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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2300672

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2300672

vendredi 14 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2300672
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationURGENCES -JUGE UNIQUE
Avocat requérantFROUJY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance du 16 février 2023, enregistrée le 16 février 2023, le président de la 2ème chambre du tribunal administratif de Dijon transmet au tribunal administratif d'Orléans la requête présentée par M. C G en application des articles R. 312-8 et R. 351-3 du code de justice administrative.

Par une requête, enregistrée le 10 février 2023 au greffe du tribunal administratif de Dijon, M. C G, représenté par Me Asmaa Froujy, demande au tribunal :

1) d'annuler l'arrêté du 6 février 2023 du préfet de l'Yonne l'obligeant à quitter sans délai le territoire français, fixant la Tunisie comme pays de destination de sa reconduite et lui interdisant le retour sur le territoire français pendant six mois ;

2) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué a été pris par une autorité incompétente, n'a pas fait l'objet d'un examen sérieux de sa situation, est entaché d'erreurs de fait et d'erreur manifeste d'appréciation et méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision d'interdiction de retour sur le territoire français doit être annulée en conséquence de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire et elle est disproportionnée.

Par un mémoire en défense, enregistré le 7 mars 2023, le préfet de l'Yonne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens du requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée relative à l'aide juridique ;

- le décret n° 91-1266 du 19 décembre 1991 modifié portant application de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. F en application de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Delandre, magistrat désigné, a été entendu au cours de l'audience publique.

Les parties n'étaient pas présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. G, ressortissant tunisien né le 21 décembre 1991, a été interpellé le 6 février 2023 par les services de la gendarmerie d'Auxerre et placé en retenue administrative pour vérification de son droit au séjour. Il a déclaré être entré en France le 10 août 2022 en provenance de la Suisse sans pouvoir justifier d'une entrée régulière. Par l'arrêté attaqué du 6 février 2023, le préfet de l'Yonne l'a obligé à quitter sans délai le territoire français à destination de son pays d'origine et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de six mois.

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par Mme Pauline Girardot, secrétaire générale de la préfecture de l'Yonne. Par arrêté du 25 août 2022, publié le 26 août 2022 au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture n° 89-2022-205 et mis en ligne sur le site de la préfecture, M. D B, préfet de l'Yonne, a donné délégation à Mme E H à l'effet de signer " tous arrêtés, décisions () relevant des attributions de l'Etat dans le département ou de l'exercice des pouvoirs de police administrative, générale ou spéciale, du préfet, y compris : / les arrêtés, décisions et actes pris sur le fondement du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile () ". Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire des obligations de quitter le territoire attaquées manque en fait et doit être écarté.

3. En deuxième lieu, le requérant soutient que l'arrêté attaqué est entaché d'erreurs de fait dans la mesure où il indique " Monsieur A se disant Karim G déclare être entré en France le 20 août 2022 via la Suisse, sans toutefois en apporter la preuve, démuni de tout document d'identité ou de voyage " alors qu'il a fait état de sa situation lors de son audition devant les gendarmes d'Auxerre et qu'il dispose d'un passeport tunisien et qu'il est entré illégalement en France le 10 août 2022 comme le démontre le billet de train qu'il possède. Toutefois, l'erreur de fait ainsi alléguée, à la supposer établie, est sans incidence sur la légalité de l'arrêté attaqué. Si le requérant invoque une autre erreur de fait en faisant valoir que l'arrêté ne mentionne pas qu'il se trouvait à Auxerre pour des raisons professionnelles, l'omission de cette mention ne peut, en tout état de cause, constituer une erreur de fait. Enfin, si l'arrêté indique qu'il " présente un risque de soustraction à la présente mesure car il est entré irrégulièrement sur le territoire français, ne pas solliciter la délivrance d'un titre de séjour et ne présente pas les conditions de représentation suffisante parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité ", cette indication ne saurait constituer une erreur de fait dès lors qu'il est constant qu'il est entré irrégulièrement en France, qu'il n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour et qu'il n'a pas été en mesure de présenter son passeport tunisien lors de son interpellation et avant l'intervention de l'arrêté attaqué.

4. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier, et notamment des termes de l'arrêté attaqué, que le préfet de l'Yonne n'aurait pas procédé à un examen sérieux de la situation du requérant.

5. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

6. Si le requérant se prévaut de ces stipulations, il ressort des pièces du dossier qu'il est entré très récemment en France, le 10 août 2022, et s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire français. Par ailleurs, s'il fait valoir qu'il a n'a pas de frère et de sœur en Tunisie mais des cousins et une tante, chez laquelle il réside, en France, il ne produit aucune pièce de nature à établir la réalité de son allégation et à justifier de liens stables et intenses avec ses cousins et sa tante. Il n'est pas dépourvu de liens familiaux dans son pays d'origine et il est célibataire et sans enfant. Par suite, compte tenu notamment des conditions d'entrée et de séjour en France de l'intéressé et même s'il dispose d'un contrat de travail de charpentier couvreur depuis le 15 décembre 2022, l'arrêté attaqué ne porte pas à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée et, dès lors, ne méconnaît pas les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, l'arrêté n'est pas entaché d'erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle.

7. Enfin, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. () ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 621-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. ". Aux termes de l'article L. 613-2 du code : " Les décisions relatives au refus et à la fin du délai de départ volontaire prévues aux articles L. 612-2 et L. 612-5 et les décisions d'interdiction de retour et de prolongation d'interdiction de retour prévues aux articles L. 612-6, L. 612-7,

L. 612-8 et L. 612-11 sont distinctes de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Elles sont motivées. ".

8. Il ressort des termes mêmes des dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que l'autorité compétente doit, pour décider de prononcer à l'encontre de l'étranger soumis à l'obligation de quitter le territoire français une interdiction de retour et en fixer la durée, tenir compte, dans le respect des principes constitutionnels, des principes généraux du droit et des règles résultant des engagements internationaux de la France, des quatre critères qu'elles énumèrent, sans pouvoir se limiter à ne prendre en compte que l'un ou plusieurs d'entre eux. La décision d'interdiction de retour doit comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, de sorte que son destinataire puisse à sa seule lecture en connaître les motifs. Si cette motivation doit attester de la prise en compte par l'autorité compétente, au vu de la situation de l'intéressé, de l'ensemble des critères prévus par la loi, aucune règle n'impose que le principe et la durée de l'interdiction de retour fassent l'objet de motivations distinctes, ni que soit indiquée l'importance accordée à chaque critère.

9. Il incombe ainsi à l'autorité compétente qui prend une décision d'interdiction de retour d'indiquer dans quel cas susceptible de justifier une telle mesure se trouve l'étranger. Elle doit par ailleurs faire état des éléments de la situation de l'intéressé au vu desquels elle a arrêté, dans son principe et dans sa durée, sa décision, eu égard notamment à la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, à la nature et à l'ancienneté de ses liens avec la France et, le cas échéant, aux précédentes mesures d'éloignement dont il a fait l'objet. Elle doit aussi, si elle estime que figure au nombre des motifs qui justifie sa décision une menace pour l'ordre public, indiquer les raisons pour lesquelles la présence de l'intéressé sur le territoire français doit, selon elle, être regardée comme une telle menace. En revanche, si, après prise en compte de ce critère, elle ne retient pas cette circonstance au nombre des motifs de sa décision, elle n'est pas tenue, à peine d'irrégularité, de le préciser expressément.

10. D'une part, il résulte de ce qui a été dit ci-dessus que l'obligation de quitter le territoire attaquée n'est pas entachée d'illégalité. Par suite, le requérant n'est pas fondé à invoquer, par la voie de l'exception, l'illégalité de cette décision pour demander l'annulation de la décision d'interdiction de retour sur le territoire français.

11. D'autre part, le requérant soutient que la décision d'interdiction de retour sur le territoire est disproportionnée dès lors qu'il n'a jamais fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire, qu'il est inconnu des services de police, qu'il a un emploi et une adresse fixe et qu'il entend déposer prochainement une demande de titre de séjour. Toutefois, en faisant état de ce que le requérant ne justifie d'aucune circonstance humanitaire particulière, qu'il est entré très récemment en France, qu'il y est dépourvu de toute attache familiale et qu'il n'est pas dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine et même s'il n'a jamais fait l'objet d'une mesure d'éloignement, le préfet de l'Yonne n'a pas pris une mesure disproportionnée en prononçant une interdiction de retour du requérant sur le territoire français d'une durée de six mois.

12. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. G doit être rejetée y compris, par voie de conséquence, ses conclusions présentées au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête présentée par M. G est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C G et au préfet de l'Yonne.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 avril 2023.

Le magistrat désigné,

Jean-Michel F

Le greffier,

Roger MBELANI

La République mande et ordonne au préfet de l'Yonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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