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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2300834

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2300834

mercredi 28 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2300834
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationURGENCES -JUGE UNIQUE
Avocat requérantCABINET D'AVOCATS IOSCA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 1er mars 2023, M. B A, représenté par Me Iosca, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 21 février 2023 par laquelle le préfet de Savoie a suspendu la validité de son permis de conduire pour une durée de trois mois ;

2°) d'enjoindre au préfet de lui restituer le permis de conduire dans le délai d'un mois suivant la notification du jugement à intervenir.

Il soutient que :

- la décision n'est pas motivée, n'a pas été précédée d'une procédure contradictoire préalable ; la nature de l'examen médical prévu par l'article R. 221-13 du code de la route n'est pas précisée ; l'identité du cinémomètre utilisé et la date de son homologation, ainsi que la preuve de l'agrément de l'organisme vérificateur, ne sont pas précisées.

Par un mémoire enregistré le 16 mars 2023, le ministre de l'intérieur et des outre-mer a informé le tribunal qu'il n'était pas compétent pour défendre dans la présente instance.

Par un mémoire enregistré le 24 mai 2023, le préfet de la Savoie conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la route ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. C pour statuer sur les litiges relevant de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Le magistrat désigné a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. C a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Il ressort des pièces du dossier que le permis de conduire de M. A a été immédiatement retenu par les forces de l'ordre après une infraction de dépassement de plus de 40km/h de la vitesse maximale autorisée le 20 février 2023 à 15 heures sur le territoire de la commune de La Lechère. Par un arrêté du 21 février 2023, pris sur le fondement de l'article L. 224-2 du code de la route, le préfet de la Savoie a suspendu la validité du permis de conduire du requérant pour une durée de trois mois.

2. Aux termes de l'article L. 224-2 du code de la route : " I.- Le représentant de l'Etat dans le département peut, dans les soixante-douze heures de la rétention du permis prévue à l'article L. 224-1, ou dans les cent vingt heures pour les infractions pour lesquelles les vérifications prévues aux articles L. 234-4 à L. 234-6 et L. 235-2 ont été effectuées, prononcer la suspension du permis de conduire lorsque : / ()/ 3° Le véhicule est intercepté, lorsque le dépassement de 40 km/ h ou plus de la vitesse maximale autorisée est établi au moyen d'un appareil homologué ; / () / II.- La durée de la suspension du permis de conduire ne peut excéder six mois. (). ".

Sur le moyen tiré du défaut de motivation :

3. Aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : /1° restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; / 2° Infligent une sanction ; () ".

4. La décision attaquée vise les dispositions normatives applicables, notamment l'article L. 224-2 du code de la route. Elle indique que M. A a, le 20 février 2023 à 15 heures, dépassé de plus de 40 km/heure la vitesse maximale autorisée sur le territoire de la commune de La Lechère (vitesse retenue 137 km/h pour une vitesse maximale autorisée de 90km/h), infraction pouvant faire l'objet de la peine complémentaire de suspension du permis de conduire. Elle énonce que l'intéressé représente un danger grave et immédiat pour la sécurité des autres usagers de la route, ses éventuels passagers et pour lui-même. Elle comporte, ainsi, les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir qu'elle serait insuffisamment motivée.

Sur le moyen tiré du défaut de procédure contradictoire :

5. Aux termes de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211 - 2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire ". L'article L. 121-2 suivant dispose : " Les dispositions de l'article L. 121-1 ne sont pas applicables : / 1° En cas d'urgence ou de circonstances exceptionnelles ; / () / 3° Aux décisions pour lesquelles des dispositions législatives ont instauré une procédure contradictoire particulière. / () ". Les modalités de la procédure contradictoire applicables aux décisions mentionnées à l'article L.211-2 sont définies à l'article L. 122-1 du même code. La suspension d'un permis de conduire est une mesure de police qui doit être motivée en application de l'article L. 211-2 du même code.

6. Compte tenu des conditions particulières d'urgence dans lesquelles intervient la décision par laquelle le préfet suspend un permis de conduire sur le fondement de l'article L. 224-2 du code de la route qui doit être prise dans les 72 heures et qui a pour objet de faire obstacle à ce qu'un conducteur dont il est établi qu'il circulait à une vitesse excessive retrouve l'usage de son véhicule, le préfet peut légalement, en application du 1° de l'article L. 121-2 du code des relations entre le public et l'administration cité ci-dessus, se dispenser de cette formalité. Par suite, le requérant ne peut utilement soutenir que l'arrêté du 20 février 2023 du préfet de la Savoie est intervenu en méconnaissance des dispositions de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration.

Sur le moyen tiré de la méconnaissance de l'article R. 221-13 du code de la route :

7. Aux termes de l'article R. 221-13 du code de la route : " Le préfet soumet au contrôle médical de l'aptitude à la conduite : / 1° Tout conducteur () auquel est imputable l'une des infractions prévues par les articles L. 234-1, L. 234-8, L. 235-1 et L. 235-3 ; /2° Tout conducteur qui a fait l'objet d'une mesure portant restriction du droit de conduire ; /3° Tout conducteur qui fait l'objet d'une mesure portant suspension du droit de conduire d'une durée supérieure à un mois pour l'une des infractions prévues au présent code, autres que celles mentionnées au 1° ci-dessus. ".

8. Pour l'application des dispositions précitées, l'autorité préfectorale précise au conducteur le délai dans lequel la visite médicale doit être effectuée et la nature des examens auxquels l'intéressé est tenu de se soumettre. Leur méconnaissance a seulement pour conséquence de faire obstacle à ce que l'autorité préfectorale refuse la restitution du permis de conduire à l'expiration de la période de sa suspension. La circonstance que le préfet ne précise pas la nature de l'examen médical requis est sans incidence sur la légalité de la mesure de suspension du permis de conduire.

9. En l'espèce, alors qu'il est constant que l'arrêté contesté précise que M. A, devra, dans le délai de la suspension, se soumettre à une visite médicale et à des tests psychotechniques et qu'en tout état de cause, il appartient seulement au juge judiciaire d'apprécier la matérialité des éléments constitutifs d'une infraction au code de la route, le requérant n'est pas fondé à invoquer la méconnaissance l'article R. 221-13 du code de la route. Le moyen doit être écarté.

Sur le moyen tiré de ce qu'il n'est pas justifié que le cinémomètre utilisé a été vérifié conformément aux dispositions légales et réglementaires en vigueur :

10. Le requérant soutient qu'il n'est pas justifié que le cinémomètre utilisé a été vérifié conformément aux dispositions légales et réglementaires en vigueur. Toutefois, aucune disposition législative ou règlementaire n'impose que l'arrêté par lequel le préfet suspend la validité d'un permis de conduire mentionne les éléments d'identification et la date d'homologation de l'appareil de contrôle utilisé pour constater l'infraction. Par suite, le moyen doit être écarté. Au demeurant, le préfet produit le certificat d'examen de l'équipement, daté du 28 septembre 2022.

11. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de la requête de M. A doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de la Savoie.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 juin 2023.

Le magistrat désigné,

Jean-Luc C

Le greffier,

Roger MBELANI

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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