vendredi 5 mai 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Orléans |
| Section | Tribunal Administratif d'Orléans |
| N° Dossier | TA45-2201253 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | FROUJY |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés le 11 avril 2022 et le 10 janvier 2023, M. F A C, représenté par Me Froujy, avocate, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler l'arrêté du 4 avril 2022 par lequel le préfet de Loir-et-Cher lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement ;
2°) d'annuler l'arrêté du 9 janvier 2023 du préfet de Loir-et-Cher portant assignation à résidence et obligation de pointage ;
3°) d'enjoindre au préfet de Loir-et-Cher de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard, ou à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour dans un délai de 48 heures sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la compétence du signataire de l'arrêté n'est pas établie ;
S'agissant de la décision portant refus de titre de séjour :
- elle est entachée d'erreur de fait s'agissant de sa situation familiale et personnelle car il est désormais dépourvu d'attaches dans son pays d'origine et ne peut produire de contrat de travail eu égard à la nature de son activité professionnelle de commerçant et non de salarié ;
- elle est entachée d'erreur de droit car il a sollicité une admission exceptionnelle au séjour " suite de son mariage ", c'est-à-dire au titre de sa vie privée et familiale et le préfet lui oppose qu'il ne peut présenter " ni un visa de long séjour conformément à l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ni un contrat de travail visé par les autorités compétentes " c'est-à-dire des conditions non exigées par l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales car il est présent en France depuis 2015, justifie d'une parfaite intégration professionnelle et s'est marié civilement le 19 mars 2021 avec une ressortissante turque, qu'il connaît depuis 2018, entrée en France mineure et dont toute la famille réside régulièrement sur le territoire français, titulaire d'un titre de séjour pluriannuel avec laquelle il a un fils, né le 23 avril 2021 ; enfin, il est désormais dépourvu d'attaches dans son pays d'origine où ne résident plus que sa mère et une de ses sœurs et où la cellule familiale qu'il a construite avec son épouse et leur fils ne peut se reconstituer ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;
- elle méconnaît le 1 de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant ;
S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle est illégale par exception d'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
S'agissant de la décision portant fixation du pays de renvoi :
- elle est illégale par voie de conséquence de l'annulation des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français ;
S'agissant des décisions du 9 janvier 2023 portant assignation à résidence et obligation de pointage :
- elles sont illégales par voie de conséquence de l'annulation des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français ;
- elles sont insuffisamment motivées ;
- il présente toutes les garanties nécessaires et la mesure d'assignation à résidence avec obligation de pointage trois fois par semaine et obligation de rester à son domicile deux jours par semaine pendant 3 heures, est excessive et disproportionnée au but poursuivi et incompatible avec les nécessités de son activité professionnelle, seule source de revenus de son foyer ;
- elles sont entachées d'erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire enregistré le 9 août 2022, le préfet de Loir-et-Cher conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Par un jugement du 17 janvier 2023, la magistrate désignée par le président du tribunal administratif d'Orléans pour statuer sur les recours dirigés contre les décisions visées à l'article R. 776-1 du code de justice administrative a, d'une part, annulé la décision du 4 avril 2022 portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination de la mesure d'éloignement ainsi que l'arrêté du 9 janvier 2023 portant assignation à résidence et obligation de pointage pris à l'encontre de M. A C, et d'autre part, enjoint au préfet de Loir-et-Cher de délivrer à l'intéressé, dans un délai de huit jours à compter de la notification dudit jugement, une autorisation provisoire de séjour et de travail jusqu'à ce que l'autorité administrative ait à nouveau statué sur sa situation, ce nouvel examen devant intervenir dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. D a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. F A C, ressortissant marocain né le 25 septembre 1987, est, selon ses déclarations, entré sur le territoire français le 11 août 2015 muni d'un visa de court séjour valable jusqu'au 2 septembre 2015. Se maintenant jusque-là irrégulièrement sur le territoire français, le 29 avril 2019, il a déposé une demande de titre de séjour en se prévalant de son activité non salariée de vente de fruits et légumes sur les marchés de Blois et de Saint-Pierre-des-Corps qu'il exerce depuis le 25 juillet 2018. Le préfet de Loir-et-Cher, par un arrêté du 3 mars 2020, a rejeté sa demande, lui a fait obligation de quitter le territoire français et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement. Par un jugement du 12 octobre 2020, le tribunal administratif d'Orléans a rejeté la requête formée par M. A C à l'encontre de cet arrêté. Ne déférant pas à la mesure d'éloignement, à la suite de son mariage le 19 mars 2021 avec Mme B, ressortissante turque titulaire d'une carte de séjour pluriannuelle, alors valable jusqu'au 31 mai 2022 et depuis lors renouvelée jusqu'au 30 juin 2026, et de la naissance d'un enfant issu de cette union le 23 avril 2021, M. A C a, le 16 août 2021, de nouveau sollicité son admission exceptionnelle au séjour auprès des services de la préfecture de Loir-et-Cher. Par l'arrêté attaqué du 4 avril 2022, le préfet de Loir-et-Cher lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours.
Sur l'étendue du litige :
2. Par un jugement du 17 janvier 2023, la magistrate désignée par le président du tribunal, statuant en application des dispositions de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de celles de l'article R. 776-17 du code de justice administrative a, d'une part, annulé la décision du 4 avril 2022 portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination de la mesure d'éloignement ainsi que l'arrêté du 9 janvier 2023 portant assignation à résidence et obligation de pointage pris à l'encontre de M. A C, et d'autre part, enjoint au préfet de Loir-et-Cher de délivrer à l'intéressé, dans un délai de huit jours à compter de la notification dudit jugement, une autorisation provisoire de séjour et de travail jusqu'à ce que l'autorité administrative ait à nouveau statué sur sa situation. Par suite, il n'y a lieu, dans la présente instance, que de statuer sur les conclusions à fin d'annulation de la décision portant refus de titre de séjour, les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte qui s'y rattachent et les conclusions relatives à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
3. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
4. Il ressort des pièces du dossier que M. A C est présent sur le territoire français depuis six ans et sept mois à la date de la décision attaquée. Il y justifie d'une intégration professionnelle en qualité de commerçant, exerçant la vente de fruits et légumes sur différents marchés, et il s'est marié civilement le 19 mars 2021 avec une ressortissante turque, qu'il déclare connaître depuis 2018, entrée en France mineure et dont toute la famille réside régulièrement sur le territoire français, titulaire d'un titre de séjour pluriannuel valable à la date de la décision attaquée jusqu'au 31 mai 2022 et depuis lors renouvelé jusqu'au 30 juin 2026 et avec laquelle il a un fils né le 23 avril 2021. Dès lors, et quand bien même il conserve au Maroc des attaches familiales, eu égard à la durée de son séjour et à l'intensité de ses liens familiaux ainsi qu'à ses efforts d'intégration sociale et professionnelle, le requérant est fondé à soutenir qu'en lui refusant la délivrance d'un titre de séjour le préfet de Loir-et-Cher a porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale tel que garanti l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
5. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que M. A C est fondé à solliciter l'annulation de la décision du 4 avril 2022 du préfet de Loir-et-Cher lui refusant la délivrance d'un titre de séjour.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
6. L'exécution du présent jugement, eu égard au motif d'annulation retenu, implique nécessairement que le préfet de Loir-et-Cher délivre à M. A C un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ". Il y a lieu, par suite, d'enjoindre au préfet de délivrer à l'intéressé un tel titre dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement en application de l'article L. 911-1 du code de justice administrative et, dans cette attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, sans qu'il soit besoin d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les conclusions relatives aux frais de l'instance :
7. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La décision du préfet de Loir-et-Cher du 4 avril 2022 refusant à M. A C la délivrance d'un titre de séjour est annulée.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de Loir-et-Cher de délivrer, dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement, à M. A C un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", et dans cette attente de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour.
Article 3 : L'Etat versera à M. A C la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. F A C et au préfet de Loir-et-Cher.
Délibéré après l'audience du 14 avril 2023, à laquelle siégeaient :
M. Dorlencourt, président,
Mme Le Toullec, première conseillère,
M. Lardennois, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 mai 2023.
Le rapporteur,
Stéphane D
Le président,
Frédéric DORLENCOURT
Le greffier,
Alexandre HELLOT
La République mande et ordonne au préfet de Loir-et-Cher en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026