mardi 18 avril 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Orléans |
| Section | Tribunal Administratif d'Orléans |
| N° Dossier | TA45-2201783 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | KOBO |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 23 mai 2022 et le 26 septembre 2022, Mme C, représentée par Me Kobo, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 10 mai 2022 par lequel la préfète du Loiret a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours en fixant le pays de destination ;
2°) de condamner l'Etat aux entiers dépens.
Elle soutient que :
S'agissant de l'arrêté dans son ensemble :
- l'arrêté est entaché d'incompétence ;
- il est entaché d'un défaut de motivation.
S'agissant de la décision portant refus de titre de séjour :
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ancien article L. 313-11 11°.
S'agissant de l'obligation de quitter le territoire français :
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des conséquences sur sa situation personnelle et méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
S'agissant de la décision fixant le pays de destination :
- elle est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense, enregistré le 16 août 2022, la préfète du Loiret, représentée par Me Hervois, conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que les moyens soulevés par Mme B ne sont pas fondés.
Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 10 juin 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme A,
- et les observations de Me Kobo, représentant Mme B.
Considérant ce qui suit :
1. Mme D B, de nationalité russe, née le 15 janvier 1981, est entrée sur le territoire français le 7 juillet 2019 sous couvert d'un visa court séjour, accompagnée de sa fille. Elle a formé une demande d'asile le 28 octobre 2019 qui a été rejetée définitivement par une décision de la Cour nationale du droit d'asile du 18 février 2021. Le 9 septembre 2021, elle a déposé une demande de titre de séjour sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 10 mai 2022, dont Mme B demande l'annulation, la préfète du Loiret a rejeté sa demande et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours à destination du pays dont elle a la nationalité ou de tout pays où elle serait légalement admissible.
Sur les conclusions dirigées contre l'arrêté pris dans son ensemble :
2. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par M. Benoit Lemaire, secrétaire général de la préfecture du Loiret, qui bénéficiait d'une délégation de signature accordée par la préfète du Loiret aux termes d'un arrêté du 27 juillet 2021, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte manque en fait et doit être écarté.
3. En second lieu, l'arrêté contesté vise les textes dont il est fait application, notamment les articles L. 423-11 et L. 425-9, le 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que les articles 3 et 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il rappelle les conditions d'entrée et de séjour sur le territoire français de Mme B, notamment qu'elle est entrée régulièrement en France sous couvert d'un visa court séjour et qu'elle a sollicité un titre de séjour au titre de l'asile. La préfète du Loiret précise sa situation personnelle, à savoir qu'elle est célibataire et mère d'un enfant mineur dont la situation est indissociable de la sienne. L'arrêté comporte ainsi les motifs de droit et de fait qui en constituent le fondement, sans que la circonstance qu'il ne mentionne pas la situation de crise en Russie et en Ukraine n'ait d'incidence à cet égard. Dès lors, une telle motivation satisfait aux exigences des articles L. 211-5 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration. Le moyen est dès lors écarté.
Sur les conclusions dirigées contre les décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français :
4. En premier lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. ".
5. Sous réserve des cas où la loi attribue la charge de la preuve à l'une des parties, il appartient au juge administratif, au vu des pièces du dossier, d'apprécier si l'état de santé d'un étranger nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, et s'il peut bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays de renvoi. La partie qui justifie d'un avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration qui lui est favorable doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, la possibilité ou l'impossibilité pour ce dernier de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays de renvoi. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires.
6. Dans son avis du 7 décembre 2021, le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a estimé que l'état de santé de Mme B nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner pour elle des conséquences d'une exceptionnelle gravité, mais qu'eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé en Russie, elle peut y bénéficier effectivement d'un traitement approprié et, qu'en outre, son état de santé lui permet de voyager sans risque vers son pays d'origine. Pour contester cette appréciation, la requérante se borne à soulever que les médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration n'ont pas pris en compte le contexte de la guerre en Ukraine et qu'ils n'ont pas non plus précisé l'évolution possible de sa maladie. Toutefois, ces allégations, qui ne sont assorties d'aucun élément circonstancié, ne sont pas suffisantes pour remettre en cause tant l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration que l'appréciation portée par la préfète du Loiret, à la date de l'arrêté attaqué, sur la possibilité pour Mme B de bénéficier effectivement d'un traitement approprié en Russie. Dès lors, en estimant qu'à la date de l'arrêté contesté, l'intéressée ne remplissait pas les conditions pour bénéficier d'un titre de séjour en qualité d'étrangère malade, la préfète du Loiret n'a pas fait une inexacte application des dispositions précitées de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
7. En second lieu, aux termes de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ".
8. Mme B, se déclarant veuve et ayant une enfant à charge, fait valoir que la décision édictée à son encontre l'empêche de s'établir en France, d'y fonder une famille ainsi que d'y construire une vie sociale et professionnelle. Toutefois, hormis ses allégations, la requérante, présente en France depuis 2019 et mère d'une enfant mineure, se borne à produire une attestation sur sa participation à du bénévolat au sein d'une association ainsi que des documents concernant la scolarité de sa fille. Ainsi, elle ne produit aucun élément permettant de faire état d'une intégration quelconque sur le territoire français, alors qu'il n'est pas contesté qu'elle n'est pas dépourvue de tout lien dans son pays d'origine où elle a vécu la majorité de sa vie et où réside sa mère. Par ailleurs, si elle soutient que le rejet de sa demande d'asile par la Cour nationale du droit d'asile n'implique pas l'inexistence de risques pour elle ou sa famille se trouvant dans son pays d'origine, elle ne produit, cependant, aucun élément démontrant le bien-fondé de ses allégations, le moyen étant, en tout état de cause, inopérant à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Dans ces circonstances, la préfète du Loiret n'a pas entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation de la situation personnelle de Mme B. En outre, eu égard à la durée et aux conditions de son séjour en France, Mme B n'est pas fondée à soutenir que la décision porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels la décision a été prise. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle doivent être écartés.
Sur les conclusions dirigées contre la décision fixant le pays de renvoi :
9. En premier lieu, l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire n'étant pas établie, l'exception d'illégalité de cette décision ne peut qu'être écartée.
10. En second lieu, aux termes de l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".
11. D'une part, Mme B fait valoir qu'elle craint d'être exposée à un traitement inhumain ou dégradant en cas de retour dans son pays d'origine, la Russie, du fait de sa religion, sans assortir ces allégations d'éléments précis et étayés. Au demeurant, il ressort des pièces du dossier qu'après un examen attentif de sa situation personnelle, l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et la Cour nationale du droit d'asile ont rejeté sa demande d'asile fondée sur ses craintes du fait des autorités en raison de sa religion. Dans ces conditions, Mme B, qui ne présente aucun argument nouveau au soutien de sa demande, ne démontre pas qu'elle serait exposée personnellement à des risques actuels, graves et personnels de traitements inhumains ou dégradants en cas de retour dans son pays d'origine.
12. D'autre part, Mme B soutient qu'elle serait soumise à des traitements inhumains ou dégradants si elle était renvoyée en Russie, du fait de la situation de guerre en Ukraine. Toutefois, elle n'assortit ces allégations d'aucun élément précis. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations citées au point 10 doit être écarté dans ses deux branches.
13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 10 mai 2022 de la préfète du Loiret, présentées par Mme B, doivent être rejetées. L'instance n'ayant donné lieu à aucun dépens, les conclusions tendant à ce que le tribunal statue sur leur répartition, ne peuvent, en tout état de cause, qu'être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme D B et à la préfète du Loiret.
Délibéré après l'audience du 28 mars 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Rouault-Chalier, présidente,
Mme Bertrand, première conseillère,
Mme Pajot, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 avril 2023.
La rapporteure,
Anne-Laure A
La présidente,
Patricia ROUAULT-CHALIERLa greffière,
Martine DESSOLAS
La République mande et ordonne à la préfète du Loiret en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026