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AccueilJurisprudence administrativeN° TA51-2202917

Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne — Décision N° TA51-2202917

mardi 28 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
SectionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
N° DossierTA51-2202917
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantWIEDEMANN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 14 décembre 2022 et 15 février 2023, M. D A B, représenté par Me Séverine Pierrot, demande au tribunal :

1°) à titre principal, d'annuler, pour excès de pouvoir, l'arrêté du 10 novembre 2022 par lequel le préfet de l'Aube lui a refusé le séjour, l'a obligé à quitter le territoire et l'a interdit de retour sur le territoire français pendant une durée de deux ans ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Aube de lui délivrer une carte de séjour portant la mention " salarié " dans le délai d'un mois suivant le jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) à titre subsidiaire, d'annuler, pour excès de pouvoir, l'obligation de quitter le territoire français prise le 10 novembre 2022 par le préfet de l'Aube ;

4°) d'enjoindre au préfet de l'Aube de réexaminer sa situation dans le délai d'un mois suivant la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

5°) à titre infiniment subsidiaire, d'annuler, pour excès de pouvoir, l'interdiction de retour sur le territoire français, en date du 10 novembre 2022, pour une durée de deux ans, ainsi que le signalement aux fins de non admission dans le système d'information Schengen ;

6°) que le versement d'une somme de 1 500 euros soit mis à la charge de l'Etat au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision refusant un titre de de séjour est insuffisamment motivée ;

- elle méconnait l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; le préfet a commis une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation au regard de ces dispositions;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle ;

- elle méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle sera annulée par suite de l'annulation de la décision de refus de titre de séjour ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste de l'appréciation de sa situation personnelle ;

- elle a été prise en méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision lui interdisant le retour pendant une durée de deux ans est insuffisamment motivée ;

- elle sera annulée au raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste de l'appréciation de sa situation personnelle ;

- elle a été prise en méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire enregistré le 27 janvier 2023 le préfet de l'Aube conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens invoqués par M. A B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de M. Olivier Nizet, président.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, de nationalité marocaine, est entré en France le 8 septembre 2018, sous couvert d'un visa long séjour portant la mention " conjoint de français " valable jusqu'au 25 août 2019. S'étant séparé de son épouse, il a sollicité le 25 novembre 2019 la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " salarié ". Le préfet de l'Aube a rejeté cette demande le 21 septembre 2020, en assortissant ce rejet d'une obligation à quitter le territoire. Les recours formés à l'encontre de cet arrêté par M. A B ont été rejetés tant pas le tribunal de céans que par la cour administrative d'appel de Nancy. S'étant maintenu sur le territoire français M. A B a demandé son admission exceptionnelle au séjour au titre du travail. Par le présent recours il sollicite l'annulation de l'arrêté du 10 novembre 2022 par lequel le préfet de l'Aube a rejeté sa demande.

Sur les conclusions tendant à l'annulation de la décision refusant le séjour :

2. La décision en litige indique les éléments de fait et les textes sur lesquels le préfet s'est fondé pour l'arrêter. Le moyen tiré de l'insuffisante motivation de cette décision doit par suite être écarté.

3. Aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger ne vivant pas en état de polygamie dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "salarié", "travailleur temporaire" ou "vie privée et familiale", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1() ".

4. Portant sur la délivrance des catégories de cartes de séjour temporaires prévues par les dispositions auxquelles il renvoie, l'article L. 435-1 n'institue pas une catégorie de titres de séjour distincte, mais est relatif aux conditions dans lesquelles les étrangers peuvent être admis à séjourner en France, soit au titre de la vie privée et familiale, soit au titre d'une activité salariée. Dès lors que l'article 3 de l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 prévoit la délivrance de titres de séjour au titre d'une activité salariée, un ressortissant marocain souhaitant obtenir un titre de séjour au titre d'une telle activité ne peut utilement invoquer les dispositions de l'article L. 435-1 à l'appui d'une demande d'admission au séjour sur le territoire national. Il suit de là, alors que le préfet n'a pas au titre de son pouvoir de régularisation examiné la situation du requérant au titre de ces dispositions, que le requérant n'est, par suite, pas fondé à soutenir qu'elles auraient été méconnues.

5. Si M. A B réside en France depuis septembre 2018, il est célibataire et sans enfant, a vécu la majorité de sa vie dans son pays d'origine vis-à-vis duquel il n'établit pas ne plus avoir de liens familiaux. Enfin la durée de son séjour en France a été principalement acquise en méconnaissance d'une première mesure d'éloignement. Dans ces conditions la décision par laquelle le préfet de l'Aube a refusé de lui délivrer un titre de séjour n'a pas porté au droit de l'intéressé au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels cette décision a été prise. Par suite, le moyen tiré de la violation des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

6. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de la requête tendant à l'annulation de la décision de refus de séjour ne peuvent être qu'écartées.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

7. Les conclusions de la requête tendant à l'annulation de la décision de refus de séjour ayant été rejetées, M. A B n'est pas fondé à soutenir que la décision susvisée serait illégale en conséquence de l'illégalité de la décision lui refusant le séjour.

8. Par les mêmes motifs que ceux retenus au point 2, le moyen tiré du défaut de motivation ne peut être qu'écarté.

9. Par les mêmes motifs que ceux retenus au point 5, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne peut être qu'écarté.

10. Il ne ressort pas des pièces du dossier qu'en obligeant M. A B à quitter le territoire le préfet de l'Aube aurait entaché sa décision d'une erreur manifeste de l'appréciation de la situation de l'intéressé.

11. Il résulte de ce qui précède que les conclusions tendant à l'annulation de l'obligation de quitter le territoire français doivent être rejetées.

Sur la décision d'interdiction de retour sur le territoire français.

12. La décision attaquée comporte les considérations de droit et de fait sur lesquelles elle se fonde et est ainsi suffisamment motivée.

13. Aux termes des dispositions de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". En vertu des dispositions de l'article L. 612-10 du même code, pour l'édiction et la durée de l'interdiction mentionnée à l'article L. 612-8, l'autorité administrative doit tenir compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français.

14. Compte tenu de la durée de la présence en France de M. A B, de son absence de lien sur le territoire et de sa soustraction à une précédente mesure d'éloignement, le préfet de l'Aube n'a pas fait une inexacte application des dispositions des articles L. 612-8 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en prenant à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de vingt-quatre mois.

15. Pour les mêmes motifs que ceux invoqués au point 5, la décision attaquée ne méconnaît pas les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

16. Il résulte de ce qui précède que les conclusions susvisées de la requête ne peuvent qu'être écartées.

17. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. A B ne peut être que rejetée, y compris en ses conclusions d'injonction et présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

DÉCIDE :

Article 1er : La requête de M. A B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de l'Aube.

Délibéré après l'audience du 14 mars 2023, à laquelle siégeaient :

M. Olivier Nizet, président,

Mme Anne-Cécile Castellani, première conseillère,

M. Clemmy Friedrich, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 mars 2023.

L'assesseur le plus ancien

dans l'ordre du tableau,

Signé

A.C. CASTELLANI

Le président-rapporteur,

Signé

O. NIZETLa greffière,

Signé

I.DELABORDE

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