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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2103524

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2103524

lundi 11 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2103524
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantSELARL DEREC

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 5 octobre 2021, M. G H, représenté par Me Derec, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 5 août 2021 par lequel le maire de la commune de Saint-Jean-de-Braye a délivré un permis de construire quarante-cinq logements à la société COOPEA ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Saint-Jean-de-Braye la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la requête n'est pas tardive ;

- il a un intérêt à agir ;

- il justifie avoir notifié le recours à l'auteur de l'arrêté attaqué et au titulaire du permis de construire ;

- la compétence de l'auteur de l'arrêté attaquée n'est pas établie dès lors que l'arrêté attaqué a été signé par l'adjoint délégué à l'agriculture et au patrimoine naturel et bâti et non par le maire en méconnaissance de l'article L. 422-1 du code de l'urbanisme ;

- l'arrêté attaqué méconnaît l'article R. 423-1 du code de l'urbanisme dès lors que la société COOPEA, qui n'est pas propriétaire du terrain d'assiette du projet, ne justifie pas de sa qualité de pétitionnaire ;

- il méconnaît l'article 3.4.1 du plan local d'urbanisme relatif à la zone UB dès lors que le bâtiment A du projet est implanté n'est pas prévue en retrait d'au moins trois mètres de la limite séparative ;

- il méconnaît l'article 5.1 du plan local d'urbanisme relatif à la zone UB au regard du taux de 10 % d'espaces verts complémentaires exigé.

Par un mémoire en défense, enregistré le 25 mars 2022, la commune de Saint-Jean-de Braye, représentée par Me Tissier-Lotz, conclut au rejet de la requête et demande au tribunal de mettre à la charge de M. H la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que les moyens soulevés par M. H ne sont pas fondés.

Par un mémoire enregistré le 14 avril 2022, la société COOPEA, représentée par

Me Bardon, conclut au rejet de la requête et demande au tribunal de mettre à la charge de

M. H la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative .

Elle soutient que les moyens soulevés par M. H ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 20 mai 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 10 juin 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme B,

- les conclusions de Mme Defranc-Dousset, rapporteure publique,

- et les observations de Me Tissier-Lotz, représentant la commune de Saint-Jean-de-Braye, et de Me Catry, représentant la société COOPEA.

Considérant ce qui suit :

1. Le 12 avril 2021, la société COOPEA a déposé une demande de permis de construire quarante-cinq logements sur un terrain situé sur le territoire de la commune de Saint-Jean-de-Braye. Par l'arrêté attaqué du 5 août 2021, le maire de la commune a délivré le permis de construire sollicité.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'urbanisme : " L'autorité compétente pour délivrer le permis de construire () est : / a) Le maire, au nom de la commune, dans les communes qui se sont dotées d'un plan local d'urbanisme () ". Aux termes de l'article L. 2122-18 du code général des collectivités territoriales : " Le maire est seul chargé de l'administration, mais il peut, sous sa surveillance et sa responsabilité, déléguer par arrêté une partie de ses fonctions à un ou plusieurs de ses adjoints et, en l'absence ou en cas d'empêchement des adjoints ou dès lors que ceux-ci sont tous titulaires d'une délégation, à des membres du conseil municipal () ".

3. L'arrêté attaqué a été signé par M. E D. Par arrêté du 8 juin 2020, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la commune, le maire de la commune a donné délégation de signature à M. D à l'effet de signer notamment les décisions dans le domaine de l'urbanisme, en cas d'empêchement de Mme I F, quatrième adjointe au maire. Le moyen tiré du vice d'incompétence doit, par suite, être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 423-1 de code : " Les demandes de permis de construire, () sont adressées par pli recommandé avec demande d'avis de réception ou déposées à la mairie de la commune dans laquelle les travaux sont envisagés : / a) Soit par le ou les propriétaires du ou des terrains, leur mandataire ou par une ou plusieurs personnes attestant être autorisées par eux à exécuter les travaux ; (). ". Aux termes de l'article R. 431-5 du code de l'urbanisme : " Les demandes de permis de construire, d'aménager ou de démolir et les déclarations préalables sont adressées par pli recommandé avec demande d'avis de réception ou déposées à la mairie de la commune dans laquelle les travaux sont envisagés : / a) Soit par le ou les propriétaires du ou des terrains, leur mandataire ou par une ou plusieurs personnes attestant être autorisées par eux à exécuter les travaux () / La demande comporte également l'attestation du ou des demandeurs qu'ils remplissent les conditions définies à l'article R. 423-1 pour déposer une demande de permis ". Il résulte de ces dispositions que, sous réserve de la fraude, le pétitionnaire qui fournit l'attestation prévue à l'article R. 431-5 du code de l'urbanisme selon laquelle il remplit les conditions fixées par l'article R. 423-1 du même code doit être regardé comme ayant qualité pour présenter sa demande.

5. Le requérant soutient que la société COOPEA n'avait pas la qualité pour demander le permis de construire litigieux dès lors qu'elle n'est pas propriétaire de deux des parcelles du terrain d'assiette du projet, cadastrées BZ 105 et BZ 174, et qu'elle ne justifie pas de l'attestation exigée par les dispositions de l'article R. 431-5 du code de l'urbanisme. En l'espèce, le dossier de demande de permis de construire comprend le formulaire CERFA signé par le pétitionnaire et attestant de sa qualité pour demander le permis de construire sollicité. De plus, il ressort des pièces du dossier que le formulaire de demande du permis de construire litigieux a été signé par M. A C représentant de la société COOPEA, qui " atteste avoir qualité pour demander la présente autorisation ". Cette attestation suffit, en vertu de l'article R. 431-5 du code de l'urbanisme, en l'absence de fraude, à établir que l'auteur de cette demande a qualité pour ce faire. Par suite, le moyen doit être écarté.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article 3.4.1 du règlement du plan local d'urbanisme relatif à la zone UB : " () dans une bande de 20 m de profondeur à compter de l'alignement ou de la limite qui s'y substitue / - Les constructions peuvent être implantées en limite séparative ou en retrait. / - Lorsque la construction ne joint pas la limite séparative : pour tout point du bâtiment, la distance (d) comptée horizontalement au point de la limite parcellaire qui en est la plus rapprochée doit être au moins égale à la moitié de la différence d'altitude entre ces deux points, sans pouvoir être inférieure à 3m (soit d = h/2, min 3m). () ".

7. Le requérant ne conteste pas que le projet a bien pris en compte la servitude dont il bénéficie et qui grève le terrain d'assiette du projet. Toutefois, par la seule production d'une convention de servitude de 1999 et d'un procès-verbal de bornage et de reconnaissance de limites, établi le 24 août 2012, il n'établit pas que l'implantation du bâtiment A n'est pas prévue en retrait minium de 3 mètres de la limite séparative, conformément aux exigences des dispositions précitées de l'article 3.4.1 du règlement du plan local d'urbanisme. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3.4.1 du règlement du plan local d'urbanisme relatif à la zone UB doit être écarté.

8. En dernier lieu, aux termes de l'article 5.1 des dispositions du plan local d'urbanisme relatif à la zone UB : " Coefficient de biotope par surface / () Pour les unités foncières supérieures à 2 000 m² : le coefficient de biotope est égal à 35 % dont 25 % traités en pleine terre et 10 % en espaces verts complémentaires. () ". L'article 5.1 précise que pour calculer la surface des espaces verts complémentaires, un coefficient de pondération est appliqué en fonction de la nature des substrats utilisés : 100 % des " espaces verts de pleine terre ", 70 % des " espaces verts sur dalle d'une épaisseur de terre végétale d'une épaisseur de 70 cm, hors pleine terre y compris sur dalle ", 50 % des " toitures terrasses végétalisées d'une épaisseur de terre de plus de 20 cm " et 30 % " pour les surfaces de murs végétalisés (à l'exception des techniques hors sol qui ne sont pas prises en comptes), les liaisons douces perméables ou parcs de stationnement perméables ". Selon le lexique du plan local d'urbanisme, les espaces verts complémentaires " peuvent être de différentes nature. Il s'agit en plus des surfaces minimum à prévoir en pleine terre de prévoir une part minimale de surfaces non imperméabilisées ou éco-aménageables, pondérées en fonction de leur nature, afin de contribuer au maintien de la biodiversité et de la nature en ville. ".

9. Il ressort des pièces du dossier que la surface projetée du biotope traitée en pleine terre, de 1 472,9 m² correspond à 51 % de celle du terrain d'assiette du projet. Elle satisfait ainsi non seulement à l'exigence de 25 % du terrain d'assiette traités en pleine terre mais également à celle de 10 % d'espaces verts complémentaires, eu égard au coefficient de pondération qui lui est appliqué. Dans ces conditions, la surface traitée en pleine terre prévue sur le terrain d'assiette du projet suffit à elle-seule à atteindre le coefficient de biotope énoncé à l'article 5.1 du plan local d'urbanisme précité. Il s'ensuit que le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 5.1 du plan local d'urbanisme relatif à la zone UB doit être écarté.

10. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Saint-Jean-de-Braye, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que M. H demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de M. H une somme de 1 200 euros au titre des frais exposés par la commune de Saint-Jean-de-Braye et non compris dans les dépens et une somme de 1 200 euros au titre des frais exposés par la société COOPEA et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. H est rejetée.

Article 2 : M. H versera à la commune de Saint-Jean-de-Braye une somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : M. H versera à la société COOPEA une somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. G H, à la commune de Saint-Jean-de-Braye et à la société COOPEA.

Délibéré après l'audience du 23 juin 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Delamarre, présidente,

Mme Montes-Derouet, première conseillère,

Mme Dumand, première conseillère.

Rendu public par mise à la disposition au greffe le 11 juillet 2022.

La rapporteure,

Séverine B

La présidente,

Anne-Laure DELAMARRE La greffière,

Aurore MARTIN

La République mande et ordonne à la préfète du Loiret, en ce qui la concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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