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AccueilJurisprudence administrativeN° TA51-2302621

Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne — Décision N° TA51-2302621

jeudi 22 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
SectionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
N° DossierTA51-2302621
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantSELARL MAINNEVRET-MALBLANC

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 14 novembre 2023, M. B A, représenté par Me Mainnevret, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 2 octobre 2023 par lequel la préfète de l'Aube lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre à la préfète de l'Aube de lui délivrer un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ou, à titre subsidiaire, de l'article L. 423-23 du même code ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros, à verser à son conseil, au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Il soutient que :

- la décision portant refus de séjour méconnaît les dispositions de l'article 47 du code civil, de l'article 1er du décret n° 2015-1740 du 24 décembre 2015 relatif aux modalités de vérification d'un acte de l'état civil étranger et de l'article R. 431-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que les circulaires du 28 novembre 2012 et du 25 janvier 2016 ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 412-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision portant refus de séjour ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense et des pièces, enregistrés les 23 novembre 2023 et 21 décembre 2023, la préfète de l'Aube conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du 24 novembre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code civil ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- la loi n° 2019-222 du 23 mars 2019 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Torrente, premier conseiller, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant guinéen né le 14 mars 2004, est entré en France le 7 octobre 2018 selon ses déclarations et a été placé auprès des services de l'aide sociale à l'enfance par ordonnance de placement provisoire du 8 janvier 2019 puis par un jugement du tribunal pour enfants du 21 février 2019. Le 30 mars 2022, l'intéressé a sollicité son admission au séjour sur le fondement de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 2 octobre 2023, dont M. A demande l'annulation, la préfète de l'Aube a rejeté sa demande, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

Sur la décision portant refus de séjour :

2. Aux termes de l'article L. 412-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La circonstance que la présence d'un étranger en France constitue une menace pour l'ordre public fait obstacle à la délivrance et au renouvellement de la carte de séjour temporaire, de la carte de séjour pluriannuelle et de l'autorisation provisoire de séjour prévue aux articles L. 425-4 ou L. 425-10 ainsi qu'à la délivrance de la carte de résident et de la carte de résident portant la mention " résident de longue durée-UE ". ".

3. Il ressort des pièces du dossier que la préfète de l'Aube a estimé que la présence de l'intéressé sur le territoire français constituait une menace pour l'ordre public en raison de la présentation de documents falsifiés et de son interpellation le 24 septembre 2021 par les services de police pour des faits de vol à l'étalage. Toutefois, ces seules circonstances, compte tenu de leur nature et, pour les faits de vol, de leur ancienneté, ne sauraient suffire à considérer que la présence du requérant sur le territoire français est de nature à constituer une menace pour l'ordre public. Dans ces conditions, M. A est fondé à soutenir qu'en rejetant sa demande de titre de séjour pour ce motif tiré de la menace pour l'ordre public, la préfète de l'Aube a entaché sa décision d'erreur d'appréciation.

4. Toutefois, il résulte des termes de l'arrêté contesté que la préfète de l'Aube s'est fondée sur trois autres motifs pour refuser de délivrer le titre de séjour sollicité par l'intéressé.

5. En premier lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 811-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La vérification de tout acte d'état civil étranger est effectuée dans les conditions définies par l'article 47 du code civil. ". Aux termes de l'article 47 du code civil : " Tout acte de l'état civil des Français et des étrangers fait en pays étranger et rédigé dans les formes usitées dans ce pays fait foi, sauf si d'autres actes ou pièces détenus, des données extérieures ou des éléments tirés de l'acte lui-même établissent, le cas échéant après toutes vérifications utiles, que cet acte est irrégulier, falsifié ou que les faits qui y sont déclarés ne correspondent pas à la réalité. Celle-ci est appréciée au regard de la loi française. ". Aux termes des dispositions de l'article R. 431-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui demande la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour présente à l'appui de sa demande : / 1° Les documents justifiants de son état civil ; / 2° Les documents justifiants de sa nationalité ; () ".

6. D'autre part, aux termes du II de l'article 16 de la loi du 23 mars 2019 de programmation 2018-2022 et de réforme pour la justice, dans sa rédaction applicable à la date de la décision litigieuse : " La légalisation est la formalité par laquelle est attestée la véracité de la signature, la qualité en laquelle le signataire de l'acte a agi et, le cas échéant, l'identité du sceau ou timbre dont cet acte est revêtu ".

7. Il résulte de ces dispositions que, lorsqu'est produit devant l'administration un acte d'état civil émanant d'une autorité étrangère qui a fait l'objet d'une légalisation, sont en principe attestées la véracité de la signature apposée sur cet acte, la qualité de celui qui l'a dressé et l'identité du sceau ou timbre dont cet acte est revêtu. En cas de doute sur la véracité de la signature, sur l'identité du timbre ou sur la qualité du signataire de la légalisation, il appartient à l'autorité administrative de procéder, sous le contrôle du juge, à toutes vérifications utiles pour s'assurer de la réalité et de l'authenticité de la légalisation. En outre, la légalisation se bornant à attester de la régularité formelle d'un acte, la force probante de celui-ci peut être combattue par tout moyen susceptible d'établir que l'acte en cause est irrégulier, falsifié ou inexact. Par suite, en cas de contestation de la valeur probante d'un acte d'état civil légalisé établi à l'étranger, il revient au juge administratif de former sa conviction en se fondant sur tous les éléments versés au dossier dans le cadre de l'instruction du litige qui lui est soumis.

8. A la condition que l'acte d'état civil étranger soumis à l'obligation de légalisation et produit à titre de preuve devant l'autorité administrative ou devant le juge présente des garanties suffisantes d'authenticité, l'absence ou l'irrégularité de sa légalisation ne fait pas obstacle à ce que puissent être prises en considération les énonciations qu'il contient. En particulier, lorsqu'elle est saisie d'une demande d'admission au séjour sur le fondement de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il appartient à l'autorité administrative d'y répondre, sous le contrôle du juge, au vu de tous les éléments disponibles, dont les évaluations des services départementaux et les mesures d'assistance éducative prononcées, le cas échéant, par le juge judiciaire, sans exclure, au motif qu'ils ne seraient pas légalisés dans les formes requises, les actes d'état civil étrangers justifiant de l'identité et de l'âge du demandeur.

9. Enfin, pour juger qu'un acte d'état civil produit devant lui est dépourvu de force probante, qu'il soit irrégulier, falsifié ou inexact, le juge doit se fonder sur tous les éléments versés au dossier dans le cadre de l'instruction du litige qui lui est soumis. Ce faisant, il lui appartient d'apprécier les conséquences à tirer de la production par l'étranger d'une carte consulaire ou d'un passeport dont l'authenticité est établie ou n'est pas contestée, sans qu'une force probante particulière puisse être attribuée ou refusée par principe à de tels documents. L'autorité administrative n'est pas tenue de solliciter nécessairement et systématiquement les autorités d'un autre État afin d'établir qu'un acte d'état civil présenté comme émanant de cet État est dépourvu d'authenticité, en particulier lorsque l'acte est, compte tenu de sa forme et des informations dont elle dispose sur la forme habituelle du document en question, manifestement falsifié.

10. Pour rejeter la demande de M. A, la préfète de l'Aube, se fondant sur les rapports établis par les services de la direction zonale de la police aux frontières Est établis les 30 octobre 2019 et 2 décembre 2022, a estimé que les documents que l'intéressé a produit dans le cadre de sa demande de titre de séjour ne permettaient pas de justifier de son état civil, et notamment de sa date de naissance, en méconnaissance de l'article R. 431-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

11. Il ressort à cet égard des pièces du dossier que le requérant a présenté un acte de naissance n°218, un extrait de jugement supplétif en date du 19 avril 2021, un extrait d'acte de naissance du 11 mai 2021, un extrait du registre de transcription, les actes de décès de ses parents ainsi qu'une copie de la page d'état civil de son passeport guinéen. Le rapport d'analyse documentaire établi le 30 octobre 2019 par les services de la police aux frontières indique que l'acte de naissance n°218 est réalisé sur un support ne permettant pas de vérifier son authenticité, qu'il n'a pas été légalisé par les autorités françaises établies en Guinée, contrairement à ce que prévoit le décret n° 2007-1205 du 10 août 2007, que le cachet humide au recto du document présente un caractère artisanal et contrefait compte tenu des nombreuses irrégularités formelles qu'il comporte, que les armoiries de la république de Guinée figurant en tête du document présentent une forme écrasée et illisible, que les mentions variables renseignées comportent également plusieurs fautes de frappe et des surcharges, notamment dans les noms du maire de la commune et de l'officier d'état civil ayant délivré la copie certifiée conforme de l'acte et qu'il n'existe aucune correspondance entre le numéro attribué à l'acte et le numéro de registre. Le rapport d'analyse documentaire établi le 2 décembre 2022 par les services de la police aux frontières indique que le support utilisé pour l'ensemble des documents présentés par le requérant ne présente aucune garantie d'authenticité, que l'extrait de jugement supplétif n°6257 du 19 avril 2021 n'est pas accompagné de l'acte de naissance intégral qui en découle, qu'il ne s'agit que d'un extrait ne faisant pas apparaître les diverses investigations effectuées par le tribunal pour établir l'état civil de l'intéressé, que la filiation complète n'est pas présente en l'absence de mention de la date de naissance, du lieu de naissance et de la nationalité des parents, que la mention manuscrite du numéro de jugement est incohérente s'agissant d'un document informatisé, que le jugement a été établi sur le seul témoignage de deux témoins dont les identités et adresses sont succinctes avec un délai d'investigation court et que le cachet de l'officier d'état civil au dos du document est incohérent dès lors que le numéro du jugement ne devrait pas correspondre à celui de l'acte de transcription et que la date de transcription ne correspond pas à celle se trouvant sur l'extrait du registre de transcription. S'agissant de l'extrait du registre de transcription, ce rapport relève qu'il ne s'agit pas d'un acte de naissance dès lors que celui-ci ne comporte pas l'intégralité des mentions prévues à l'article 196 du code civil guinéen, que sa présentation générale est sujette à caution, qu'il est incohérent qu'un document informatisé laisse un espace pour une mention manuscrite du numéro d'acte qui n'est d'ailleurs pas renseigné et que les dates de transcription mentionnées dans le registre de la commune et le jugement supplétif ne correspondent pas. S'agissant de la copie intégrale d'acte de naissance du 8 février 2022, ce rapport indique que ce document découlerait d'une naissance déclarée dans les temps alors qu'un jugement supplétif a été prononcé au nom du requérant, que l'officier d'état civil qui a rédigé cet acte est le même que celui qui a rédigé l'extrait du registre de transcription et qui a placé son tampon au verso du jugement supplétif, que l'ensemble des informations mentionnées sur cet acte n'apparaît ni dans le jugement supplétif ni dans l'extrait du registre d'état civil, que les informations contenues dans ce document sont lacunaires, notamment quant à la filiation complète de l'intéressé qui fait défaut. Le rapport relève, en outre, que l'extrait d'acte de naissance n°543 du 29 mars 2004 est irrégulier dans la mesure où il ne fait pas apparaître de déclarants dans les rubriques prévues à cet effet ni aucune légalisation au verso alors que le cachet humide de la cour d'appel de Conakry apparaissant en haut du document tend à prouver que ce document aurait été porté à la connaissance d'une juridiction qui se serait prononcée sans tenir compte des informations de dates, de filiation et de déclaration de naissance dans le délai légal. Par ailleurs, les extraits d'acte de décès des parents de l'intéressé sont irréguliers à défaut de légalisation par les autorités guinéennes alors que le cachet humide de la cour d'appel de Conakry présent sur ces documents tend à démontrer que le tribunal se serait prononcé sans tenir compte du décès des parents du requérant. Les services de la police aux frontières en déduisent que les documents d'état civil produits par l'intéressé sont des faux en écriture publique. Le préfet, qui n'était pas tenu de saisir les autorités guinéennes, a pu sans erreur de droit, se fonder sur ces analyses pour estimer que les documents qui lui ont été présentés étaient falsifiés. Dans ces conditions, et en dépit du fait que la minorité de M. A n'a pas été remise en cause par le juge pour enfants et par les services éducatifs du département de l'Aube, l'intéressé n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté attaqué méconnaît les dispositions de l'article 47 du code civil, de l'article 1er du décret n° 2015-1740 du 24 décembre 2015 relatif aux modalités de vérification d'un acte de l'état civil étranger et de l'article R. 431-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

12. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire ou s'il entre dans les prévisions de l'article L. 421-35, l'étranger qui a été confié au service de l'aide sociale à l'enfance ou à un tiers digne de confiance au plus tard le jour de ses seize ans se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Cette carte est délivrée sous réserve du caractère réel et sérieux du suivi de la formation qui lui a été prescrite, de la nature des liens de l'étranger avec sa famille restée dans son pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil ou du tiers digne de confiance sur son insertion dans la société française. ".

13. Si M. A soutient qu'il était inscrit en certificat d'aptitude professionnelle boucherie dans le cadre de laquelle il était employé en qualité d'apprenti par la société Rif jusqu'en juin 2023, qu'il a été contraint d'arrêter son activité en l'absence de titre de séjour et que cette entreprise souhaite désormais l'embaucher en contrat à durée indéterminée, il est constant que, à la date de la décision de refus de séjour contestée, il ne justifiait plus être inscrit dans une formation. Dans ces conditions, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision de refus de séjour contestée méconnaît les dispositions de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

14. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ".

15. M. A soutient qu'il réside depuis plus de cinq années en France, qu'il a suivi une formation qualifiante en boucherie lui permettant d'exercer un métier, qu'il dispose d'une promesse d'embauche en contrat à durée indéterminée de la part de l'entreprise au sein de laquelle il a effectué son apprentissage, qu'il ne dispose plus d'aucune attache familiale en Guinée où ses parents sont décédés et qu'il a développé d'importantes attaches sociales en France. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que l'intéressé est célibataire et sans enfant. Si le requérant se prévaut du décès de ses parents, il ne l'établit pas en se bornant à produire des extraits d'acte de décès dépourvus de toute valeur probante, compte tenu de ce qui a été dit au point 11. En outre, si l'intéressé se prévaut de son insertion sociale et professionnelle, il ne justifie pas, par les documents qu'il produit, disposer d'un emploi ni même d'une promesse d'embauche alors que l'administration verse au dossier un extrait du traitement des antécédents judiciaires mentionnant des faits de vol et de vol à l'étalage pour lesquels l'intéressé a été interpellé à deux reprises en 2021. Si le requérant soutient qu'il n'a fait l'objet d'aucune condamnation à raison de ces faits, il n'en conteste pas leur matérialité. Dans ces conditions, compte tenu de la durée et des conditions de son séjour en France, l'intéressé n'est pas fondé à soutenir que la décision portant refus de séjour en litige a porté au droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels elle a été prise et, dès lors, que cette décision a été prise en méconnaissance des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

16. Il résulte de l'instruction que la préfète de l'Aube aurait pris la même décision si elle s'était fondée sur les trois seuls motifs mentionnés aux points précédents.

17. M. A, qui ne détient aucun droit à l'exercice par le préfet de son pouvoir de régularisation ne peut utilement se prévaloir des orientations générales contenues dans les circulaires du ministre de l'intérieur du 28 novembre 2012 et du 25 janvier 2016 au soutien de ses conclusions.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

18. En premier lieu, il résulte des motifs qui précèdent que le requérant n'est pas fondé à invoquer, par voie d'exception à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français, l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour.

19. En second lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 15, M. A n'est pas fondé à soutenir que la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Ce moyen doit, par suite, être écarté.

20. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 2 octobre 2023 de la préfète de l'Aube. Sa requête doit ainsi être rejetée, y compris les conclusions à fin d'injonction ainsi que celles présentées sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Romain Mainnevret et à la préfète de l'Aube.

Délibéré après l'audience du 8 février 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Mach, présidente,

M. Torrente, premier conseiller,

M. Rifflard, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 février 2024.

Le rapporteur,

Signé

V. TORRENTELa présidente,

Signé

A-S. MACH

La greffière,

Signé

A. DEFORGE

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