jeudi 26 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Orléans |
| Section | Tribunal Administratif d'Orléans |
| N° Dossier | TA45-2202206 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | BORDERIEUX |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés le 24 juin 2022, le 29 août 2023 et le 5 octobre 2023, la SCI Djurjura, représentée par Me Julien Borderieux, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 13 mai 2022 par lequel le maire de Pithiviers a refusé de lui délivrer un permis de construire ;
2°) d'enjoindre au maire de Pithiviers de lui délivrer le permis de construire sollicité dans un délai de 15 jours à compter de la notification du présent jugement, sous astreinte de 500 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de la commune de Pithiviers une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- il n'est pas établi que le signataire de l'arrêté attaqué disposait d'une délégation de signature régulière ;
- l'avis défavorable de la commission de sécurité du 16 décembre 2021 ne lui a pas été communiqué ;
- le motif relatif à l'inexistence d'une défense extérieure contre l'incendie à moins de 200 mètres de l'établissement est entaché d'une erreur de fait ;
- le maire a commis une erreur d'appréciation en lui opposant le motif tiré de l'insuffisance de l'accès donnant sur la RD26 pour desservir le projet dès lors que :
- l'avis défavorable de la direction des infrastructures du département du Loiret relatif à l'accès donnant sur la RD2152 n'est pas motivé et est manifestement infondé ;
- le projet prévoit deux accès assurant une desserte suffisante ;
- le maire a commis une erreur d'appréciation en considérant que l'étude de trafic annexée au dossier de demande de permis de construire était insuffisante ;
- le motif tiré du risque d'atteinte à la salubrité publique est également entaché d'erreur d'appréciation dès lors que le règlement du plan local d'urbanisme (PLU) ne fixe aucune prescription en matière de desserte par les réseaux pour la zone 2AU, que le projet n'est pas situé en zone d'assainissement non collectif et que le projet sera raccordé à un réseau d'assainissement collectif ;
- il ne peut être fait droit à la demande de substitution de motifs tenant à ce qu'un sursis à statuer aurait pu être opposé dès lors que l'article L. 424-3 du code de l'urbanisme impose une motivation intégrale des décisions de refus d'autorisation et que les conditions de la substitution de motifs ne sont pas réunies.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 21 juillet 2023, le 21 septembre 2023 et le 17 janvier 2024, la commune de Pithiviers, représentée par la SELARL Casadei-Jung, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 3 000 euros soit mise à la charge de la requérante au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- les moyens soulevés par la SCI Djurjura ne sont pas fondés ;
- chacun des motifs opposés justifie à lui seul le refus du permis litigieux, de sorte qu'il convient de neutraliser les éventuels motifs illégaux ;
- le motif relatif à l'insuffisance de l'accès sur la RD26 pour desservir le projet doit être substitué par le motif tiré de ce que les deux accès prévus par le projet sont de nature à gêner l'écoulement du trafic des voies environnantes et à créer des risques pour la sécurité de la circulation publique, en méconnaissance des dispositions de l'article 2AU 12.1. du règlement du PLU ;
- il doit être fait droit à une seconde demande de substitution de motif tenant à ce que le processus de révision du PLU était suffisamment avancé pour opposer un sursis à statuer sur le fondement de l'article L. 153-11 du code de l'urbanisme.
Par ordonnance du 18 décembre 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 18 janvier 2024.
En application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, les parties ont été informées que le tribunal était susceptible de fonder sa décision sur un moyen relevé d'office, tiré de la méconnaissance du champ d'application de la loi dès lors que l'arrêté attaqué se fonde sur les articles R. 111-8 et R. 111-10 du code de l'urbanisme, qui ne sont pas applicables à la commune de Pithiviers, dotée d'un PLU.
Un mémoire présenté par la commune de Pithiviers a été enregistré le 6 septembre 2024 en réponse au moyen d'ordre public et a été communiqué.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le règlement départemental de défense extérieure contre l'incendie du Loiret, approuvé par un arrêté du préfet du Loiret du 20 décembre 2016 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Ploteau,
- les conclusions de Mme Best-De Gand, rapporteure publique,
- les observations de Me Julien Borderieux, représentant la SCI Djurjura et les observations de Me Hallé, représentant la commune de Pithiviers.
Une note en délibéré, présentée pour la SCI Djurjura par Me Borderieux, a été enregistrée le 17 septembre 2024.
Une note en délibéré, présentée pour la commune de Pithiviers par la SELARL Casadei-Jung, a été enregistrée le 23 septembre 2024.
Considérant ce qui suit :
1. Le 21 octobre 2021, la SCI Djurjura a déposé une demande de permis de construire ayant pour objet la division d'un bâtiment commercial, sur les parcelles cadastrées section ZA nos 63 à 75, situées au lieu-dit de la Croix Falaise, sur le territoire de la commune de Pithiviers (Loiret). Par un arrêté du 13 mai 2022, le maire de la commune de Pithiviers a refusé de délivrer le permis sollicité. La SCI Djurjura demande au tribunal d'annuler cet arrêté.
Sur les conclusions en annulation :
2. En premier lieu, par un arrêté du 29 juin 2021, régulièrement publié sur les panneaux d'affichage de la commune du 1er juillet 2021 au 3 septembre 2021, le maire de la commune de Pithiviers a donné délégation à M. B A, adjoint au maire, signataire de l'arrêté attaqué, à l'effet de signer " les arrêtés () en lien avec () les autorisations du droit des sols " dont les permis de construire. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté litigieux doit être écarté.
3. En deuxième lieu, si la société requérante soutient que l'avis défavorable de la commission de sécurité du 16 décembre 2021 ne lui a pas été communiqué, il ne ressort d'aucune disposition ni d'aucun principe que l'autorité administrative était tenue de procéder à une telle communication et la requérante ne démontre pas ni même n'allègue en avoir fait la demande. Dans ces conditions et alors qu'en tout état de cause un tel vice serait sans incidence sur la légalité de l'arrêté attaqué, ce moyen doit être écarté.
4. En troisième lieu, aux termes de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales s'il est de nature à porter atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique du fait de sa situation, de ses caractéristiques, de son importance ou de son implantation à proximité d'autres installations. "
5. En l'espèce, le maire de la commune de Pithiviers doit être regardé comme ayant opposé trois motifs de refus à la demande présentée par la SCI Djurjura respectivement tirés, d'une part, de l'absence de défense extérieure contre l'incendie suffisante, d'autre part, de l'insuffisance et de la dangerosité de la desserte du projet et de ses accès et, enfin, de l'absence de système d'assainissement non collectif. Le maire de Pithiviers a ainsi considéré que le projet de la SCI Djurjura était de nature à porter atteinte à la salubrité et à la sécurité publique.
6. S'agissant du premier motif opposé, le règlement départemental de défense extérieure contre l'incendie du Loiret, approuvé par un arrêté du préfet du Loiret du 20 décembre 2016, prévoit en son point 4.5.1 : " Il convient de disposer d'un minimum de 50% des besoins en eau à 150 ou 200 mètres selon le cas et 50% des besoins restants à 400 mètres via les voies carrossables ".
7. La société requérante soutient que le maire de Pithiviers a commis une erreur de fait en lui opposant l'absence de défense extérieure contre l'incendie à moins de 200 mètres de l'établissement dès lors qu'un poteau incendie existe à moins de 150 mètres de tous les points du bâtiment. Toutefois, il est constant qu'en dépit des engagements de la requérante en ce sens, ce poteau incendie n'était pas, à la date de l'arrêté attaqué, alimenté par le réseau public, raison pour laquelle la commission de sécurité de l'arrondissement de Pithiviers a d'ailleurs émis un avis défavorable le 16 décembre 2021. Dans ces conditions et alors même que le bâtiment disposerait d'un réseau de défense intérieure contre l'incendie, le projet litigieux ne peut être regardé comme disposant d'une défense extérieure contre l'incendie au sens des dispositions précitées du règlement départemental de défense extérieure contre l'incendie du Loiret. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de fait doit être écarté.
8. Par ailleurs, le maire de Pithiviers a opposé à la pétitionnaire l'insuffisance et la dangerosité des conditions d'accès et de desserte du projet, prévoyant un premier accès sur la RD2152 et un second donnant sur le chemin de la Croix Falaise rejoignant la RD26. Il ressort des pièces du dossier que la portion de la RD2152 située au niveau du projet de la SCI Djurjura est proche d'une sortie d'agglomération et que la vitesse y est limitée à 90km/h, générant ainsi une accélération des véhicules y circulant à l'endroit du premier accès. En outre, l'étude de trafic annexée au dossier de demande de permis évalue à 52 le nombre de véhicules réalisant un mouvement de tourne-à-gauche depuis cet accès vers la RD2152 à l'heure de pointe du soir. Le croisement entre les véhicules en provenance ou à destination du site du projet litigieux et de ceux circulant sur la RD2152 présente ainsi un risque pour la sécurité routière, alors que la requérante ne conteste pas que son projet ne prévoit pas la création d'une voie de tourne-à-gauche. Dès lors, le maire était fondé à considérer que cet accès, pour lequel les services départementaux ont d'ailleurs émis un avis défavorable, ne pouvait pas être réalisé et qu'il ne pouvait donc en tenir compte pour apprécier le caractère suffisant des conditions de desserte. Il en résulte que la desserte du projet ne peut être appréciée qu'au regard du seul accès situé sur le chemin de la Croix Falaise menant à la RD26. Il ressort des pièces du dossier et notamment d'un avis du directeur des services techniques et de l'environnement de la commune de Pithiviers que cette desserte est insuffisante eu égard à la faible largeur dudit chemin qui ne peut supporter à lui seul l'accroissement du trafic généré par le projet litigieux, prévoyant la création de trois cellules à vocation commerciale et de cinq cellules à vocation artisanale. Par suite, la société requérante n'est pas fondée à soutenir que le motif tiré de l'insuffisance et la dangerosité des conditions de desserte et d'accès de son projet est entaché d'erreur d'appréciation.
9. Enfin, la décision attaquée est fondée sur un troisième motif tenant à la méconnaissance des dispositions des articles R. 111-2, R. 111-8 et R. 111-10 du code de l'urbanisme en l'absence de système d'assainissement non collectif.
10. D'une part, les dispositions des articles R. 111-8 et R. 111-10 ne sont pas applicables en application de l'article R. 111-1 du même code dès lors que la commune de Pithiviers est dotée d'un plan local d'urbanisme (PLU). En outre, comme le soutient la requérante, les dispositions de ce PLU ne comportent aucune réglementation quant à la desserte des terrains par les réseaux s'agissant de la zone 2AU dans laquelle est classée le terrain d'assiette de son projet.
11. D'autre part, la décision attaquée relève également, après avoir cité les dispositions de l'article R.111-2 du code de l'urbanisme, que l'absence de système d'assainissement est de nature à porter atteinte à la salubrité publique. En application de ces dispositions, citées au point 4 du présent jugement et qui sont applicables, un tel motif est susceptible de fonder légalement un refus de permis de construire. En l'espèce, la pétitionnaire fait néanmoins valoir qu'elle s'est engagée à raccorder son projet au système d'assainissement collectif et produit un constat d'huissier dont il ressort qu'un regard de visite existe au niveau du site du projet litigieux et est situé à environ 66 mètres d'un regard de visite raccordé au système d'assainissement collectif, de sorte qu'un branchement au réseau public apparaît possible sans même que des travaux d'extension soient nécessaires. Dans ces conditions, la société requérante est fondée à soutenir que ce motif est entaché d'une erreur d'appréciation.
12. Toutefois, il résulte de l'instruction que la commune aurait pris la même décision si elle s'était fondée uniquement sur les motifs tirés de l'absence de défense extérieure contre l'incendie et de l'insuffisance et de la dangerosité des conditions de desserte et d'accès, eu égard aux risques importants pour la sécurité publique. Ainsi, sans qu'il soit besoin de statuer sur les substitutions de motifs sollicitées en défense, les conclusions à fin d'annulation de la SCI Djurjura doivent être rejetées. Il en va de même, par voie de conséquence, de celles aux fins d'injonction et d'astreinte.
Sur les frais liés au litige :
13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Pithiviers, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme demandée par la SCI Djurjura au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de la SCI Djurjura une somme de 1 500 euros à verser à la commune de Pithiviers au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de la SCI Djurjura est rejetée.
Article 2 : La SCI Djurjura versera la somme de 1 500 euros à la commune de Pithiviers en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la SCI Djurjura et à la commune de Pithiviers.
Délibéré après l'audience du 12 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Lacassagne, président,
M. Gasnier, conseiller,
Mme Ploteau, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 septembre 2024.
La rapporteure,
Coralie PLOTEAU
Le président,
Denis LACASSAGNE La greffière,
Marie-Josée PRECOPE
La République mande et ordonne à la préfète du Loiret en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026