18 juillet 2019, le CHRU de Tours a informé la caisse qu'il transmettait F demande à son assureur avant de se positionner sur celle-ci. En l'absence de réponse, la CPAM de Loir-et-Cher, agissant au nom et pour le compte de la caisse primaire d'assurance maladie de l'Indre, demande au tribunal de condamner le CHRU de Tours à l'indemniser de ses débours, qu'elle évalue à la somme de 57 833,66 euros.

Sur la responsabilité :

3. Aux termes du I de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique : " Hors le cas où leur responsabilité est encourue en raison d'un défaut d'un produit de santé, les professionnels de santé mentionnés à la quatrième partie du présent code, ainsi que tout établissement, service ou organisme dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins ne sont responsables des conséquences dommageables d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins qu'en cas de faute. Les établissements, services et organismes susmentionnés sont responsables des dommages résultant d'infections nosocomiales, sauf s'ils rapportent la preuve d'une cause étrangère. ". Doit être regardée, au sens de ces dispositions, comme présentant un caractère nosocomial une infection survenant au cours ou au décours de la prise en charge d'un patient et qui n'était ni présente, ni en incubation au début de celle-ci, sauf s'il est établi qu'elle a une autre origine que la prise en charge.

4. Il résulte de l'instruction, et il n'est d'ailleurs pas contesté en défense, que M. D. a été victime d'une infection nosocomiale contractée au décours de l'intervention pratiquée le 3 janvier 2014. Par suite, la CPAM est fondée à demander que la responsabilité du CHRU de Tours soit engagée à ce titre.

Sur les préjudices :

5. En application des dispositions de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale, le juge saisi d'un recours de la victime d'un dommage corporel et du recours subrogatoire d'un organisme de sécurité sociale doit, pour chacun des postes de préjudices, déterminer le montant du préjudice en précisant la part qui a été réparée par des prestations de sécurité sociale et celle qui est demeurée à la charge de la victime. Il lui appartient ensuite de fixer l'indemnité mise à la charge de l'auteur du dommage au titre du poste de préjudice en tenant compte, s'il a été décidé, du partage de responsabilité avec la victime ou, le cas échéant, de ce que F responsabilité n'est engagée que dans la limite d'une perte de chance pour la victime d'obtenir une amélioration ou d'éviter une aggravation de son état. Le juge doit allouer F indemnité à la victime dans la limite de la part du poste de préjudice qui n'a pas été réparée par des prestations, le solde, s'il existe, étant alloué à l'organisme de sécurité sociale. Dans l'hypothèse où la victime, régulièrement appelée dans l'instance, n'a pas sollicité l'indemnisation d'un poste de préjudice au titre duquel la caisse demande le remboursement par le tiers responsable des prestations le réparant de manière incontestable, la caisse ne tient pas des dispositions de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale une priorité qui lui permettrait à son tour, en faisant état du préjudice total subi par la victime, d'obtenir le remboursement de l'intégralité des prestations qu'elle a versées. Elle peut, en revanche, demander au juge, indépendamment de la priorité accordée à la victime, le remboursement de ses débours dans la limite de la part des conséquences dommageables de l'accident dont le tiers est directement responsable.

En ce qui concerne les dépenses de santé actuelles :

6. En premier lieu, il résulte de l'instruction, et notamment du rapport d'expertise amiable, que les périodes d'hospitalisations du 22 au 29 janvier 2014 et du 17 au 21 août 2014 au CHRU de Tours présentent un lien direct avec le traitement de l'infection nosocomiale. De même, il résulte de l'instruction que les frais d'hospitalisation de M. A du 16 au 17 août 2014 dans le service des urgences du centre hospitalier de Châteauroux sont en lien direct avec l'infection, dès lors que M.D. avait été alors hospitalisé en raison d'un pic fébrile avec douleur de la hanche droite. Enfin, les frais d'hospitalisation du 16 au 28 novembre 2014 au CHRU de Tours présentent également un lien de causalité direct avec l'infection nosocomiale dès lors que la décision de changement prothétique avait été prise en raison de la persistance de l'infection. Par suite, la CPAM de Loir-et-Cher est fondée à demander le remboursement des débours correspondant aux frais d'hospitalisation de ces quatre périodes pour un montant total de 37 576,73 euros.

7. En deuxième lieu, s'agissant des frais médicaux supportés du 21 janvier 2014 au 20 juillet 2015 correspondant aux consultations, imageries, soins infirmiers liés aux injections, aux prélèvements et soins locaux, soins de biologie liés au suivi de l'infection, soins de kinésithérapie à la suite de la ré-intervention du 17 novembre 2014, les frais présentent un lien de causalité avec le traitement de l'infection. Par suite, la CPAM de Loir-et-Cher est bien fondée à demander le remboursement de ces débours pour un montant total de 2 753,92 euros, qui sera mis à la charge du CHRU de Tours.

8. En troisième lieu, s'agissant des frais pharmaceutiques du 29 janvier 2014 au 28 avril 2015 pour un montant de 1 352,52 euros, il résulte de l'instruction que ces frais correspondent à la prescription et à la délivrance d'anticoagulants, d'antibiotiques, d'antalgiques liés aux suites de l'infection. Par suite, la CPAM de Loir et Cher est fondée à demander le remboursement de ces débours pour un montant de 1 352,52 euros.

9. En quatrième lieu, s'agissant des frais d'appareillage pour un montant de 53,80 euros, il résulte de l'instruction qu'en raison du changement prothétique réalisé lors de l'hospitalisation du 16 au 28 novembre 2014, M. D. a été contraint d'utiliser un déambulateur. Par suite, les frais ainsi exposés par la CPAM de l'Indre pour le compte de son assuré présentent un lien de causalité avec l'infection nosocomiale. La CPAM du Loir-et-Cher peut donc prétendre au remboursement de ces débours.

En ce qui concerne les frais de transports :

10. Il résulte de l'instruction que les frais de transports pris en charge par la CPAM de l'Indre les 29 janvier 2014, 18 février 2014, 16 août 2014, 17 août 2014, 21 août 2014, 9 septembre 2014, 16 novembre 2014, 28 novembre 2014, 13 janvier 2015 et 21 avril 2015 correspondent aux frais de transports effectués dans le cadre des hospitalisations de M. D en lien avec le traitement de l'infection nosocomiale au CHRU de Tours et à Châteauroux et des consultations réalisées pour le suivi du traitement de F infection. Par suite, la CPAM de Loir-et-Cher est fondée à demander le remboursement de ces débours pour un montant total de 3 819, 26 euros.

En ce qui concerne les indemnités journalières versées à M. D.:

11. Il résulte de l'instruction que des indemnités journalières ont été versées à M. A du 3 juillet 2014 au 22 juillet 2015 pour un montant total de 12 240,49 euros correspondant à deux cent soixante-douze jours d'indemnisation. Il ne résulte pas de l'instruction, et notamment du rapport d'expertise, que M. D. aurait repris son activité professionnelle de cuisinier. L'expert a retenu des périodes de déficit fonctionnel temporaire total et partiel en rapport avec l'infection nosocomiale du 22 janvier au 31 août 2014, du 29 novembre 2014 au 28 février 2015 et du 1er mars au 21 juillet 2015 et a précisé que l'évolution normale de la prothèse de hanche aurait dû conduire à un arrêt de travail de six mois jusqu'au 3 juillet 2014. Il résulte du relevé de prestations fourni par la CPAM que M. D a été indemnisé à hauteur de soixante-neuf jours entre le 3 juillet 2014 et le 30 décembre 2014 et à hauteur de deux cent trois jours entre le 1er janvier 2015 et le 22 juillet 2015. Le versement de ces indemnités journalières présente donc un lien de causalité avec l'infection nosocomiale. Par suite, la CPAM de Loir-et-Cher est fondée à demander le remboursement de ces débours pour un montant de 12 240,49 euros.

12. En dernier lieu, il résulte de l'instruction, et notamment de l'attestation d'imputabilité rédigée pour le compte de la CPAM, que la radiographie de contrôle du 16 décembre 2015 au CHRU de Tours a été réalisée afin de vérifier le bon état de la prothèse de remplacement mise en place le 17 novembre 2014 en raison de l'infection nosocomiale. La CPAM de Loir-et-Cher est donc fondée à demander le remboursement de ces débours pour une somme de 36,93 euros.

13. Au total, il y a lieu de condamner le CHRU de Tours à verser à la CPAM de Loir-et-Cher la somme de 57 833,66 euros qu'elle réclame en remboursement des débours exposés pour le compte de M. D., assuré de la CPAM de l'Indre.

Sur les intérêts :

14. Aux termes de l'article 1231-6 du code civil : " Les dommages et intérêts dus à raison du retard dans le paiement d'une obligation de somme d'argent consistent dans l'intérêt au taux légal, à compter de la mise en demeure. Ces dommages et intérêts sont dus sans que le créancier soit tenu de justifier d'aucune perte () ". Il résulte de ces dispositions que lorsqu'ils sont demandés, et quelle que soit la date de la demande, les intérêts des indemnités allouées sont dus à compter du jour où la demande de réclamation de la somme principale est parvenue à la partie débitrice ou, à défaut, à compter de la date d'enregistrement au greffe du tribunal administratif des conclusions tendant au versement de F indemnité.

15. La CPAM de Loir-et-Cher demande que les indemnités qui lui sont allouées soient assorties des intérêts au taux légal. Il y a lieu de faire droit à F demande d'intérêts à compter, comme elle le demande, du 10 juillet 2019, date à laquelle le centre hospitalier a accusé réception de sa demande préalable d'indemnisation.

Sur l'indemnité forfaitaire de gestion :

16. L'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale permet aux caisses d'assurance maladie exerçant leur recours subrogatoire de recouvrer une indemnité forfaitaire de gestion égale au tiers des sommes dont le remboursement a été obtenu, dans des limites fixées par arrêté. L'article 1er de l'arrêté du 14 décembre 2021 fixe les montants minimum et maximum de F indemnité forfaitaire de gestion à respectivement 110 euros et 1 114 euros.

17. Eu égard au montant des sommes accordées à la CPAM de Loir-et-Cher, il y a lieu de condamner le CHRU de Tours à lui verser la somme de 1 114 euros au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion.

Sur les frais liés au litige :

18. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du CHRU de Tours une somme de 1 500 euros à verser à la CPAM de Loir-et-Cher en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1 : Le centre hospitalier régional universitaire de Tours est condamné à verser une somme de 57 833,66 euros à la caisse primaire d'assurance maladie de Loir-et-Cher en remboursement des débours exposés par la caisse primaire d'assurance maladie de l'Indre pour les soins apportés à son assuré M. A F somme sera assortie des intérêts au taux légal à compter du 10 juillet 2019.

Article 2 : Le centre hospitalier régional universitaire de Tours est condamné à verser à la caisse primaire d'assurance maladie de Loir-et-Cher la somme de 1 114 euros en application de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale.

Article 3 : Le centre hospitalier régional universitaire de Tours versera une somme de 1 500 euros à la caisse primaire d'assurance maladie de Loir-et-Cher en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à la caisse primaire d'assurance maladie de Loir-et-Cher, au centre hospitalier régional universitaire de Tours et à M. D C.

Délibéré après l'audience du 30 juin 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Rouault-Chalier, présidente,

M. Viéville, premier conseiller,

M. Nehring, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 juillet 2022.

Le rapporteur,

Sébastien VIEVILLE

La présidente,

Patricia ROUAULT-CHALIER

La greffière,

Emilie DEPARDIEU

La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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