jeudi 20 juillet 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Orléans |
| Section | Tribunal Administratif d'Orléans |
| N° Dossier | TA45-2302841 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | TOURNAN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés le 12 juillet 2023 et le 17 juillet 2023, M. C D A, représenté par Me Tournan, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 10 juillet 2023, par lequel la préfète d'Eure-et-Loir a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai et a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement ;
2°) d'annuler l'arrêté du 10 juillet 2023, par lequel la préfète d'Eure-et-Loir l'a assigné à résidence dans le département d'Eure-et-Loir pour une durée de quarante-cinq jours ;
3°) d'enjoindre à la préfète d'Eure-et-Loir de lui restituer son passeport :
4°) d'enjoindre à la préfète d'Eure-et-Loir, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " salarié " ou à défaut " vie privée et familiale " et ce dans un délai d'un mois ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation et dans cette attente de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;
5°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 900 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
En ce qui concerne l'arrêté portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire pris dans son ensemble :
- l'arrêté est insuffisamment motivé en méconnaissance des dispositions de l'article 1er de la loi n° 79-587 du 11 juillet 1979 ;
- l'arrêté est entaché d'erreur de fait en ce qu'il énonce qu'il perçoit un salaire inférieur au SMIC ;
- l'arrêté est entaché d'une erreur de droit, la préfète s'étant cru à tort liée par l'avis négatif émis par le service de la main d'œuvre étrangère ;
- l'arrêté est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
- la décision a été prise à l'issue d'une procédure non contradictoire en méconnaissance des dispositions de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration ;
En ce qui concerne la décision refusant un délai de départ volontaire :
- la décision est insuffisamment motivée en méconnaissance des dispositions de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la décision est entachée d'une erreur de fait en ce qu'elle énonce qu'il s'est déjà soustrait à une précédente mesure d'éloignement alors que les deux obligations de quitter le territoire français précédemment prononcées à son encontre ont été annulées par le tribunal administratif ;
- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
En ce qui concerne l'arrêté portant assignation à résidence :
- la décision est illégale du fait de l'illégalité de la décision lui refusant un délai de départ volontaire conformément aux dispositions de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'il justifie d'une résidence effective, qu'il ne s'est pas soustrait à une précédente obligation de quitter le territoire et qu'il n'est pas démontré que son éloignement constituerait une perspective raisonnable ;
- la décision qui lui impose de se présenter au commissariat de police de Dreux est injustifiée dès lors qu'il existe un commissariat de police à Vernouillet, au lieu de sa résidence ;
En ce qui concerne la décision portant rétention du passeport :
- l'arrêté est illégal du fait de l'illégalité de la décision lui refusant un délai de départ volontaire et de la décision portant assignation à résidence ;
- l'arrêté qui a été pris à un moment où il bénéficiait encore d'une autorisation provisoire de séjour est illégal au regard des dispositions de l'article L. 814-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- l'arrêté est injustifié dès lors qu'il a toujours déféré aux convocations de la préfecture, qu'il bénéficie d'une résidence effective et que cette mesure le prive de toute possibilité de départ volontaire.
Par un mémoire enregistré le 17 juillet 2023, la préfète d'Eure-et-Loir conclut au rejet de la requête.
Elle soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. B pour statuer sur les recours dirigés contre les décisions visées à l'article R. 776-1 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. B,
- et les observations de Me Tournan, représentant M. A.
Considérant ce qui suit :
1. M. C D A, ressortissant égyptien né le 1er août 1996, est entré irrégulièrement en France en février 2014. Le 28 avril 2021, il a présenté une demande d'admission exceptionnelle au séjour en qualité de salarié sur le fondement des dispositions de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile devenu L. 435-1 du même code à compter du 1er mai 2021. Par un arrêté du 10 juillet 2023 notifié le 11 juillet 2023, la préfète d'Eure-et-Loir a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai et a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement. Par un second arrêté du 10 juillet 2023 également notifié le 11 juillet 2023, cette même autorité a assigné M. A à résidence dans le département d'Eure-et-Loir pour une durée de quarante-cinq jours et lui a fait obligation de se présenter chaque lundi, mardi, mercredi et jeudi à 9h30 au commissariat de police de Dreux. Puis, par une décision du 11 juillet 2023, la préfète d'Eure-et-Loir a procédé à la rétention du passeport de M. A en échange d'un récépissé valant justification d'identité. M. A demande l'annulation de ces deux arrêtés, ainsi que de la décision du 11 juillet 2023.
Sur l'étendue du litige :
2. Ainsi qu'il a été dit au point 1, M. A a fait l'objet d'une mesure d'assignation à résidence sur le fondement de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. En application des dispositions des articles L. 614-7 à L. 614-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article R. 776-17 du code de justice administrative, il appartient au magistrat désigné par le président du tribunal administratif de statuer sur les conclusions dirigées contre les décisions portant obligation de quitter le territoire français, fixant le pays de destination, refusant un délai de départ volontaire, portant assignation à résidence et rétention de son passeport. La formation collégiale du tribunal reste saisie des conclusions de la requête de M. A tendant à l'annulation de la décision portant refus de titre de séjour et des conclusions accessoires à celles-ci ainsi que de celles relatives au frais de l'instance.
Sur le surplus des conclusions à fin d'annulation :
3. Aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 () ".
4. Il ressort des pièces du dossier que M. A, entré en France à l'âge de dix-sept ans et présent sur ce territoire depuis près de dix ans à la date de l'arrêté attaqué, y justifie d'une particulière insertion professionnelle, dès lors qu'après avoir travaillé en qualité d'ouvrier du bâtiment en vertu de plusieurs contrats à durée indéterminée successifs débutés en 2016, il exerce depuis le 1er août 2020 un emploi de menuisier ébéniste, dans le cadre d'un nouveau contrat à durée indéterminée pour une rémunération strictement supérieure au SMIC proche de 2 000 euros net par mois depuis août 2022. Dès lors, quand bien même le service de la main d'œuvre étrangère a rendu un avis défavorable sur la demande d'autorisation de travail présentée par l'employeur de M. A et alors même que l'intéressé ne serait pas dépourvu d'attaches dans son pays d'origine où résident encore ses parents et deux de ses frères et sœurs, au regard de l'ancienneté de sa présence en France et de sa parfaite intégration professionnelle au surplus dans le cadre d'exercice d'un emploi relevant de la liste des métiers en tension au sein de la région Centre Val-de-la-Loire, en estimant que ces circonstances ne justifiaient pas la délivrance d'un titre de séjour à titre de mesure de régularisation, la préfète d'Eure-et-Loir a commis une erreur manifeste d'appréciation.
5. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que M. A est fondé à demander l'annulation, par la voie de l'exception, de la décision contenue dans l'arrêté du 10 juillet 2023, par laquelle la préfète d'Eure-et-Loir l'a obligé à quitter le territoire français. Par voie de conséquence, la décision lui refusant un délai de départ volontaire et celle fixant le pays de destination de cette mesure d'éloignement contenues dans le même acte, l'arrêté du 10 juillet 2023 l'assignant à résidence, ainsi que la décision du 11 juillet 2023 procédant à la rétention de son passeport, qui se trouvent privées de base légale, doivent également être annulées.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
6. Aux termes de l'article L. 911-2 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne à nouveau une décision après une nouvelle instruction, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision juridictionnelle, que cette nouvelle décision doit intervenir dans un délai déterminé. / La juridiction peut également prescrire d'office l'intervention de cette nouvelle décision ". Aux termes de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si la décision portant obligation de quitter le territoire français est annulée, il est immédiatement mis fin aux mesures de surveillance prévues aux articles L. 721-6, L. 721-7, L. 731-1, L. 731-3, L. 741-1 et L. 743-13, et l'étranger est muni d'une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce que l'autorité administrative ait à nouveau statué sur son cas ".
7. L'exécution du présent jugement, compte tenu des dispositions précitées de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, implique seulement qu'il soit enjoint à la préfète d'Eure-et-Loir, de délivrer à M. A une autorisation provisoire de séjour et de réexaminer sa situation dans un délai de deux mois.
D E C I D E :
Article 1er : Les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A à l'encontre de la décision lui refusant un titre de séjour contenue dans l'arrêté de la préfète d'Eure-et-Loir du 10 juillet 2023, les conclusions à fin d'injonction qui s'y rattachent et celles présentées au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont renvoyées devant la formation collégiale de ce tribunal.
Article 2 : L'arrêté de la préfète d'Eure-et-Loir du 10 juillet 2023 est annulé en tant qu'il fait obligation à M. A de quitter le territoire français sans délai et fixe le pays de destination de cette mesure d'éloignement.
Article 3 : L'arrêté de la préfète d'Eure-et-Loir du 10 juillet 2023 portant assignation à résidence est annulé.
Article 4 : La décision de la préfète d'Eure-et-Loir du 11 juillet 2023 procédant à la rétention du passeport de M. A est annulée.
Article 5 : Il est enjoint à la préfète d'Eure-et-Loir de délivrer à M. A une autorisation provisoire de séjour et de réexaminer sa situation dans un délai de deux mois à compter de la notification de ce jugement.
Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. C D A et à la préfète d'Eure-et-Loir.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 juillet 2023.
Le magistrat désigné,
Emmanuel B
Le greffier,
Roger MBELANI
La République mande et ordonne à la préfète d'Eure-et-Loir en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026