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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2203851

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2203851

mercredi 28 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2203851
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationURGENCES -JUGE UNIQUE
Avocat requérantHERVOIS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 27 octobre 2022, Mme B A, représentée par

Me Mahamadou Kanté, demande au tribunal :

1) d'annuler l'arrêté du 18 octobre 2022 de la préfète du Loiret l'obligeant à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et fixant la République de Guinée comme pays de destination de sa reconduite ;

2) de suspendre l'exécution de l'arrêté du 18 octobre 2022 ;

3) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- l'obligation de quitter le territoire n'est pas motivée, n'a pas été précédée d'un examen de sa situation personnelle, est entachée d'une erreur de droit, méconnaît les articles L. 435-1,

L. 435-2, L. 423-23, L. 511-1. L. 513-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, les articles 2 et 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation de sa situation ;

- la décision fixant le pays de renvoi méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision fixant les obligations de pointage n'est pas fondée ;

- la suspension de l'exécution de l'arrêté est justifiée par les craintes pour sa sécurité en cas de retour dans son pays.

Par un mémoire en défense, enregistré le 13 décembre 2022, la préfète du Loiret, représentée par Me Johan Hervois, conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens de la requérante ne sont pas fondés.

Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du 21 novembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée relative à l'aide juridique ;

- le décret n° 91-1266 du 19 décembre 1991 modifié portant application de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. C en application de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Delandre, magistrat désigné, a été entendu au cours de l'audience publique.

Les parties n'étaient pas présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ressortissante de la République de Guinée née le 10 mars 1987, a été interpellée le 18 octobre 2022 par les services de police aux frontières d'Orléans pour vérification de son droit au séjour. Elle a déclaré être entrée en France le 17 août 2019 sans pouvoir justifier d'une entrée régulière. Le 10 juillet 2020, elle a sollicité son admission au séjour au titre de l'asile. Sa demande a été rejetée par une décision du 13 avril 2021 de l'office français de protection des réfugiés et apatrides puis le 7 octobre 2021 par la cour nationale du droit d'asile. Par l'arrêté attaqué du 18 octobre 2022, la préfète du Loiret l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours à destination de la République de Guinée.

Sur l'obligation de quitter le territoire :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants :/ ()/ 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° () ". Aux termes de l'article L. 542-1 du même code : " En l'absence de recours contre la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin à la notification de cette décision. /. Lorsqu'un recours contre la décision de rejet de l'office a été formé dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français prend fin à la date de la lecture en audience publique de la décision de la Cour nationale du droit d'asile ou, s'il est statué par ordonnance, à la date de la notification de celle-ci. ".

3. La préfète du Loiret a pris l'obligation de quitter le territoire attaquée au motif que la demande d'asile de la requérante présentée le 10 juillet 2020 avait fait l'objet d'une décision de rejet du 13 avril 2021 de l'office français de protection des réfugiés et apatrides confirmée par une décision du 7 octobre 2021 de la cour nationale du droit d'asile notifiée le 12 octobre 2021. Pour soutenir que l'obligation de quitter le territoire est entachée d'une erreur de droit, la requérante fait valoir que la décision de la cour nationale du droit d'asile n'est pas définitive car elle a formé un recours devant le Conseil d'Etat qui est en cours d'instruction. Toutefois, il ressort des dispositions citées au point 2 que son droit à se maintenir sur le territoire français avait pris fin à la date de lecture de la décision de la cour nationale du droit d'asile, laquelle est antérieure à l'obligation de quitter le territoire. Par suite, la préfète n'a pas commis d'erreur de droit en prenant l'obligation de quitter le territoire attaquée.

4. En deuxième lieu, aux termes du premier alinéa de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire est motivée. ".

5. En l'espèce, l'obligation de quitter le territoire attaquée du 18 octobre 2022 vise la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, la convention de Schengen, la convention internationale relative aux droits de l'enfant, le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le code des relations entre le public et l'administration et mentionne les éléments de fait propres à la situation de la requérante, notamment relatifs à sa situation familiale, à raison desquels la préfète du Loiret l'a obligée à quitter le territoire français à destination de son pays d'origine. Cette motivation n'est pas stéréotypée. Ainsi, l'obligation de quitter le territoire est suffisamment motivée en application des dispositions précitées de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

6. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier, et notamment des motifs de l'arrêté attaqué, que la préfète du Loiret n'aurait pas procédé à un examen sérieux de la situation personnelle de la requérante.

7. En quatrième lieu, lorsqu'il est saisi d'une demande de délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'une des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile susvisé, le préfet n'est pas tenu, en l'absence de dispositions expresses en ce sens, d'examiner d'office si l'intéressé peut prétendre à une autorisation de séjour sur le fondement d'une autre disposition de ce code ou de cet accord, même s'il lui est toujours loisible de le faire à titre gracieux, notamment en vue de régulariser la situation de l'intéressé. En l'espèce, il ne ressort pas des pièces du dossier que la requérante aurait présenté, avant l'arrêté attaqué, une demande de carte de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers qui prévoient que " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. " ou des dispositions de l'article L. 435-2 du même code selon lesquelles : " L'étranger accueilli par les organismes mentionnés au premier alinéa de l'article L. 265-1 du code de l'action sociale et des familles et justifiant de trois années d'activité ininterrompue au sein de ce dernier, du caractère réel et sérieux de cette activité et de ses perspectives d'intégration, peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. () " ou de celles de l'article L. 423-23 de ce code selon lesquelles : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. () ". Dès lors, la préfète du Loiret n'était pas tenue d'examiner d'office si la requérante était susceptible de se voir délivrer un titre de séjour sur le fondement des dispositions précitées. Il suit de là que la requérante ne saurait se prévaloir utilement de ces dispositions.

8. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, reprenant les dispositions de l'ancien article L. 513-2 : " Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du

4 novembre 1950. ". Aux termes de l'article 2 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales: " Droit à la vie / 1. Le droit de toute personne à la vie est protégé par la loi. La mort ne peut être infligée à quiconque intentionnellement, sauf en exécution d'une sentence capitale prononcée par un tribunal au cas où le délit est puni de cette peine par la loi. / 2. La mort n'est pas considérée comme infligée en violation de cet article dans les cas où elle résulterait d'un recours à la force rendu absolument nécessaire: / a. pour assurer la défense de toute personne contre la violence illégale; / b. pour effectuer une arrestation régulière ou pour empêcher l'évasion d'une personne régulièrement détenue; / c. pour réprimer, conformément à la loi, une émeute ou une insurrection. ". Aux termes de l'article 3 de la même convention : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

9. En se prévalant de ces dispositions et stipulations, la requérante soutient qu'elle a quitté son pays d'origine avec ses enfants suite à la menace qui pèse sur la vie de ses filles compte tenu de la pratique ancestrale de la mutilation des parties génitales des filles. Toutefois, sa demande d'asile, fondée sur ce motif, a été rejetée par l'office français de protection des réfugiés et apatrides et la cour nationale du droit d'asile. En outre, elle ne produit, à l'appui de ses allégations, que des articles de presse sur la pratique de l'excision dans certains pays dont la République de Guinée lesquels sont insuffisants pour établir la réalité des risques encourus par ses filles en cas de retour dans son pays d'origine. Par suite, et en tout état cause, son moyen tiré de la méconnaissance des dispositions et stipulations citées au point 8 ne peut être accueilli. Pour les mêmes motifs, elle n'est pas fondée à soutenir que l'obligation de quitter le territoire attaquée est entachée d'erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

Sur la décision fixant le pays de renvoi :

10. Pour contester la décision fixant le pays de renvoi, la requérante invoque les mêmes motifs que ceux développés au point 9. Il résulte de ce qui a été dit au point 9 que la requérante n'établissait pas la réalité des craintes qu'elle prétend encourir en cas de retour dans son pays d'origine. Par suite, sa contestation ne peut être accueillie.

Sur la décision portant obligation de présentation aux services de police :

11. Aux termes de l'article L. 721-7 du code du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger auquel un délai de départ volontaire a été accordé peut, dès la notification de la décision portant obligation de quitter le territoire français, être astreint à se présenter à l'autorité administrative ou aux services de police ou aux unités de gendarmerie pour y indiquer ses diligences dans la préparation de son départ. Cette décision est prise pour une durée qui ne peut se poursuivre au-delà de l'expiration du délai de départ volontaire. ". Aux termes de l'article R. 721-6 du code : " Pour l'application de l'article L. 721-7, l'autorité administrative désigne le service auprès duquel l'étranger effectue les présentations prescrites et fixe leur fréquence qui ne peut excéder trois présentations par semaine. ". Aux termes de l'article

L. 721-8 du même code : " L'autorité administrative peut prescrire à l'étranger auquel un délai de départ volontaire a été accordé la remise de son passeport ou de tout document justificatif de son identité dans les conditions prévues à l'article L. 814-1 ".

12. La préfète du Loiret a prescrit à la requérante de remettre son passeport et de se présenter chaque mardi et jeudi à 9 heures auprès de la brigade mobile de recherches à Orléans afin de faire constater qu'elle respecte la mesure d'éloignement pour y indiquer ses diligences dans la préparation de son départ.

13. Pour contester cette obligation, la requérante se borne à soutenir qu'elle n'est pas fondée compte tenu de ce qu'elle a soutenu dans sa requête. Il résulte de ce qui précède que l'obligation de quitter le territoire et la décision fixant le pays de renvoi ne sont pas entachées d'illégalité. Par ailleurs, il ressort de l'arrêté attaqué qu'un délai de départ volontaire lui a été accordé. Par suite, sa contestation ne peut être accueillie dès lors qu'en application des dispositions citées au point 11, l'administration était en droit de lui prescrire de remettre son passeport et de se présenter aux services de police.

Sur les conclusions à fin de suspension de l'exécution de l'arrêté du 18 octobre 2022 de la préfète du Loiret :

14. Pour demander la suspension de l'exécution de l'arrêté attaqué du 18 octobre 2022, la requérante se borne à invoquer les dispositions précitées de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les craintes d'excision de ses filles en cas de retour dans son pays d'origine. Toutefois, il résulte de ce qui a été dit au point 9, qu'elle n'établit pas la réalité des risques encourus par ses filles en cas de retour dans son pays d'origine. Dès lors, et en tout état de cause, il n'y a pas lieu de suspendre l'exécution de l'obligation de quitter le territoire attaquée.

15. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme A doit être rejetée y compris, par voie de conséquence, ses conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative

D E C I D E :

Article 1er : La requête présentée par Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et à la préfète du Loiret.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 décembre 2022.

Le magistrat désigné,

Jean-Michel C

Le greffier,

Roger MBELANI

La République mande et ordonne à la préfète du Loiret en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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