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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2302487

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2302487

jeudi 27 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2302487
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantLE SQUER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 27 juin 2023, et un mémoire enregistré le 5 avril 2024, non communiqué, Mme A B, représentée par Me Le Squer, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 16 janvier 2023 par lequel la préfète du Loiret a rejeté sa demande de renouvellement de titre de séjour et l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai d'un mois ainsi que la décision du 17 avril 2023 portant rejet de son recours gracieux ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Loiret de procéder au réexamen de sa situation ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est insuffisamment motivée ;

- il est entaché d'une erreur d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 233-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la décision fixant le pays de destination est insuffisamment motivée et entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation ;

- elle est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

Par une ordonnance du 18 mars 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 8 avril 2024.

Un mémoire en défense, présenté par la préfète du Loiret, a été enregistré le 31 mai 2024 et non communiqué.

Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 5 juin 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Pajot,

- et les observations de Me Le Squer, représentant Mme B.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, de nationalité marocaine, née le 20 avril 1988, est entrée sur le territoire italien avec ses trois enfants dans le cadre d'un regroupement familial pour rejoindre son époux en 2019. Elle est entrée sur le territoire français en 2021 munie d'un titre de séjour italien. Le 4 mars 2022, elle a déposé une demande de titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 233-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 16 janvier 2023, la préfète du Loiret a rejeté sa demande et l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai d'un mois. Par un courrier du 13 février 2023, elle a formé un recours gracieux à l'encontre de cet arrêté qui a été rejeté par une décision de la préfète du Loiret du 17 avril 2023.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué du 16 janvier 2023 vise les dispositions applicables et mentionne les éléments de fait propres à la situation de la requérante. Ainsi, l'obligation de quitter le territoire est suffisamment motivée au regard de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 233-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les citoyens de l'Union européenne ont le droit de séjourner en France pour une durée supérieure à trois mois s'ils satisfont à l'une des conditions suivantes : 1° Ils exercent une activité professionnelle en France ; 2° Ils disposent pour eux et pour leurs membres de famille de ressources suffisantes afin de ne pas devenir une charge pour le système d'assistance sociale, ainsi que d'une assurance maladie ; 3° Ils sont inscrits dans un établissement fonctionnant conformément aux dispositions législatives et réglementaires en vigueur pour y suivre à titre principal des études ou, dans ce cadre, une formation professionnelle, et garantissent disposer d'une assurance maladie ainsi que de ressources suffisantes pour eux et pour leurs conjoints ou descendants directs à charge qui les accompagnent ou les rejoignent, afin de ne pas devenir une charge pour le système d'assistance sociale ; 4° Ils sont membres de famille accompagnant ou rejoignant un citoyen de l'Union européenne qui satisfait aux conditions énoncées aux 1° ou 2° ; 5° Ils sont le conjoint ou le descendant direct à charge accompagnant ou rejoignant un citoyen de l'Union européenne qui satisfait aux conditions énoncées au 3°. " Aux termes de l'article L. 233-2 du même code : " Les ressortissants de pays tiers, membres de famille d'un citoyen de l'Union européenne satisfaisant aux conditions énoncées aux 1° ou 2° de l'article L. 233-1, ont le droit de séjourner sur le territoire français pour une durée supérieure à trois mois. Il en va de même pour les ressortissants de pays tiers, conjoints ou descendants directs à charge accompagnant ou rejoignant un citoyen de l'Union européenne satisfaisant aux conditions énoncées au 3° de l'article L. 233-1. "

4. Mme B soutient que la décision est entachée d'une erreur d'appréciation en ce que la préfète n'a pas pris en compte sa situation personnelle. Toutefois, si la requérante soutient qu'elle est titulaire d'un titre de séjour italien valable jusqu'en 2027, que son mari et ses enfants, de nationalité italienne, résident régulièrement sur le territoire français, que son époux travaille et qu'ils disposent d'un logement social, elle ne conteste pas utilement, ni par ces allégations ni par les pièces qu'elle produits, les termes de l'arrêté indiquant que son époux, ressortissant de l'Union européenne, ne satisfait pas aux conditions énoncées à l'article L. 233-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile s'agissant notamment de l'exercice d'une activité professionnelle en France. Dans ces circonstances, la requérante n'est pas fondée à invoquer la méconnaissance des dispositions qui précèdent par le refus de titre de séjour ni à soutenir que la décision portant obligation de quitter le territoire français serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation. Le moyen doit dès lors être écarté.

5. En troisième lieu, si la requérante soulève un moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il ressort des pièces du dossier que Mme B n'a pas déposé de demande de titre de séjour sur le fondement de ces dispositions. Par suite, le moyen doit être écarté comme inopérant.

6. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

7. En se prévalant de ces stipulations, la requérante fait valoir qu'elle réside sur le territoire français depuis 2021 avec son époux et ses enfants, de nationalité italienne, scolarisés en France, produit des bulletins de paie au nom de son époux. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que la requérante est titulaire d'un titre de séjour italien valable jusqu'au 29 juin 2027 et que son époux et ses enfants, de nationalité italienne, ont vocation à résider sur ce territoire et non en France. Ainsi, même si sa famille réside en France, la mesure d'éloignement ne fera pas obstacle à poursuite de la vie familiale en Italie. Dans ces conditions, l'arrêté attaqué ne porte pas une atteinte disproportionnée au droit au respect de sa vie privée et familiale.

8. En cinquième lieu, aux termes du premier paragraphe de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " 1. Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.

9. Si Mme B produit des certificats de scolarité de ses enfants, il résulte, en tout état de cause, de ce qui a été dit plus haut que la mesure d'éloignement ne fera pas obstacle à ce que la vie de famille et la scolarité de ses enfants se poursuivent en Italie où tous les membres de la famille sont légalement admissibles. La décision attaquée ne saurait dès lors porter atteinte à l'intérêt supérieur de l'enfant.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

10. En premier lieu, la décision rappelle les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, les conditions de séjour de Mme B ainsi que sa situation familiale. La décision est, par suite, suffisamment motivée et n'est pas non plus entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation.

11. En dernier lieu, il résulte de ce qui a été exposé précédemment que la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas entachée d'illégalité. Par suite, le moyen tiré de l'exception d'illégalité doit être écarté.

12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fins d'annulation présentées par Mme B doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, celles présentées à fins d'injonction et sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et à la préfète du Loiret.

Délibéré après l'audience du 6 juin 2024, à laquelle siégeaient :

M. Lacassagne, président,

Mme Pajot, conseillère,

M. Gasnier, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 juin 2024.

La rapporteure,

Anne-Laure PAJOT

Le président,

Denis LACASSAGNELa greffière,

Marie-Josée PRECOPE

La République mande et ordonne à la préfète du Loiret en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement

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