jeudi 27 octobre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Orléans |
| Section | Tribunal Administratif d'Orléans |
| N° Dossier | TA45-2001104 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 4ème chambre |
| Avocat requérant | SELARL DEREC |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 16 mars 2020 et 4 avril 2022,
Mme G F, agissant à titre personnel et en tant qu'ayant droit de son mari, M. B F, représentée par Me Georges, demande au tribunal :
1°) de condamner le centre hospitalier universitaire (CHU) de Poitiers et le centre hospitalier régional universitaire (CHRU) de Tours à lui verser une somme totale de 86 953 euros en réparation des préjudices nés du décès de son mari, M. B F, somme assortie des intérêts légaux à la date du 28 septembre 2017 ;
2°) de mettre à la charge du CHU de Poitiers et du CHRU de Tours la somme de
5 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ainsi que les dépens.
Elle soutient que :
- le CHU de Poitiers et le CHRU de Tours ont commis des fautes de nature à engager leur responsabilité en s'abstenant de pratiquer une opération chirurgicale d'amputation de la jambe droite de son mari, M. F, alors que son état de santé rendait cette intervention indispensable afin d'éviter son décès ;
- ces fautes sont à l'origine d'une perte de chance d'éviter le décès de M. F, qui devra être estimée à 25 % ;
- s'agissant des préjudices subis par M. F avant son décès, le CHU de Poitiers et le CHRU de Tours devront indemniser Mme F, en sa qualité d'ayant droit, à hauteur de 419,75 euros au titre du déficit fonctionnel permanent et de 12 500 euros au titre des souffrances endurées ;
- s'agissant de ses préjudices propres, les établissements hospitaliers devront être condamnés à lui verser une somme de 884,25 euros au titre des frais d'obsèques, de
1 967,83 euros au titre des frais de déplacement, de 6 182 euros au titre de son préjudice économique, de 40 000 euros au titre de son préjudice d'accompagnement et de 25 000 euros au titre de son préjudice d'affection.
Par un mémoire en défense, enregistré le 18 mars 2022, le centre hospitalier régional universitaire (CHRU) de Tours, représenté par Me Derec, conclut au rejet de la requête et des conclusions présentées par la mutuelle sociale agricole (MSA) et, subsidiairement, à la limitation de sa responsabilité à 50 % du préjudice subi par Mme F, après application d'un taux de perte de chance de 25 %.
Il fait valoir que :
- aucune faute ne peut lui être reprochée dès lors qu'une intervention d'amputation ne pouvait être pratiquée en raison de la récusation de l'intéressé à l'anesthésie générale, ce dernier souffrant d'une insuffisance cardiaque conduisant à un risque vital très important ; en outre, il ne pouvait être pratiquée une rachianesthésie, elle aussi contre indiquée pour l'intéressé ; ainsi, le rapport bénéfice risque n'était pas en faveur d'une amputation ;
- les préjudices dont se prévaut Mme F en qualité d'ayant droit de M. F sont en lien avec l'état antérieur de ce dernier et ne peuvent faire l'objet d'une indemnisation ;
- Mme F n'est pas fondée à se prévaloir d'un préjudice économique et ne justifie pas avoir exposé les sommes qu'elle demande au titre des frais divers ; en outre, le préjudice d'accompagnement dont elle se prévaut est lié à la pathologie préexistante de son défunt mari ;
- si une indemnité devait être allouée au titre du préjudice d'affection, son montant ne saurait excéder la somme de 3 750 euros après application d'un taux de perte de chance de 25 %, dont 1 875 euros sont imputables au CHRU de Tours.
Par un mémoire en défense, enregistré le 18 mars 2022, le centre hospitalier universitaire (CHU) de Poitiers, représenté par Me Derec, conclut au rejet de la requête et des conclusions de la mutuelle sociale agricole (MSA) et, subsidiairement, à la limitation de sa responsabilité à 50 % du préjudice subi par Mme F, après application d'un taux de perte de chance de 25 %.
Il soutient que :
- les préjudices dont se prévaut Mme F en qualité d'ayant droit de M. F sont en lien avec l'état antérieur de ce dernier et ne peuvent faire l'objet d'une indemnisation ;
- Mme F n'est pas fondée à se prévaloir d'un préjudice économique et ne justifie pas avoir exposé les sommes qu'elle demande au titre des frais divers ; en outre, le préjudice d'accompagnement dont elle se prévaut est lié à la pathologie préexistante de son défunt mari ;
- si une indemnité devait être allouée au titre du préjudice d'affection, son montant ne saurait excéder la somme de 3 750 euros après application d'un taux de perte de chance de 25 %, dont 1 875 euros sont imputables au CHU de Poitiers.
Par des mémoires, enregistrés les 1er juillet 2020 et 21 août 2020, la mutualité sociale agricole (MSA) Berry-Touraine demande au tribunal :
1°) de condamner solidairement le CHU de Poitiers et le CHRU de Tours à lui verser la somme de 39 064,82 euros au titre des dépenses qu'elle a supportées pour la prise en charge de M. F en lien avec les fautes commises par ces deux établissements ;
2°) de condamner solidairement le CHU de Poitiers et le CHRU de Tours à lui verser la somme de 1 091 euros au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion prévue à l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale ;
3°) de mettre à la charge solidaire du CHU de Poitiers et du CHRU de Tours la somme de 700 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code civil ;
- le code de la santé publique ;
- le code de la sécurité sociale ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. E ;
- les conclusions de Mme Palis De Koninck, rapporteure publique
- et les observations de Me Derec, représentant le CHRU de Tours et le CHU de Poitiers.
Considérant ce qui suit :
1. M. B F a été hospitalisé le 17 juin 2016 au sein du centre hospitalier universitaire (CHU) de Poitiers en raison d'une nécrose cutanée du gros orteil droit faisant suite à un choc. Une amputation du gros orteil a été réalisée le 21 juin 2017. Toutefois, en raison de l'absence de cicatrisation de la plaie et de l'apparition d'une nouvelle nécrose de la tranche d'amputation et d'un début de gangrène, il a été envisagé une nouvelle amputation. Cependant, à défaut d'accord explicite de l'intéressé à la réalisation de l'intervention, l'équipe médicale du CHU de Poitiers a renoncé à réaliser la chirurgie d'amputation et a décidé du transfert de M. F au centre hospitalier de Chinon le 18 juillet 2017. En raison de l'aggravation de l'état de santé de l'intéressé, ce dernier a été transféré au centre hospitalier régional universitaire (CHRU) de Tours le 22 août 2017 afin qu'y soit réalisée une intervention d'amputation de la jambe droite. Toutefois, l'équipe médicale a refusé de procéder à l'intervention en raison de la récusation de la victime à l'anesthésie générale. M. F a de nouveau été transféré le 20 août 2017 au centre hospitalier de Chinon pour une prise en charge palliative jusqu'à son décès, survenu le 16 septembre 2017.
2. Estimant la responsabilité du CHU de Poitiers et celle du CHRU de Tours engagées, Mme G F, veuve de M. F, a saisi la commission de conciliation et d'indemnisation des accidents médicaux (CCI) le 26 octobre 2017. La commission a désigné les docteurs A et D ainsi que le professeur C comme experts. Ces derniers ont remis leur rapport le 24 mai 2018. Par un avis du 5 septembre 2018, la CCI a estimé que la réparation des préjudices liés au décès de M. F incombait à l'assureur du CHU de Poitiers et du CHRU de Tours dans la limite globale d'une perte de chance de 25 %. Par courriers des 27 décembre 2018 et 3 janvier 2019, l'assureur des deux établissements a refusé de proposer une indemnisation. Par courrier du 16 avril 2019, l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (ONIAM) a également refusé de proposer une indemnisation à Mme F. Par la requête ci-dessus analysée, Mme F demande au tribunal de lui verser une somme totale de 86 953 euros en réparation des préjudices nés du décès de son mari, M. F.
Sur la responsabilité des centres hospitaliers :
3. Aux termes du premier alinéa du I de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique : " Hors le cas où leur responsabilité est encourue en raison d'un défaut d'un produit de santé, les professionnels de santé mentionnés à la quatrième partie du présent code, ainsi que tout établissement, service ou organisme dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins ne sont responsables des conséquences dommageables d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins qu'en cas de faute. ". Aux termes du cinquième alinéa de l'article L. 1111-4 du même code, dans sa version applicable au litige : " Lorsque la personne est hors d'état d'exprimer sa volonté, aucune intervention ou investigation ne peut être réalisée, sauf urgence ou impossibilité, sans que la personne de confiance prévue à l'article L. 1111-6, ou la famille, ou à défaut, un de ses proches ait été consulté. ". L'article R. 4127-41 du même code dispose : " Aucune intervention mutilante ne peut être pratiquée sans motif médical très sérieux et, sauf urgence ou impossibilité, sans information de l'intéressé et sans son consentement. ".
En ce qui concerne la faute reprochée au CHU de Poitiers :
4. Il résulte de l'instruction, et notamment du rapport d'expertise du docteur A, du docteur D et du professeur C, rendu dans le cadre de la procédure amiable, que M. F a été hospitalisé au CHU de Poitiers le 17 juin 2016 en raison d'une nécrose cutanée du gros orteil droit. En l'absence de cicatrisation de la plaie, une amputation du gros orteil droit a été réalisée le 21 juin 2017. Toutefois, une nécrose et un début de gangrène sont apparus au niveau de la tranche d'amputation, conduisant l'équipe médicale à envisager une amputation de la jambe droite. Cette intervention n'a cependant pas été réalisée en raison du refus du patient, informé le 27 juin 2017, de donner son consentement. Le CHU de Poitiers a décidé de son transfert au centre hospitalier de Chinon le 18 juillet 2017. Il résulte également de l'instruction, et notamment du rapport rendu par le collège d'experts, que l'état de santé de M. F n'a cessé de se dégrader à partir du 21 juin 2017, de sorte que le 30 juin 2017, la nécrose avait atteint le dessus du pied et dégageait une odeur insupportable traduisant un début de gangrène présentant un risque infectieux majeur engageant le pronostic vital de l'intéressé.
En outre, si dans un premier temps M. F avait exprimé un refus de subir l'intervention, il a ensuite présenté un état de plus en plus confus au point que, dès le 30 juin 2017, il n'était plus en mesure d'exprimer un consentement éclairé. Son épouse ainsi que son fils ont alors été contactés par l'équipe médicale et ont, notamment les 29 juin et 3 juillet 2017, donné leur accord à la réalisation de l'intervention d'amputation. Ainsi, alors que, d'une part, l'intervention d'amputation était justifiée par un motif médical très sérieux en raison de l'apparition d'un début de gangrène le 30 juin 2017 qui présentait, selon les experts, un risque infectieux important engageant le pronostic vital et que, d'autre part, l'épouse et le fils de l'intéressé avaient donné leur consentement à la réalisation de l'acte dès lors que celui-ci n'était plus capacité de le faire, le CHU de Poitiers aurait dû réaliser l'intervention d'amputation. Par suite, en s'abstenant de procéder à l'amputation de la jambe droite de M. F et en décidant son transfert le 18 juillet 2017 au centre hospitalier de Chinon, le CHU de Poitiers a commis une faute de nature à engager sa responsabilité.
En ce qui concerne la faute reprochée au CHRU de Tours :
5. Il résulte de l'instruction, et notamment du rapport d'expertise déposé dans le cadre de la procédure amiable, que M. F a été admis le 20 août 2017 au CHRU de Tours afin qu'il soit procédé à l'amputation de sa jambe droite. Toutefois, l'équipe médicale a refusé d'y procéder au motif de la récusation de l'intéressé, atteint d'un rétrécissement aortique serré, à l'anesthésie générale. Les experts indiquent que le CHRU de Tours aurait pu, malgré la récusation de l'intéressé à l'anesthésie générale, procéder à une rachianesthésie ce qui aurait permis de réaliser l'amputation. En défense, le CHRU de Tours et le CHU de Poitiers, se fondant sur un article scientifique publié par la société française d'anesthésie et de réanimation, soutiennent que la réalisation d'une rachianesthésie était contre indiquée en l'espèce dès lors que l'opération envisagée nécessitait un bloc étendu et que le patient présentait un rétrécissement aortique resserré. Toutefois, d'une part, il ne résulte pas de l'instruction que l'opération envisagée nécessitait un bloc étendu et, d'autre part, l'article produit par le CHRU de Tours et le CHU de Poitiers, s'il indique une contre-indication simple à la rachianesthésie en présence, chez l'intéressé, d'un rétrécissement aortique serré, ne précise pas, en revanche, les risques encourus par le patient en cas de rachianesthésie ni leur fréquence, alors même qu'il résulte de l'instruction que l'abstention de pratiquer l'amputation conduisait irrémédiablement à la défaillance des organes vitaux du patient puis à son décès. Ainsi, l'article de littérature médicale produit par les centres hospitaliers n'est pas de nature à remettre en cause l'avis du collège d'experts. Par suite, en s'abstenant de réaliser l'intervention d'amputation de la jambe droite de M. F, le CHRU de Tours a commis une faute de nature à engager sa responsabilité.
En ce qui concerne la charge de la réparation incombant à chacun des établissements hospitaliers :
6. Il résulte de l'instruction que la dégradation de l'état de santé et le décès de M. F sont en lien avec l'abstention fautive du CHU de Poitiers puis du CHRU de Tours. Par suite, il y a lieu de fixer à 50 % la part d'incidence de la faute commise par le CHU de Poitiers dans la survenue des dommages des victimes et à 50 % celle du CHRU de Tours.
Sur les demandes de Mme F :
En ce qui concerne les préjudices subis par M. F :
7. D'une part, il résulte de l'instruction, et notamment du rapport du collège d'experts déposé dans le cadre de la procédure amiable, que M. F a présenté un déficit fonctionnel total entre le 5 juillet 2017, date à laquelle l'intervention d'amputation avait été initialement prévue par le CHU de Poitiers et le 16 septembre 2017, date de son décès. Toutefois, même en l'absence de faute des deux établissements hospitaliers, M. F aurait, en tout état de cause, été hospitalisé du fait de la réalisation de l'intervention d'amputation totale de sa jambe droite. Ainsi, le déficit fonctionnel total présenté par l'intéressé est imputable à son état antérieur. Par suite, la requérante n'est pas fondée à se prévaloir d'un préjudice lié au déficit fonctionnel total de son défunt mari.
8. D'autre part, il résulte de l'instruction, et notamment du rapport du collège d'experts, que M. F a présenté des souffrances évaluées à 3/7 pour des douleurs majeures liées à la détérioration du pied droit entre le 5 juillet 2017 et le 16 septembre 2017. Les souffrances ainsi évaluées, dont les experts indiquent qu'elles auraient été réduites si l'intéressé avait été amputé, sont donc entièrement imputables au défaut de réalisation de l'opération. Il sera fait une juste appréciation de ce préjudice en l'évaluant à la somme de 4 000 euros.
9. Il résulte de ce qui précède que le CHU de Poitiers et le CHRU de Tours doivent être condamnés à verser la somme de 4 000 euros à Mme F en sa qualité d'ayant droit, en réparation des préjudices directs subis par son conjoint et intervenus avant le décès de ce dernier. Ainsi qu'il a été dit au point 6 du présent jugement, le CHU de Poitiers et le CHRU de Tours doivent être condamnés à verser une somme de 2 000 euros chacun à Mme F, correspondant respectivement à leur part de responsabilité, fixée à hauteur de 50 % chacun.
En ce qui concerne les préjudices personnels de Mme F :
S'agissant de la perte de chance :
10. Il résulte de l'instruction, et notamment du rapport du collège d'experts, que les absentions fautives du CHU de Poitiers et du CHRU de Tours de pratiquer l'intervention d'amputation de la jambe droite de M. F, sont à l'origine d'une perte de chance d'éviter son décès. Cette perte de chance a été évaluée à 25 % par les experts et n'est pas contestée par les parties. Il y a donc lieu de condamner les établissements hospitaliers à indemniser les préjudices en lien avec le décès de M. F dans la limite de 25 %.
S'agissant des frais d'obsèques :
11. Il résulte de l'instruction, et notamment des factures produites par Mme F, que celle-ci a exposé une somme de 156 euros au titre des frais de chambre funéraire au centre hospitalier de Chinon ainsi qu'une somme de 3 381,27 euros au titre des frais d'obsèques de son mari. Il y a lieu, par suite, de condamner le CHU de Poitiers et le CHRU de Tours à lui verser une somme de 884,32 euros au titre de ces frais, après application du taux de perte de chance de 25 %.
S'agissant des frais de déplacement :
12. Mme F soutient qu'elle a exposé des frais de déplacement afin de rendre visite à son mari lors de ses hospitalisations. Toutefois, elle ne produit aucun élément de nature à justifier de la réalisation effective de ces déplacements. En outre, même en l'absence de faute des deux établissements hospitaliers, M. F aurait, en tout état de cause, été hospitalisé du fait de la réalisation de l'intervention d'amputation totale de sa jambe droite. Par suite, il ne peut être fait droit à la demande de la requérante présentée à ce titre.
S'agissant du préjudice économique :
13. Le préjudice économique subi du fait du décès d'un patient par les ayants droit appartenant au foyer de celui-ci, est constitué par la perte des revenus de la victime qui étaient consacrés à l'entretien de chacun d'eux, en tenant compte, d'une part et si la demande en est faite, de l'évolution générale des salaires et de leurs augmentations liées à l'ancienneté et aux chances de promotion de la victime jusqu'à l'âge auquel elle aurait été admise à la retraite puis, le cas échéant, du montant attendu des revenus issus de la pension de retraite, d'autre part, du montant, évalué à la date du décès, de leurs propres revenus éventuels, à moins que l'exercice de l'activité professionnelle dont ils proviennent ne soit la conséquence de cet événement, et, enfin, des prestations à caractère indemnitaire susceptibles d'avoir été perçues par les membres survivants du foyer en compensation du préjudice économique qu'ils subissent.
14. Il résulte de l'instruction que les revenus du foyer qui doivent être pris en compte pour apprécier le préjudice économique de Mme F s'élevaient, avant le décès de son mari, à la somme de 17 805 euros par an, calculée sur la base des revenus précédant le décès.
Il convient de déduire de ces revenus la part des dépenses personnelles de la victime, dont il sera fait une juste appréciation en la fixant à 30 %, compte tenu de la composition du foyer qui ne comportait alors plus d'enfant mineur. Le revenu disponible avant décès de Mme F s'élevait ainsi à la somme de 12 463,50 euros par an. Il résulte également de l'instruction que les revenus annuels de Mme F ont, depuis le décès de son mari, toujours été supérieurs à la somme de 13 045 euros, incluant le montant de sa pension de réversion, soit une somme supérieure au montant des revenus qu'elle percevait avant le décès de son époux. Par suite, Mme F n'est pas fondée à soutenir qu'elle a subi un préjudice économique imputable au décès de son époux.
S'agissant du préjudice d'affection :
15. Mme F a subi un préjudice d'affection consécutif au décès de son mari qui est intervenu, de surcroît, dans des conditions particulièrement difficiles pour ses proches. Dans les circonstances de l'espèce, il sera fait une juste appréciation du préjudice d'affection subi par Mme F en l'évaluant à la somme de 25 000 euros. Il y a lieu, par suite, de condamner le CHU de Poitiers et le CHRU de Tours à lui verser une somme de 6 250 euros au titre de ce préjudice, après application du taux de perte de chance de 25 %.
S'agissant du préjudice d'accompagnement :
16. Alors que sont indemnisés à ce titre les bouleversements subis dans leurs conditions d'existence par les proches de la victime jusqu'à son décès, la faute commise par les deux centres hospitaliers n'est pas, en l'espèce, à l'origine d'un tel préjudice, celui-ci étant imputable à l'état antérieur de M. F. En outre, si Mme F soutient avoir subi un choc résultant des conditions particulièrement éprouvantes dans lesquelles son mari est décédé, ces préjudices font l'objet d'une indemnisation au titre du préjudice d'affection, tel qu'indiqué au point 15 du présent jugement.
17. Il résulte de ce qui précède que le CHU de Poitiers et le CHRU de Tours doivent être condamnés à verser la somme totale de 7 134,32 euros à Mme F, en réparation de ses préjudices propres résultant du décès de son mari. Ainsi qu'il a été dit au point 6 du présent jugement, le CHU de Poitiers et le CHRU de Tours doivent être condamnés à verser une somme de 3 567,16 euros chacun à Mme F, correspondant à leur part respective de responsabilité, fixée à hauteur de 50 % chacun.
Sur les demandes de la MSA Berry-Touraine :
18. En premier lieu, la MSA Berry-Touraine demande au tribunal le remboursement des débours qu'elle a exposés pour le compte de son assuré au titre des frais d'hospitalisation, de transport, de frais médicaux et d'appareillage correspondant à la période comprise entre le 5 juillet 2017, date à laquelle l'intervention d'amputation avait été initialement prévue par le CHU de Poitiers et le 16 septembre 2017, date du décès de M. F. Toutefois, ainsi qu'il a été dit aux points 7 et 12 du présent jugement, même en l'absence de faute des deux établissements hospitaliers, M. F aurait, en tout état de cause, été hospitalisé du fait de la réalisation de l'intervention d'amputation et son état aurait généré des frais médicaux. Ainsi, les frais exposés par la caisse ont pour origine l'état antérieur de l'intéressé. Par suite, la MSA Berry-Tourraine n'est pas fondée à solliciter le remboursement des frais médicaux qu'elle a exposés pour le compte de son assuré entre le 5 juillet 2017 et le 16 septembre 2017.
19. En second lieu, la MSA Berry-Touraine demande au tribunal de condamner solidairement le CHU de Poitiers et le CHRU de Tours à lui verser la somme de 1 091 euros au titre de l'indemnité forfaitaire prévue à l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale. Toutefois, dès lors qu'elle n'est pas fondée à solliciter le remboursement des frais médicaux qu'elle a exposés pour le compte de son assuré, ainsi qu'il a été dit ci-dessus, sa demande ne peut qu'être rejetée.
Sur les intérêts :
20. Aux termes de l'article 1231-6 du code civil : " Les dommages et intérêts dus à raison du retard dans le paiement d'une obligation de somme d'argent consistent dans l'intérêt au taux légal, à compter de la mise en demeure. Ces dommages et intérêts sont dus sans que le créancier soit tenu de justifier d'aucune perte () ". Il résulte de ces dispositions que lorsqu'ils sont demandés, et quelle que soit la date de la demande, les intérêts des indemnités allouées sont dus à compter du jour où la demande de réclamation de la somme principale est parvenue à la partie débitrice ou, à défaut, à compter de la date d'enregistrement au greffe du tribunal administratif des conclusions tendant au versement de cette indemnité.
21. Mme F demande que les indemnités qui lui sont allouées soient assorties des intérêts au taux légal. Il y a lieu d'y faire droit à compter du 26 octobre 2017, date de réception de sa demande par la CCI.
Sur les frais liés au litige :
22. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du CHU de Poitiers et du CHRU de Tours le versement à Mme F d'une somme de 800 euros chacun sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Ces mêmes dispositions font en revanche obstacle à ce qu'il soit fait droit aux conclusions présentées par la MSA Berry-Touraine au titre des frais liés au litige.
23. La présente instance n'ayant donné lieu à aucun dépens au sens des dispositions de l'article R. 761-1 du code de justice administrative, les conclusions présentées par la requérante tendant à ce que soit mis à la charge du CHU de Poitiers et du CHRU de Tours le paiement des entiers dépens ne peuvent qu'être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : Le centre hospitalier universitaire de Poitiers est condamné à verser à Mme F une somme de 2 000 euros en sa qualité d'ayant droit de M. F ainsi qu'une somme de 3 567,16 euros au titre de ses préjudices propres. Ces sommes porteront intérêts à compter du 26 octobre 2017.
Article 2 : Le centre hospitalier régional universitaire de Tours est condamné à verser à Mme F une somme de 2 000 euros en qualité d'ayant droit de M. F ainsi qu'une somme de 3 567,16 euros au titre de ses préjudices propres. Ces sommes porteront intérêts à compter du 26 octobre 2017.
Article 3 : Le centre hospitalier universitaire de Poitiers et le centre hospitalier régional universitaire de Tours verseront une somme de 800 euros chacun à Mme F en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête et les conclusions présentées par la mutuelle sociale agricole Berry-Touraine sont rejetés.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme G F, au centre hospitalier universitaire de Poitiers, au centre hospitalier régional universitaire de Tours et à la mutuelle sociale agricole Berry-Touraine.
Délibéré après l'audience du 13 octobre 2022 à laquelle siégeaient :
Mme Rouault-Chalier, présidente
M. Viéville, premier conseiller,
M. Nehring, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 octobre 2022.
Le rapporteur,
La présidente,
Virgile E
Patricia ROUAULT-CHALIER
La greffière,
Nadine REUBRECHT
La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026