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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2102617

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2102617

mercredi 5 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2102617
TypeDécision
Avocat requérantSCP CEBRON DE LISLE-BENZEKRI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 11 juillet 2022, la préfète d'Indre-et-Loire demande au juge des référés, sur le fondement des articles R. 532-1 et R. 532-3 du code de justice administrative, d'étendre à la société Electricité De France (EDF) et à l'établissement public Météo-France les opérations de l'expertise confiée à M. B A par l'ordonnance n° 2102617 du 9 décembre 2021 rendue par le président du tribunal administratif en vue de déterminer les causes de la rupture de la chaîne d'information en matière de prévision des crues et d'apprécier l'impact du lâcher d'eau du barrage d'Eguzon (Indre) sur le niveau de la crue du 14 juillet 2021.

Elle soutient que :

- la présence de la société EDF, en sa qualité d'exploitante du barrage d'Eguzon, est nécessaire pour établir la réalité ou non du lâcher d'eau et ses conséquences sur la crue de la Vienne survenue le 14 juillet 2021 ;

- la participation de Météo-France est utile pour documenter et caractériser l'étendue et l'ampleur des précipitations survenues en amont de la Vienne dans les bassins versants des affluents de ce cours d'eau.

Par un mémoire, enregistré le 5 août 2022, la commune de Chinon, représentée par Me Hubert Veauvy, s'associe à la demande présentée par la Préfète d'Indre-et-Loire et demande que la mission de l'expert soit précisée.

Par une lettre, enregistrée le 13 septembre 2022, M. A, expert, s'associe à la demande présentée par la Préfète d'Indre-et-Loire en vue d'étendre l'expertise à EDF et Météo-France.

Par une lettre, enregistrée le 4 octobre 2022, la société EDF ne s'oppose pas à la demande d'extension d'expertise à son égard.

La requête a été communiquée au ministre de la transition écologique et de la cohésion, à Météo-France, à la Fédération Nationale des Syndicats d'Exploitants Agricoles d'Indre-et-Loire (FNSEA 37) et à la communauté de communes Chinon, Vienne et Loire qui n'ont pas produit de mémoire.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

Sur les demandes d'extension d'expertise présentées par la préfète d'Indre-et-Loire :

1. Aux termes du premier alinéa de l'article R. 532-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, sur simple requête et même en l'absence de décision administrative préalable, prescrire toute mesure utile d'expertise ou d'instruction ". Aux termes de l'article

R. 532-3 du même code : " Le juge des référés peut, à la demande de l'une des parties formée dans le délai de deux mois qui suit la première réunion d'expertise, ou à la demande de l'expert formée à tout moment, étendre l'expertise à des personnes autres que les parties initialement désignées par l'ordonnance, ou mettre hors de cause une ou plusieurs des parties ainsi désignées. / Il peut, dans les mêmes conditions, étendre la mission de l'expertise à l'examen de questions techniques qui se révélerait indispensable à la bonne exécution de cette mission, ou, à l'inverse, réduire l'étendue de la mission si certaines des recherches envisagées apparaissent inutiles ".

2. Il résulte des dispositions citées au point 1 que, lorsqu'il est saisi d'une demande d'une partie ou de l'expert tendant à l'extension de la mission de l'expertise à des personnes autres que les parties initialement désignées par l'ordonnance ou à l'examen de questions techniques qui se révélerait indispensable à la bonne exécution de cette mission, le juge des référés ne peut ordonner cette extension qu'à la condition qu'elle présente un caractère utile. Cette utilité doit être appréciée, d'une part, au regard des éléments dont le demandeur dispose ou peut disposer par d'autres moyens et, d'autre part, bien que ce juge ne soit pas saisi du principal, au regard de l'intérêt que la mesure présente dans la perspective d'un litige principal, actuel ou éventuel, auquel elle est susceptible de se rattacher. A ce dernier titre, le juge ne peut faire droit à une demande d'extension de l'expertise lorsque, en particulier, elle est formulée à l'appui de prétentions qui ne relèvent manifestement pas de la compétence de la juridiction administrative, qui sont irrecevables ou qui se heurtent à la prescription. Dans l'hypothèse où est opposée une forclusion ou une prescription, il lui incombe de prendre parti sur ces points.

3. Par une ordonnance n° 2102617 du 9 décembre 2021, le présent tribunal a fait droit à la demande d'expertise présentée par la commune de Chinon et la communauté de communes Chinon Vienne et Loire en vue de déterminer les causes de la rupture de la chaîne d'information en matière de prévision des crues et d'apprécier l'impact du lâcher d'eau du barrage d'Eguzon (Indre) sur le niveau de la crue du 14 juillet 2021. La préfète d'Indre-et-Loire sollicite l'extension des opérations d'expertise à la société EDF, exploitante du barrage d'Eguzon, et à Météo-France.

4. En premier lieu, le litige susceptible d'opposer les collectivités publiques requérantes à l'Etat relève de la compétence de la juridiction administrative dès lors qu'il porte sur la responsabilité de l'Etat en matière de surveillance, prévision et transmission de l'information sur les crues.

5. En second lieu, peuvent être appelées à une expertise ordonnée sur le fondement des dispositions citées au point 1, non seulement les personnes dont la responsabilité est susceptible d'être engagée par l'action qui motive la demande d'expertise, mais aussi toute personne dont la présence est de nature à éclairer les travaux de l'expert. Il ressort du dossier d'instruction qu'en sa qualité d'exploitante du barrage hydraulique d'Eguzon, la présence de la société EDF présente un caractère utile aux travaux d'expertise portant sur la question du lâcher d'eau et de ses éventuelles conséquences sur la crue de la Vienne la 14 juillet 2021. De même, les relevés et mesures météorologiques de Météo-France sont de nature à alimenter les investigations de l'expert sur la prévisibilité de la crue.

6. Il résulte de ce qui précède que la mesure d'extension sollicitée par la préfète d'Indre-et-Loire entre dans le champ d'application des articles R. 532-1 et R. 532-3 du code de justice administrative et elle est utile afin de déterminer, notamment, les responsabilités en matière de surveillance, prévision et transmission de l'information sur les crues. Par suite, il y a lieu d'y faire droit et d'étendre les opérations d'expertise à la société EDF et à Météo-France telles que précisé à l'article 1.

O R D O N N E :

Article 1er : L'expertise prononcée par l'ordonnance n° 2102617 du 9 décembre 2021 du président du tribunal administratif d'Orléans et confiée à M. A est étendue à la société EDF et à Météo-France aux fins d'examiner les points suivants :

- Identifier la réalité du lâcher d'eau du barrage d'Eguzon le 14 juillet 2021 et ses éventuelles conséquences ;

- Documenter et caractériser l'ampleur des précipitations survenues en amont de la Vienne ;

- Déterminer le niveau d'information des services compétents en vue d'une prévision et d'une anticipation de la crue.

Article 2 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à la commune de Chinon, à la communauté de communes Chinon Vienne et Loire, au ministère de la transition écologique, à la préfecture d'Indre-et-Loire, à la FNSEA 37, à la société EDF, à Méteo-France et à M. A, l'expert.

Fait à Orléans, le 5 octobre 2022.

Le juge des référés,

Guy QUILLEVERE

La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

ABo

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