vendredi 27 janvier 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Orléans |
| Section | Tribunal Administratif d'Orléans |
| N° Dossier | TA45-2104556 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | CABINET DUPLANTIER |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés le 17 décembre 2021 et le 23 décembre 2022, M. B A, représenté par Me Duplantier, avocate, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 29 juillet 2021 par laquelle l'Office français de l'immigration et de l'intégration a mis fin au bénéfice de ses conditions matérielles d'accueil ;
2°) d'enjoindre à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de rétablir le bénéfice des conditions matérielles d'accueil à son profit à compter du 20 mai 2021, date à laquelle il a accepté ces conditions, au besoin sous astreinte de 100 euros par jour de retard, à partir d'un délai d'une semaine à compter de la notification du jugement à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, au profit de Me Duplantier, le versement de la somme de 1 200 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- la décision attaquée est entachée d'incompétence ;
- cette décision est entachée d'un défaut de base légale : ni l'article L. 744-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, sur lequel se fonde l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII), ni aucun autre texte ne prévoit la possibilité de suspendre le bénéfice des conditions matérielles d'accueil lorsqu'un demandeur d'asile revient en France et y dépose une nouvelle demande d'asile ;
- dès lors que la France est devenue l'Etat responsable de l'examen de sa demande d'asile, l'OFII ne pouvait lui suspendre le bénéfice des conditions matérielles d'accueil :
- il n'a par ailleurs pas commis de fraude en déposant une nouvelle demande d'asile en France ;
- la suspension des conditions matérielles d'accueil le place dans une situation de vulnérabilité, d'autant plus qu'il souffre de problèmes de santé ;
- en considérant que sa situation ne faisait pas apparaître de facteur particulier de vulnérabilité, l'OFII a entaché sa décision d'une erreur d'appréciation ;
- la décision attaquée est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences qu'elle emporte sur sa situation ;
- cette décision porte atteinte à son droit d'asile compte tenu des conditions de vie indignes dans lesquelles il est maintenu alors qu'il sollicite l'asile en France ;
- elle méconnaît l'article 20 de la directive 2013/33 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale dès lors qu'elle le prive de la possibilité de faire face à ses besoins les plus élémentaires ;
- elle est disproportionnée au regard des prétendus faits à l'origine de la cessation du bénéfice des conditions matérielles d'accueil alors qu'il est dans une situation particulièrement vulnérable.
Une mise en demeure a été adressée le 19 mai 2022 au directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration.
Un mémoire présenté par le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a été enregistré le 11 janvier 2023, postérieurement à la clôture de l'instruction intervenue trois jours francs avant la date de l'audience en vertu de l'article R. 613-2 du code de justice administrative.
M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 15 octobre 2021.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la directive 2003/9/UE du Conseil du 27 janvier 2003 ;
- la décision de la Cour de justice de l'Union européenne du 27 septembre 2012, CIMADE et GISTI, aff. C-179/11 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme C,
- et les observations de Me Duplantier, représentant M. A.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant mauritanien né le 7 septembre 1995, est entré en France le 4 mai 2018. Il a présenté une demande d'asile qui a été enregistrée au guichet unique de la préfecture du Loiret le 9 août 2018 et s'est vu délivrer une attestation de demande d'asile au titre de la procédure " Dublin ". Il a été transféré le 10 avril 2019 en Espagne, pays responsable de l'examen de sa demande d'asile. Il est revenu en France et a présenté une nouvelle demande d'asile. Il s'est alors vu délivrer, le 18 décembre 2020, une attestation de demande d'asile au titre de la procédure " Dublin ", requalifiée, le 23 février 2021, en procédure normale. Le 20 mai 2021, il a accepté les conditions matérielles d'accueil proposées par l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII). Toutefois, par un courrier du même jour, l'OFII lui a notifié son intention de mettre fin au bénéfice de ces conditions au motif qu'il n'avait pas respecté les exigences des autorités chargées de l'asile en présentant une nouvelle demande d'asile en France après avoir été transféré vers l'Etat membre responsable de l'instruction de sa demande. Par courrier du 25 mai 2021, M. A a demandé le rétablissement des conditions matérielles d'accueil. L'OFII, par courrier du 24 juin 2021, lui a demandé de faire compléter par son médecin traitant un certificat médical afin d'étudier sa situation. Par une décision du 29 juillet 2021, l'OFII a mis fin aux conditions matérielles d'accueil de M. A. L'intéressé demande l'annulation de cette décision.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Aux termes de l'article L. 551-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les conditions matérielles d'accueil du demandeur d'asile, au sens de la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil, du 26 juin 2013, établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale, comprennent les prestations et l'allocation prévues aux chapitres II et III ". Aux termes de l'article L. 551-9 du même code : " Les conditions matérielles d'accueil du demandeur d'asile sont proposées à chaque demandeur d'asile par l'Office français de l'immigration et de l'intégration après l'enregistrement de sa demande par l'autorité administrative compétente ". Aux termes de l'article L. 551-16 de code : " Il peut être mis fin, partiellement ou totalement, aux conditions matérielles d'accueil dont bénéficie le demandeur dans les cas suivants : () / 3° Il ne respecte pas les exigences des autorités chargées de l'asile, notamment en se rendant aux entretiens, en se présentant aux autorités et en fournissant les informations utiles afin de faciliter l'instruction des demandes () ". En vertu de l'article L. 573-5 du même code, lorsque l'examen de la demande d'asile relève de la compétence d'un autre Etat européen, le versement de l'allocation pour demandeur d'asile prévue à l'article L. 553-1 prend fin à la date du transfert vers cet Etat.
3. Il résulte de ces dispositions ainsi que de celles de la directive du Conseil du 27 janvier 2003 relative à des normes minimales pour l'accueil des demandeurs d'asile dans les Etats membres qu'elles visent à transposer et qui ont notamment été interprétées par la décision de la Cour de justice de l'Union européenne du 27 septembre 2012 CIMADE et GISTI, aff. C-179/11, que lorsqu'un demandeur d'asile a été transféré vers l'Etat responsable de l'examen de sa demande, c'est à ce dernier de lui assurer les conditions matérielles d'accueil. En cas de retour de l'intéressé en France sans que la demande n'ait été examinée et de présentation d'une nouvelle demande, l'OFII peut refuser le bénéfice de ces droits, sauf si les autorités chargées de cette nouvelle demande décident de l'examiner ou si, compte tenu du refus de l'Etat responsable d'examiner la demande précédente, il leur revient de le faire.
4. Il ressort des termes de la décision attaquée que l'OFII a mis fin au bénéfice des conditions matérielles d'accueil de M. A au motif que ce dernier n'avait pas respecté les exigences des autorités chargées de l'asile en présentant une nouvelle demande d'asile en France à la suite de son transfert vers l'Etat membre responsable de l'instruction de sa demande. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que le requérant, après avoir été transféré en Espagne le 10 avril 2019 et être revenu en France, a déposé une nouvelle demande d'asile qui a été enregistrée le 18 décembre 2020 en procédure " Dublin " mais requalifiée le 23 février 2021 en procédure normale. Les autorités françaises ont ainsi décidé d'examiner cette demande. Dans ces conditions, l'OFII ne pouvait mettre fin aux conditions matérielles d'accueil que M. A avait accepté le 20 mai 2021. Le requérant est donc fondé à soutenir qu'en se fondant sur le 3° de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'OFII a entaché sa décision d'une erreur de droit.
5. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que la décision du 29 juillet 2021 doit être annulée.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
6. Aux termes de l'article L. 551-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () / Pour les personnes qui se sont vu reconnaître la qualité de réfugié prévue à l'article L. 511-1 (), le bénéfice de l'allocation prend fin au terme du mois qui suit celui de la notification de la décision ".
7. Il résulte de l'instruction que M. A s'est vu reconnaître la qualité de réfugié et remettre un récépissé de demande de carte de séjour de dix ans, en dernier lieu le 25 octobre 2022. Eu égard au motif d'annulation retenu au point 4, l'exécution du présent jugement implique nécessairement que le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration procède au rétablissement des conditions matérielles d'accueil au profit de M. A à compter du 20 mai 2021, date à laquelle celui-ci avait accepté la proposition de l'OFII, et jusqu'au terme du mois qui suit celui de la notification de la décision lui reconnaissant la qualité de réfugié. Il y a donc lieu d'enjoindre au directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration de procéder à ce rétablissement dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement, sans qu'il soit besoin d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
8. M. A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration le versement de la somme de 1 200 euros à Me Duplantier, sous réserve de sa renonciation à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.
D E C I D E :
Article 1er : La décision du 29 juillet 2021 de l'Office français de l'immigration et de l'intégration est annulée.
Article 2 : Il est enjoint à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de rétablir, dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement, le bénéfice des conditions matérielles d'accueil au profit de M. A à compter du 20 mai 2021 et jusqu'au terme du mois qui suit celui de la notification de la décision lui reconnaissant la qualité de réfugié.
Article 3 : L'Office français de l'immigration et de l'intégration versera à Me Duplantier la somme de 1 200 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de sa renonciation à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.
Délibéré après l'audience du 13 janvier 2023, à laquelle siégeaient :
M. Dorlencourt, président,
Mme Le Toullec, première conseillère,
M. Lardennois, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 janvier 2023.
La rapporteure,
Hélène C
Le président,
Frédéric DORLENCOURT
Le greffier,
Alexandre HELLOT
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026