mardi 24 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Orléans |
| Section | Tribunal Administratif d'Orléans |
| N° Dossier | TA45-2102329 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 5ème chambre |
| Avocat requérant | SAADA-DUSART |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires enregistrés le 29 juin 2021, le 10 mars 2022, le 13 octobre 2022 et le 26 janvier 2023, la SARL l'Etal du Praliné-Castel'Praline, représentée par Me Saada-Dusart, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 8 juin 2021 par laquelle le maire de la commune de Gièvres a rejeté sa demande préalable ;
2°) de condamner la commune de Gièvres à lui verser une indemnité de 37 455,69 euros, assortie des intérêts de droit à compter de la date de réception de sa réclamation préalable ;
3°) de mettre à la charge de la commune de Gièvres la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- sa candidature pour l'ouverture d'une boulangerie a été acceptée le 2 juillet 2020 ; elle a pris part, par ses dirigeants, aux réunions de chantier pour l'aménagement du local et a fourni ses plans d'implantation des vitrines ; ses gérants ont répondu à la lettre du maire du 4 décembre 2020 par une lettre et un courriel du 8 décembre 2020, confirmant leur engagement ; ils ont informé la commune le 29 décembre 2020 à 14h20 de l'obtention définitive du financement et ont réitéré leur engagement le même jour à 19 heures ; ils ont cependant été destinataires le même jour d'un courriel leur adressant une lettre datée du 28 novembre 2020 par laquelle le maire déclarait mettre un terme à leur candidature ; ses gérants se sont adressés par courriel à l'ensemble des élus le 12 janvier 2021 ; par lettre du 15 janvier 2021, le maire les a informés qu'il mettait un terme définitif à leur candidature ;
- un engagement formel avait été pris par la mairie de leur louer un local et cet engagement ne pouvait être rompu après une mise en demeure illégale ; avant le 28 décembre 2020, le maire était en possession des éléments établissant l'obtention des financements ; en la faisant participer aux réunions de chantier, la commune lui a donné l'assurance que le contrat de bail serait signé ;
- un business plan ne lui avait pas été demandé ; ses démarches ont été ralenties par l'état d'urgence sanitaire ;
- elle avait obtenu certains financements, notamment celui de la région, de la communauté de communes, ainsi que le prêt à taux zéro d'Indre Initiatives ; à la date du 5 octobre 2020, le PTZ lui était accordé par BGE Indre Initiatives et son business plan validé à cette date ;
- la responsabilité extra-contractuelle de la commune est engagée à raison de promesses non tenues ; elle a été évincée sans motif légitime, puisque disposant des financements.
Par des mémoires enregistrés le 17 décembre 2021 et le 13 octobre 2022, la commune de Gièvres, représentée par Me Tissier-Lotz, conclut au rejet de la requête et demande que la somme de 2 000 euros soit mise à la charge de la requérante sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- compte tenu de l'avancement des travaux et des difficultés de financement invoquées par la requérante en octobre 2020, une demande de confirmation de candidature était envoyée aux trois candidats le 4 décembre 2020 ; la réponse du 8 décembre 2020 invoque un dossier de financement en cours de finalisation ; la requérante était informée de la fin de sa candidature par lettre du 28 décembre 2020 ;
- la demande de business plan le 4 décembre 2020 ne peut être regardée comme une demande nouvelle ; il a été mis fin aux pourparlers faute de disposer des garanties nécessaires sur le financement et le montant du loyer ; le PTZ évoqué par la requérante concerne son établissement de Valençay ;
- la requérante ne justifie pas de l'existence de préjudices directs et certains.
Vu :
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Jaosidy,
- les conclusions de M. Lombard, rapporteur public,
- et les observations de Me Saada-Dusart, représentant la SARL L'Etal du Praliné-Castel'Praline, et de Me Halais, représentant la commune de Gièvres.
Considérant ce qui suit :
1. Il résulte de l'instruction qu'à compter de 2018, la commune de Gièvres a porté le projet d'installation dans une maison artisanale située au 9 rue Victor Hugo de trois commerces, dont une boulangerie-pâtisserie. Par un courrier reçu en mairie le 25 juin 2020, M. A B et Joël Boyer-Pereira, agissant en qualité de représentants de la SARL L'Etal du Praliné-Castel'Praline, sise à Valençay, ont informé le maire de la candidature de ladite SARL à l'installation. Par une lettre du 2 juillet 2020, le maire les a informés de ce que la commune était " tout à fait favorable " à cette demande et s'engageait à " réserver ce local " pour ses activités. Ce même courrier précisait également que la société serait recontactée pour pouvoir finaliser le projet. Par une lettre du 4 décembre 2020, le maire a informé la SARL l'Etal du Praliné-Castel'Praline que l'achèvement des travaux de la maison artisanale aurait lieu au plus tard au deuxième trimestre 2021 en raison de la crise sanitaire tout en portant à sa connaissance le montant du loyer prévu de 850 euros HT. Ce courrier invitait également la SARL L'Etal du Praliné-Castel'Praline à confirmer sa venue ainsi qu'à justifier de l'obtention du financement nécessaire avant le mercredi 9 décembre 2020. En l'absence de toute réponse définitive donnée sur la venue de la société dans les locaux avant le 9 décembre 2020, la commune de Gièvres a finalement informé par un courrier daté du 28 décembre 2020, la SARL l'Etal du Praliné-Castel'Praline qu'elle mettait un terme à sa candidature.
Par la présente requête, la SARL l'Etal du Praliné-Castel'Praline demande la condamnation de la commune de Gièvres à la réparation des chefs de préjudices causés par la fin de cette relation.
Sur les conclusions indemnitaires :
2. D'une part, la responsabilité pour faute d'une collectivité publique peut être engagée lorsque celle-ci rompt un engagement formel et précis. Il s'ensuit qu'en abandonnant un projet, la collectivité concernée ne respecte pas l'engagement qu'elle avait pris et commet ainsi une faute de nature à engager sa responsabilité.
3.D'autre part, si la rupture unilatérale, par la personne publique, pour un motif d'intérêt général, des négociations préalables à la passation d'un contrat n'est pas de nature à engager sa responsabilité pour faute, cette responsabilité peut, toutefois, être mise en cause lorsque la personne publique, au cours des négociations, a incité son partenaire à engager des dépenses en lui donnant, à tort, l'assurance qu'un tel contrat serait signé, sous réserve que ce dernier n'ait pu légitimement ignorer le risque auquel il s'exposait.
4. En premier lieu, contrairement à ce qui est soutenu par la société requérante, il ne résulte pas de l'instruction que la lettre du 2 juillet 2020, au regard des termes employés, valait engagement ferme, précis et définitif à l'installation de la SARL l'Etal du Praliné-Castel'Praline dans les locaux du 9 rue Victor Hugo dès lors que ce courriel se borne à informer la société de la suite favorable à sa demande d'intégration de son commerce dans la maison artisanale communale et que, si le maire " s'engage à réserver ce local pour vos activités ", poursuit en indiquant qu'il ne manquera pas de la recontacter pour finaliser le projet. Le projet n'étant alors à cette date pas encore finalisé s'agissant notamment des conditions financières, si le principe d'intégration peut être retenu, il était toutefois non acquis car subordonné aux conditions matérielles et financières à venir. La circonstance que la société requérante avait été invitée à participer aux réunions de chantier et à faire connaître ses plans pour l'installation des vitrines ne saurait à elle seule être regardée comme révélant l'engagement de la commune. Il résulte également de l'instruction que la SARL l'Etal du Praliné-Castel'Praline ne s'est pas méprise sur les intentions de la commune, alors que ses courriels du 26 et 27 décembre 2020 adressés à deux établissements bancaires différents mentionnent, d'une part, que la commune a donné " un ultimatum " au 31 décembre 2020 ( Société Générale) et, d'autre part, que la mairie de Gièvres voudrait une position ferme et définitive pour l'ouverture du commerce au 31 décembre 2020, " sinon elle prendra un autre candidat " ( la Banque Postale). Dans ces conditions, la SARL l'Etal du Praliné-Castel'Praline ne justifie pas d'un engagement ferme de la part de la commune de Gièves, la finalisation du projet étant subordonnée à l'examen et appréciation de la capacité financière de la société qui n'a pas fourni les éléments sollicités en temps utile. C'est sans commettre de faute que la commune de Gièvres a pu légitimement prendre acte de la fin de la relation entamée avec la SARL l'Etal du Praliné-Castel'Praline qui n'a pas donné suite au courrier l'informant du montant du loyer et sollicitant qu'elle confirme sa venue.
5. En deuxième lieu, il ne résulte pas de l'instruction, contrairement aux allégations de la société requérante, que celle-ci aurait disposé du financement nécessaire à l'opération avant la date du 9 décembre 2020 fixée par la commune. Il n'est pas davantage établi que le prêt à taux zéro de 2x 15 000 euros dont elle se prévaut, alloué par BGE Berry-Touraine Initiative Indre le 2 octobre 2020, se réfère au projet de Gièvres, alors que la requérante était propriétaire d'un autre établissement ainsi que d'un restaurant à Valençay. Le courriel du crédit industriel et commercial du 12 janvier 2021, mentionnant un accord pour financement, est postérieur à la date limite fixée par la commune. La circonstance que la recherche de financement a été retardée par l'état d'urgence sanitaire est par elle-même sans incidence sur le présent litige.
6. En troisième et dernier lieu, il résulte de l'instruction que, pour les motifs exposés aux points précédents, la commune de Gièvres a mis fin au projet, sans que ce refus de poursuite soit entaché de détournement de pouvoir.
7. Il y a lieu, par suite, sans qu'il soit besoin de statuer sur la réalité des préjudices allégués par la SARL l'Etal du Praliné-Castel'Praline, de rejeter les conclusions indemnitaires de la requête.
Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision du 8 juin 2021
8. La décision de la commune de Gièvres du 8 juin 2021 a eu pour seul effet de lier le contentieux à l'égard de l'objet de la demande de la requérante. Au regard de l'objet d'une telle demande, qui conduit le juge à se prononcer sur le droit de l'intéressée à percevoir la somme qu'elle réclame, les vices propres dont serait, le cas échéant, entachée la décision qui a lié le contentieux sont sans incidence sur la solution du litige. Par suite, la demande d'annulation de cette décision doit être rejetée.
Sur les frais de l'instance :
9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Gièvres, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que demande la société requérante. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions présentées par ladite commune sur le fondement de ces dispositions.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de la SARL L'Etal du Praliné-Castel'Praline est rejetée.
Article 2 : Les conclusions présentées par la commune de Gièvres sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la SARL L'Etal du Praliné-Castel'Praline et à la commune de Gièvres.
Délibéré après l'audience du 10 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Deliancourt, président,
M. Jaosidy, premier conseiller,
Mme Bardet, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 septembre 2024.
Le rapporteur,
Jean-Luc JAOSIDY
Le président,
Samuel DELIANCOURT
La greffière,
Aurore MARTIN
La République mande et ordonne au préfet de Loir-et-Cher en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026