mardi 30 mai 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Orléans |
| Section | Tribunal Administratif d'Orléans |
| N° Dossier | TA45-2301820 |
| Type | Décision |
| Publication | D |
| Avocat requérant | SELAFA CABINET CASSEL |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 15 mai 2023, Mme A B, représentée par la SELAFA Cabinet Cassel, demande au juge des référés :
1°) d'enjoindre au centre hospitalier régional d'Orléans de la reclasser dans un poste adapté à sa pathologie qui ne l'exposerait pas directement au contact du public, à tout le moins, de réexaminer sa situation à compter de l'ordonnance à intervenir. ;
2°) de mettre à la charge du centre hospitalier régional d'Orléans la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- elle était affectée au poste d'adjoint administratif au bureau des consultations et des hospitalisations du centre hospitalier régional d'Orléans et a développé un syndrome anxio-dépressif ; à compter du 18 mars 2020, elle a été placée en congé de maladie ordinaire ; un certificat du médecin du travail du 14 janvier 2021 conclut à l'existence d'un lien entre la pathologie et une maladie professionnelle ; des certificats du 11 février et 18 mai 2021 concluent à une reprise du travail à temps partiel thérapeutique à partir du 18 mars 2021, assortie d'une restriction liée à l'absence de contact avec les malades de l'établissement ; elle a ensuite été placée en congé de longue maladie rétroactivement à compter du 18 mars 2020 jusqu'au 17 juin 2021 inclus ; le 6 juillet 2021, le médecin du travail confirmait que son état de santé de santé lui interdisait " tout contact avec le public dans le cadre de son travail pendant 6 mois " ; cependant par courrier du 12 juillet 2021, le centre hospitalier l'invitait à consulter la bourse des mobilités internes ;
- elle a été ensuite placée en congé de longue durée du 18 mars 2021 au 6 avril 2023 ; elle est encore dans l'attente d'un reclassement effectif tenant compte des préconisations de la médecine du travail s'agissant de son exposition au public ; elle ne perçoit d'un demi-traitement depuis le 7 avril 2023 et l'urgence est ainsi établie ;
- elle a illégalement été privée du droit d'exercer son activité professionnelle à compter du mois de juin 2021, date à laquelle elle aurait dû reprendre ses fonctions sur un poste aménagé en temps partiel thérapeutique ;
- la mesure est utile et ne fait obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative.
Par un mémoire enregistré le 26 mai 2023, le centre hospitalier régional d'Orléans conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- le 11 février 2021, avant que le congé de longue maladie ne soit reconnu en congé de longue durée, la requérante a fourni un certificat médical préconisant une reprise du travail à temps partiel thérapeutique, assorti d'une restriction " avec missions en dehors du contact avec le public " et pour tenir compte de cette recommandation, son poste administratif au bureau des consultations et des hospitalisations a été spécialement aménagé afin de concentrer au maximum les tâches dites de " back office " que sont le suivi de la facturation du portefeuille de patients dont elle a la charge ; cet aménagement spécifique permettait de limiter au maximum les interactions avec les usagers, à savoir, entre 30 minutes et une heure par jour ;
- il n'existe aucun poste au CHR d'Orléans sans contact avec le public puisqu'il s'agit de son cœur de mission ; par courrier en date du 12 juillet 2021, il a été proposé à la requérante, comme cela est proposé à l'ensemble des agents formulant une demande de reclassement, de regarder les postes disponibles sur la bourse de mobilité interne de l'établissement ; le CHR d'Orléans a proposé, par courrier en date du 17 août 2022, une procédure de reclassement dans une autre administration ;
- l'urgence n'est pas caractérisée, la requérante n'ayant pas donné suite aux propositions de mobilité précédemment rappelées.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la fonction publique ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. C en application des dispositions de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. Il résulte de l'instruction que Mme B, adjoint administratif, travaille au bureau des consultations et des hospitalisations du centre hospitalier régional d'Orléans depuis le 19 août 2004, ses fonctions consistant à constituer ou compléter le dossier administratif des patients venant en consultation ou hospitalisation afin d'assurer leur suivi administratif et la facturation des actes aux organismes de protection sociale et de protection sociale complémentaire. La requérante a développé un syndrome anxio-dépressif et a été placée en congé longue maladie du 18 mars 2020 au 18 mars 2021 puis en congé longue durée du 18 mars 2020 au 1er juin 2023. Le 11 février 2021, le 18 mai 2021 et le 6 juillet 2021, Mme A a fourni un certificat médical préconisant une reprise du travail à temps partiel thérapeutique " avec missions en dehors du contact avec le public ". Elle demande au juge des référés d'enjoindre au centre hospitalier régional d'Orléans de la reclasser dans un poste adapté à sa pathologie qui ne l'exposerait pas directement au contact du public.
2. Aux termes de l'article L. 511-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés statue par des mesures qui présentent un caractère provisoire. Il n'est pas saisi du principal et se prononce dans les meilleurs délais ". Aux termes de son article L. 521-3 de ce code : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative ".
3. Saisi sur le fondement de l'article L. 521-3 d'une demande qui n'est pas manifestement insusceptible de se rattacher à un litige relevant de la compétence du juge administratif, le juge des référés peut prescrire, à des fins conservatoires ou à titre provisoire, toutes mesures que l'urgence justifie, notamment sous forme d'injonctions adressées à l'administration, à la condition que ces mesures soient utiles et ne se heurtent à aucune contestation sérieuse. En raison du caractère subsidiaire du référé régi par l'article L. 521-3 du code de justice administrative, le juge saisi sur ce fondement ne peut prescrire les mesures qui lui sont demandées lorsque leurs effets pourraient être obtenus par les procédures de référé régies par les articles L. 521-1 et L 521-2 du même code. Enfin, il ne saurait faire obstacle à l'exécution d'une décision administrative, même celle refusant la mesure demandée, à moins qu'il ne s'agisse de prévenir un péril grave.
4. En premier lieu, la mesure demandée, qui n'a pas pour objet de prévenir un péril grave, fait obstacle à l'exécution de la décision du 12 juillet 2021 par laquelle la directrice des ressources humaines adjointe du centre hospitalier régional d'Orléans rappelait à la requérante les modalités d'aménagement de son poste mises déjà en œuvre, consistant en la concentration des tâches dites de " back office " afin de limiter au maximum les interactions avec les usagers, à raison d'une durée variant de 30 minutes à une heure par jour, et refusant de procéder à un nouvel aménagement ou à une nouvelle affectation.
5. En second lieu, il ne résulte pas de l'instruction que les mesures demandées par Mme A revêtent un caractère provisoire au sens de l'article L. 511-1 du code de justice administrative.
6. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur la condition d'urgence, que la requête présentée par Mme B doit être rejetée, y compris les conclusions présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A B et au centre hospitalier régional d'Orléans.
Fait à Orléans le 30 mai 2023.
Le juge des référés,
Jean-Luc C
La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.