jeudi 8 février 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Orléans |
| Section | Tribunal Administratif d'Orléans |
| N° Dossier | TA45-2400446 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | MARIETTE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 2 février 2024 et un mémoire enregistré le 6 février 2024, M. B C, représenté par Me Mariette, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du préfet d'Eure-et-Loir en date du 1er février 2024 décidant son assignation à résidence dans le département d'Eure-et-Loir pour une durée de 45 jours, obligation de pointage et interdiction de sortir du département d'Eure-et-Loir sans autorisation ;
2°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire et de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil au titre des articles L.761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient, dans le dernier état de ses écritures, que :
- ressortissant ivoirien, il est entré en France en février 2019 et y demeure depuis ; il vit en concubinage depuis le 10 janvier 2023 avec une ressortissante française et est le père d'un enfant français, Mohamed Yoan né le 15 novembre 2023 ; il s'occupe de son enfant avec qui il vit depuis sa naissance et contribue tant à son entretien qu'à son éducation ; il était en train de préparer son dossier de demande de carte de séjour " parent d'enfant français " avec l'aide du " Collectif pour l'Accueil des Exilés et la régularisation des Sans Papiers " mais n'a matériellement pas eu le temps de l'envoyer car le 21 décembre 2023, il a fait l'objet d'une vérification de son droit au séjour et une obligation de quitter le territoire a été prise à son encontre ; il a présenté une requête à l'encontre de cet arrêté ; l'audience devant le tribunal s'est tenue le 30 janvier 2024 et la décision sera rendue le 14 février prochain ; le 1er février 2024, il a fait l'objet d'une nouvelle vérification de son droit au séjour et s'est vu notifier l'arrêté en litige ;
- la compétence de l'auteur de l'arrêté n'est pas établie ;
- le préfet n'a pas procédé à un examen approfondi de sa situation personnelle ;
- l'arrêté est entaché d'erreur manifeste d'appréciation car il remplit les conditions posées par les dispositions de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers pour la délivrance de plein droit d'un titre de séjour dès lors qu'il est père d'un enfant français et justifie contribuer effectivement à son entretien et à son éducation ;
- il est également entaché d'erreur manifeste d'appréciation quant à l'existence d'une perspective raisonnable d'éloignement ;
- le préfet qui n'établit aucunement un risque de fuite justifiant une telle mesure ne démontre pas en quoi la mesure est justifiée et proportionnée ;
- l'arrêté repose sur un arrêté portant obligation de quitter le territoire en date du 21 décembre 2023 contre lequel un recours enregistré sous le n° 2305211 a été déposé devant le Tribunal administratif d'Orléans qui à ce jour n'a pas encore rendu sa décision sur la légalité dudit recours et l'obligation de quitter le territoire est donc suspendue pendant la durée de la procédure et, conséquemment, le délai de départ volontaire n'a pas expiré ; en conséquence, l'obligation de quitter le territoire du 21 décembre 2023 ne peut servir de fondement à la décision d'assignation à résidence du 1er février 2024 ;
- la décision portant obligation de pointage est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant assignation à résidence.
Par un mémoire en défense, enregistré le 6 février 2024, le préfet d'Eure-et-Loir conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Lefebvre-Soppelsa pour statuer sur les recours dirigés contre les décisions visées à l'article R. 776-1 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme Lefebvre-Soppelsa.
Les parties n'étant ni présentes, ni représentées.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
Sur la demande d'admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle :
1. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 sur l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président () ". Eu égard aux circonstances de l'espèce, et alors qu'il ressort des pièces du dossier que le requérant a présenté une demande auprès du bureau d'aide juridictionnelle le 2 février 2024, il y a lieu d'admettre le requérant au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Sur le surplus des conclusions :
2. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par M. Yann Gérard, secrétaire général de la préfecture d'Eure-et-Loir. Par arrêté n° 62-2023 du 4 septembre 2023, publié au recueil des actes administratifs du mois de septembre 2023 de la préfecture dans la rubrique " Recueil des actes administratifs " et mis en ligne sur le site de la préfecture, le préfet d'Eure-et-Loir a donné délégation de signature à M. A à l'effet de signer notamment " tous arrêtés, décisions () relevant des attributions de l'Etat dans le département d'Eure et Loir ", à l'exception de certains actes au nombre desquels ne figurent pas l'arrêté attaqué. Dès lors que l'arrêté du 4 septembre 2023, qui constitue un acte réglementaire, a été régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture d'Eure-et-Loir, l'administration n'a pas à produire cet arrêté que le tribunal n'a pas davantage l'obligation de communiquer au requérant. Cette délégation de signature n'est pas générale et mentionne le nom du délégataire. Il suit de là que le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté.
3. En deuxième lieu, il ne ressort ni de la motivation de l'arrêté en litige ni d'aucune pièce du dossier que le préfet n'a pas procédé à un examen particulier de la situation du requérant.
4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : / 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins d'un an auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé () ". Il résulte de ces dispositions que le préfet peut prendre, à l'encontre d'un étranger qui fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français sans délai ou si le délai de départ volontaire qui lui a été accordé est expiré et qui présente des garanties propres à prévenir le risque de soustraction à l'exécution de cette mesure d'éloignement, une mesure d'assignation à résidence.
5. D'une part, si les dispositions de l'article L. 722-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoient que la saisine du tribunal administratif contre une obligation de quitter le territoire français interdit l'exécution d'office de cette mesure avant que le tribunal n'ait statué, ces dispositions ne font pas obstacle, dès lors que le délai de départ volontaire est expiré ou qu'aucun délai n'a été accordé, à ce que le préfet prenne une décision d'assignation à résidence lorsqu'un recours a été formé devant le tribunal administratif contre le refus de séjour et l'obligation de quitter le territoire français et que ce recours n'a pas encore été jugé.
6. D'autre part, si le requérant soutient que l'arrêté en litige est entaché d'erreur manifeste d'appréciation quant à l'existence d'une perspective raisonnable d'éloignement, il n'apporte au soutien de ce moyen aucun élément de nature à permettre au juge d'en apprécier le bien-fondé.
7. Enfin, alors que le préfet soutient sans contredit que le requérant qui a fait l'objet d'un précédent arrêté en date du 30 septembre 2022 portant obligation de quitter le territoire s'est soustrait à l'exécution de cette précédente mesure d'éloignement, il ne ressort pas des pièces du dossier que la mesure en litige portant assignation à résidence du requérant, qui justifie résider avec sa compagne, de nationalité française, et leur enfant commun et par suite, présente des garanties de représentation, ne serait pas justifiée.
8. En dernier lieu, si l'arrêté litigieux lui fait interdiction de sortir du département d'Eure-et-Loir sans autorisation et lui impose une obligation de pointage du lundi au vendredi, le requérant ne fait état d'aucune contrainte particulière de nature à l'empêcher de satisfaire à ces obligations. Par suite, le moyen tiré de ce que les modalités d'application de cette assignation à résidence seraient disproportionnées doit être écarté.
9. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions présentées au titre des articles L.761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : M. B C est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B C est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B C, au préfet d'Eure-et-Loir et à Me Mariette.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 février 2024.
La magistrate désignée,
Anne LEFEBVRE-SOPPELSA
La greffière,
Nathalie ARCHENAULTY
La République mande et ordonne au préfet d'Eure-et-Loir, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026