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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2203891

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2203891

mercredi 28 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2203891
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationURGENCES -JUGE UNIQUE
Avocat requérantHERVOIS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 31 octobre et 9 décembre 2022,

Mme J A G, représentée par Me Nadia Echchayb, demande au tribunal :

1) d'annuler l'arrêté du 20 octobre 2022 de la préfète du Loiret l'obligeant à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et fixant le Maroc comme pays de destination de sa reconduite ;

2) d'enjoindre à la préfète du Loiret de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " l'autorisant à travailler sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter du jugement à intervenir et, subsidiairement, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour et de procéder au réexamen de sa demande sous la même astreinte ;

3) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- l'arrêté attaqué a été pris par une autorité incompétente, n'est pas motivé, n'a pas été pris à l'issue d'un examen de sa situation personnelle, n'a pas été précédé d'un entretien et d'une invitation à présenter ses observations orales, méconnaît l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant, est entaché d'erreur manifeste d'appréciation.

- la décision fixant le pays de renvoi n'est pas motivée et elle ne peut rentrer dans son pays d'origine en raison de la situation dans ce pays ;

- l'obligation de pointage est disproportionnée, contrevient à sa liberté d'aller et venir protégée par les articles 2 et 4 de la Déclaration des droits de l'homme et méconnaît l'article

L. 521-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 7 décembre 2022, la préfète du Loiret, représentée par Me Johan Hervois, conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens de la requérante ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen du 26 août 1789 ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant signée à New-York le 26 décembre 1990 ;

- la convention d'application de l'accord de Schengen, signée le 19 juin 1990 ;

- le code civil ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée relative à l'aide juridique ;

- le décret n° 91-1266 du 19 décembre 1991 modifié portant application de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- la décision du Conseil constitutionnel n° 91-294 DC du 25 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. F en application de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Delandre, magistrat désigné ;

- et les observations de Me Echchayb, avocate de la requérante.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A G, ressortissante marocaine née le 1er janvier 1984, a été interpellée le 20 octobre 2022 par les services de la police aux frontières du Loiret pour vérification de son droit au séjour. Elle a déclaré être entrée en France au cours de l'année 2018. Par l'arrêté attaqué du 20 octobre 2022, la préfète du Loiret l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours à destination du Maroc.

Sur l'obligation de quitter le territoire :

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par M. C I. Selon l'article 1er de l'arrêté n° 45-2021-07-27-00002 du 27 juillet 2021, publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture n° 45-2021-197 et mis en ligne sur le site de la préfecture, la préfète du Loiret, a donné délégation de signature à M. Benoit Lemaire, secrétaire général, à l'effet de signer " tous arrêtés, décisions () relevant des attributions de l'Etat dans le département du Loiret () " à l'exception des arrêtés portant élévation de conflit et les réquisitions de comptable public. Aux termes de l'article 2 de l'arrêté, la délégation de signature conférée à M. E est exercée, en cas d'absence ou d'empêchement de ce dernier, par M. Christophe Carol, secrétaire général adjoint de la préfecture et, en cas d'absence ou d'empêchement de celui-ci, par M. C I, sous-préfet, directeur de cabinet du préfet du Loiret. Il suit de là que le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes du premier alinéa de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction : " La décision portant obligation de quitter le territoire est motivée. ".

4. En l'espèce, l'obligation de quitter le territoire attaquée du 20 octobre 2022 vise la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, la convention de Schengen, la convention internationale relative aux droits de l'enfant, le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le code des relations entre le public et l'administration et mentionne les éléments de fait propres à la situation de la requérante, notamment relatifs à sa situation familiale, à raison desquels la préfète l'a obligée à quitter le territoire français à destination de son pays d'origine. Ainsi, l'obligation de quitter le territoire est suffisamment motivée en application des dispositions précitées de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

5. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier, et notamment des termes de l'arrêté attaqué, que la préfète du Loiret n'aurait pas procédé à un examen de la situation personnelle de la requérante. Par ailleurs, la préfète n'a pas commis d'erreur de fait, de droit et une erreur manifeste d'appréciation en considérant que sa situation était indissociable de celle de sa fille dès lors que sa fille est mineure et qu'elle en a la charge ;

6. En quatrième lieu, la requérante soutient que l'arrêté attaqué n'a pas été précédé d'un entretien et d'une invitation à présenter ses observations orales. Toutefois, au cours de son audition par les services de police le 20 octobre 2022, elle a été interrogée sur ses conditions d'entrée et de séjour en France et informée qu'elle était susceptible de faire l'objet d'une mesure d'éloignement et qu'elle a pu faire valoir ses observations sur la mesure d'éloignement envisagée ainsi qu'elle y était invitée. La préfète n'était pas tenue de procéder à un autre entretien avant de prendre sa décision. Par suite, son moyen tiré de l'absence d'entretien et d'invitation à présenter ses observations ne peut être accueilli.

7. En cinquième lieu et d'une part, aux termes des dispositions du 1° de l'article

L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en vertu desquelles : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de

validité () ".

8. D'autre part, aux termes de l'article 10 de la convention d'application de l'accord de Schengen, signée le 19 juin 1990 : " 1. Il est institué un visa uniforme valable pour le territoire de l'ensemble des Parties Contractantes. Ce visa, dont la durée de validité est régie par l'article 11, peut être délivré pour un séjour de trois mois au maximum () ". Selon l'article 19 de cette convention : " 1. Les étrangers titulaires d'un visa uniforme qui sont entrés régulièrement sur le territoire de l'une des Parties contractantes peuvent circuler librement sur le territoire de l'ensemble des Parties contractantes pendant la durée de validité du visa, pour autant qu'ils remplissent les conditions d'entrée visées à l'article 5, paragraphe 1, points a, c, d et e ()

4. Les dispositions du présent article s'appliquent sans préjudice des dispositions de l'article 22 ". L'article 22 de cette même convention précise : " I- Les étrangers entrés régulièrement sur le territoire d'une des Parties contractantes sont tenus de se déclarer, dans des conditions fixées par chaque Partie contractante, aux autorités de la Partie contractante sur le territoire de laquelle ils pénètrent./ Cette déclaration peut être souscrite au choix de chaque Partie contractante, soit à l'entrée, soit, dans un délai de trois jours ouvrables à partir de l'entrée, à l'intérieur du territoire de la Partie contractante sur lequel ils pénètrent () ". Enfin, l'article 21 du règlement (CE) n° 562/2006 du Parlement européen et du Conseil du 15 mars 2006 dispose: " La suppression du contrôle aux frontières intérieures ne porte pas atteinte : / () d) à l'obligation des ressortissants des pays tiers de signaler leur présence sur le territoire d'un Etat membre conformément aux dispositions de l'article 22 de la convention d'application de l'accord de Schengen ".

9. L'article R. 621-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoit que la déclaration obligatoire mentionnée à l'article 22 de la convention de Schengen est souscrite à l'entrée sur le territoire métropolitain par l'étranger non ressortissant d'un Etat membre de l'Union européenne et qui est en provenance directe ''un Etat partie à la convention d'application de l'accord de Schengen. Sont toutefois dispensés de cette formalité, en vertu de l'article R. 621-4 du même code, les étrangers qui ne sont pas astreints à l'obligation de visa pour un séjour inférieur à trois mois et ceux qui sont titulaires d'un titre de séjour en cours de validité, d'une durée supérieure ou égale à un an, délivré par un Etat partie à la convention d'application de l'accord de Schengen. Lorsqu'un étranger entre ou séjourne sur le territoire métropolitain sans souscrire à la formalité de déclaration obligatoire s'il y est astreint, il peut, en vertu des dispositions de l'article L. 621-3 du même code, être remis aux autorités compétentes de l'Etat membre qui l'a admis à entrer ou à séjourner sur son territoire ou dont il provient directement.

10. Dans la décision n° 91-294 DC du 25 juillet 1991 déclarant que la loi autorisant l'approbation de la convention d'application de l'accord de Schengen n'était pas contraire à la Constitution, le Conseil constitutionnel a estimé que " la déclaration exigée par l'article 22 constitue une formalité à laquelle sont astreintes les personnes visées par le texte pour pouvoir pénétrer en France ; qu'il appartient aux autorités nationales de fixer les règles qui leur sont applicables et d'en tirer les conséquences appropriées ". Il en a déduit que " l'article 22 n'est en rien contraire à la Constitution ". Il résulte de cette décision que la souscription de la déclaration prévue par l'article 22 de la convention d'application de l'accord de Schengen et dont l'obligation figure à l'article L. 621-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est une condition de la régularité de l'entrée en France de l'étranger soumis à l'obligation de visa et en provenance directe d'un Etat partie à cette convention qui l'a admis à entrer ou à séjourner sur son territoire.

11. Si la requérante soutient qu'elle est entrée régulièrement sur le territoire français, elle se borne à produire le récépissé valant justification d'identité qui lui a été délivré le

17 novembre 2020 par les services de la police aux frontières d'Orléans selon lequel elle est titulaire d'un passeport, conservé par le service, délivré le 28 février 2018 par les autorités marocaines et valide jusqu'au 28 février 2023. Elle n'allègue pas être dispensée de visa d'entrée sur le territoire français. S'il n'est pas sérieusement contesté par la préfète du Loiret que l'intéressée est d'abord entrée en Espagne sous couvert d'un visa délivré par les autorités espagnoles, la requérante ne justifie pas avoir effectué les formalités de déclaration d'entrée sur le territoire français prescrites par les dispositions de l'article R. 621-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, prises pour l'application de l'article 22 de la convention d'application de l'accord de Schengen. Par suite, la préfète du Loiret était en droit de prendre l'obligation de quitter le territoire attaquée sur le fondement des dispositions du 1° de l'article

L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'elle ne justifiait pas être entrée régulièrement sur le territoire français et qu'il est constant qu'elle s'est maintenue sur le territoire français sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité.

12. En sixième lieu, aux termes de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France et qui établit contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil, depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 ". Aux termes de l'article L. 423-8 du même code : " Pour la délivrance de la carte de séjour prévue à l'article L. 423-7, lorsque la filiation est établie à l'égard d'un parent en application de l'article 316 du code civil, le demandeur, s'il n'est pas l'auteur de la reconnaissance de paternité ou de maternité, doit justifier que celui-ci contribue effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant, dans les conditions prévues à l'article 371-2 du code civil, ou produire une décision de justice relative à la contribution à l'éducation et à l'entretien de l'enfant. / Lorsque le lien de filiation est établi mais que la preuve de la contribution n'est pas rapportée ou qu'aucune décision de justice n'est intervenue, le droit au séjour du demandeur s'apprécie au regard du respect de sa vie privée et familiale et au regard de l'intérêt supérieur de l'enfant ". Enfin aux termes de l'article 371-2 du code civil : " Chacun des parents contribue à l'entretien et à l'éducation des enfants à proportion de ses ressources, de celles de l'autre parent, ainsi que des besoins de l'enfant () ".

13. La requérante se prévaut des dispositions de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en faisant valoir qu'elle est la mère d'une fille, B D, née le 2 janvier 2019 à Orléans de sa relation avec M. H D, ressortissant français, qu'elle a la charge de sa fille qui vit avec elle dans un logement attribué par l'association Aidaphi à Saint-Jean-de-la-Ruelle, qu'elle participe à son entretien et à son éducation et que son père voit sa fille dans le cadre d'un droit fixé d'un commun accord. Elle produit l'acte de naissance de sa fille qui mentionne son nom ainsi que celui de

M. D, comme mère et père, et comporte la mention que ce dernier a reconnu l'enfant le jour de la déclaration de la naissance. Toutefois, la préfète du Loiret fait valoir, sans être contredite, que M. D ne contribue pas du tout à l'entretien et à l'éducation de l'enfant ainsi que la requérante l'a d'ailleurs indiqué lors de son audition le 10 janvier 2022 par les services de gendarmerie d'Orléans. En outre, la requérante ne produit pas de décision de justice relative à la contribution à l'éducation et à l'entretien de sa fille B. Par suite, la requérante ne justifie pas remplir les conditions exigées par les dispositions précitées des articles L. 423-27 et L. 423-28 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

14. Enfin, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. ". Il résulte de ces stipulations que l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant. Elles sont applicables non seulement aux décisions qui ont pour objet de régler la situation personnelle d'enfants mineurs mais aussi à celles qui ont pour effet d'affecter, de manière suffisamment directe et certaine, leur situation.

15. La requérante se prévaut de ces stipulations en faisant valoir qu'elle est entrée en 2018 en France, qu'elle est la mère d'une enfant française mineure dont elle a la charge, qu'elle réside avec sa fille dans un logement attribué par l'association Aidaphi, que sa fille est scolarisée et suivie au centre médico-psychologique du centre hospitalier Georges Daumezon, que son père la voit dans le cadre d'un droit libre, fixé d'un commun accord, qu'elle a été victime de travail dissimulé pour lequel elle a porté plainte le 10 janvier 2022, très antérieurement à la décision attaquée, et qu'elle a été suivie médicalement pendant sa grossesse.

16. Toutefois et d'une part, si un acte de droit privé opposable aux tiers est en principe opposable dans les mêmes conditions à l'administration tant qu'il n'a pas été déclaré nul par le juge judiciaire, il appartient cependant à l'administration, lorsque se révèle une fraude commise en vue d'obtenir l'application de dispositions de droit public, d'y faire échec, même dans le cas où cette fraude revêt la forme d'un acte de droit privé. Ce principe peut conduire l'administration, qui doit exercer ses compétences sans pouvoir renvoyer une question préjudicielle à l'autorité judiciaire, à ne pas tenir compte, dans l'exercice de ses compétences, d'actes de droit privé opposables aux tiers. Tel est le cas pour la mise en œuvre des dispositions de l'article L. 423-27 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui n'ont pas entendu écarter l'application de ces principes. Par conséquent, si la reconnaissance d'un enfant est opposable aux tiers, en tant qu'elle établit un lien de filiation et, le cas échéant, en tant qu'elle permet l'acquisition par l'enfant de la nationalité française, dès lors que cette reconnaissance a été effectuée conformément aux conditions prévues par le code civil, et s'impose donc en principe à l'administration tant qu'une action en contestation de filiation n'a pas abouti, il appartient néanmoins au préfet, s'il est établi, lors de l'examen d'une demande de titre de séjour présentée sur le fondement de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, que la reconnaissance de paternité a été souscrite dans le but de faciliter l'obtention de la nationalité française ou d'un titre de séjour, de faire échec à cette fraude et de refuser, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, tant que la prescription prévue par les articles 321 et 335 du code civil n'est pas acquise, la délivrance de la carte de séjour temporaire sollicitée par la personne se présentant comme père ou mère d'un enfant français.

17. D'autre part, aux termes de l'article 18 du code civil : " Est français l'enfant dont l'un des parents au moins est français. ". Aux termes de l'article 30 du même code : " La charge de la preuve, en matière de nationalité, incombe à celui dont la nationalité est contestée. /. Toutefois, cette preuve incombe à celui qui conteste la qualité de Français à un individu titulaire d'un certificat de nationalité française délivré conformément aux articles 31 et suivants. ". Aux termes de l'article 29 du code : " La juridiction civile de droit commun est seule compétente pour connaître des contestations sur la nationalité française ou étrangère des personnes physiques. / Les questions de nationalité sont préjudicielles devant toute autre juridiction de l'ordre administratif ou judiciaire à l'exception des juridictions répressives comportant un jury criminel. ". En défense, la préfète du Loiret soutient que la requérante n'établit pas la nationalité française de sa fille B en faisant valoir qu'à supposer même que M. H D soit bien un ressortissant français, sa reconnaissance de paternité apparaît manifestement frauduleuse. Il ressort des pièces du dossier, et notamment de l'extrait de son acte de naissance délivré le

4 février 2019 par le fichier central de l'état civil de Nantes que M. D, né le 13 février 1963 au Maroc, est devenu français par décret de naturalisation du 16 septembre 2008 et a donc la nationalité française. Toutefois, il ressort du carnet de santé de B, produit par la requérante, que B est née le 2 janvier 2019 à l'âge gestationnel de 38 semaines d'aménorrhée révolues. Par suite, la période de conception de l'enfant est antérieure à l'entrée, le 10 juin 2018, de la requérante sur le territoire français. Par ailleurs, l'intéressée a déclaré, lors de son audition, le

17 novembre 2020, par les services de la police aux frontières d'Orléans pour vérification au séjour qu'elle était divorcée, qu'elle avait un enfant de son ancien mariage et trois enfants avec son conjoint actuel dont un en France avec elle. Elle n'établit pas, ni même n'allègue, que

M. D est son second et actuel conjoint et qu'elle avait rencontré ce dernier au moment de la période de conception de l'enfant. En outre, l'attestation en date du 27 novembre 2022 de

M. D n'est pas de nature, eu égard à son auteur et à son contenu peu circonstancié, à établir qu'il est le père biologique de B. Par suite, il y a lieu de déduire de sa déclaration que la requérante reconnaît que M. D n'est pas le père biologique de sa fille B. Ainsi, la préfète du Loiret doit être regardée comme établissant, par des éléments précis et suffisamment circonstanciés, que la reconnaissance de paternité de M. D présente un caractère frauduleux. Il suit de là que la requérante, qui ne produit pas de certificat de nationalité française pour sa fille B, n'établit pas que cette dernière a la nationalité française en tant que fille de M. D.

18. Enfin, la requérante est entrée assez récemment en France et s'est maintenue irrégulièrement sur le territoire français malgré une précédente obligation de quitter le territoire prise à son encontre le 17 novembre 2020 par le préfet du Loiret, qu'elle n'a pas contestée. Elle est célibataire et mère de quatre enfants dont trois résident au Maroc. Elle ne justifie pas qu'elle aurait ainsi que sa fille des liens proches, stables et intenses avec M. D. Rien ne fait obstacle à ce que la cellule familiale de la requérante, composé d'elle-même et de sa fille, se reconstitue dans son pays d'origine. Ainsi, l'obligation de quitter le territoire attaquée n'a pas pour effet de séparer les membres de la famille. Par suite, compte tenu notamment des conditions d'entrée et de séjour en France de l'intéressée, l'obligation de quitter le territoire attaquée ne méconnait pas les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni celles de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant. Enfin, pour les mêmes motifs, l'obligation de quitter le territoire n'est pas entachée d'erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur la situation des requérants.

Sur la décision fixant le pays de renvoi :

19. En premier lieu, la décision fixant le pays de renvoi mentionne la nationalité de Mme A G, vise l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et indique que l'intéressée n'établit pas être exposée à des peines ou traitements contraires à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans son pays d'origine où résident ses trois premiers enfants et qu'ainsi, la décision ne contrevient pas aux dispositions de l'article 3 précité. Dans ces conditions, elle est suffisamment motivée.

20. En second lieu, la requérante soutient que l'arrêté attaqué implique par lui-même son retour dans son pays d'origine et que cette situation est inenvisageable en l'état à l'aune des éléments factuels exposés dans sa requête. Toutefois, il résulte de ce qui a été dit ci-dessus que l'obligation de quitter n'est pas entachée d'illégalité. Par ailleurs, elle n'établit pas, ni même n'allègue, qu'elle ferait l'objet de persécutions en cas de retour dans son pays d'origine. Par suite, sa contestation n'est pas fondée.

Sur la décision portant obligation de présentation aux services de police :

21. Aux termes de l'article L. 721-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger auquel un délai de départ volontaire a été accordé peut, dès la notification de la décision portant obligation de quitter le territoire français, être contraint de résider dans le lieu qui lui est désigné par l'autorité administrative. Cette décision est prise pour une durée qui ne peut se poursuivre au-delà de l'expiration du délai de départ volontaire. " Aux termes de l'article L. 721-7 du même code : " L'étranger auquel un délai de départ volontaire a été accordé peut, dès la notification de la décision portant obligation de quitter le territoire français, être astreint à se présenter à l'autorité administrative ou aux services de police ou aux unités de gendarmerie pour y indiquer ses diligences dans la préparation de son départ. Cette décision est prise pour une durée qui ne peut se poursuivre au-delà de l'expiration du délai de départ volontaire. ". Aux termes de l'article R. 721-6 du code : " Pour l'application de l'article L. 721-7, l'autorité administrative désigne le service auprès duquel l'étranger effectue les présentations prescrites et fixe leur fréquence qui ne peut excéder trois présentations par semaine. ". Aux termes de l'article 2 de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen du

26 août 1789 : " Le but de toute association politique est la conservation des droits naturels et imprescriptibles de l'homme. Ces droits sont la liberté, la propriété, la sûreté et la résistance à l'oppression ". Aux termes de l'article 4 de la même Déclaration : " La liberté consiste à pouvoir faire tout ce qui ne nuit pas à autrui ; ainsi, l'exercice des droits naturels de chaque homme n'a de bornes que celles qui assurent aux autres membres de la société la jouissance de ces mêmes droits. Ces bornes ne peuvent être déterminées que par la loi. ".

22. La préfète du Loiret a prescrit à la requérante de se présenter chaque mardi et jeudi à 9 heures à la Brigade Mobile de Recherche de la direction interdépartementale de la police aux frontières, située 131, rue du Faubourg Bannier à Orléans afin de faire constater qu'elle respecte la mesure d'éloignement pour y indiquer ses diligences dans la préparation de son départ.

23. La requérante soutient que la décision portant obligation de présentation aux services de police est totalement disproportionnée, qu'elle ne se justifie aucunement car elle n'a pas la volonté de fuir le pays, qu'elle n'est pas justifiée en droit et en fait et qu'elle contrevient à sa liberté d'aller et venir composante de la liberté personnelle protégée par les articles 2 et 4 de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen et à l'article L. 521-2 du code de justice administrative. Toutefois, la préfète du Loiret était en droit de prendre la décision précitée en application des dispositions citées au point 21. La requérante n'apporte aucun élément permettant de regarder la décision contestée comme étant disproportionnée et comme méconnaissant sa liberté d'aller et venir. Par suite, elle n'est pas fondée à demander l'annulation de cette décision.

24. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme A G doit être rejetée y compris, par voie de conséquence, ses conclusions en injonction et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête présentée par Mme A G est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme J A G et à la préfète du Loiret.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 décembre 2022.

Le magistrat désigné,

Jean-Michel F

Le greffier,

Roger MBELANI

La République mande et ordonne à la préfète du Loiret en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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01/06/2026

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Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.

01/06/2026

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