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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2201344

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2201344

jeudi 17 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2201344
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationChambre 3
Avocat requérantDOLLE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 9 mai 2022, M. B A, représenté par Me Dollé, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 17 mars 2022 par laquelle le préfet de Meurthe-et-Moselle a refusé d'instruire sa demande de titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet de Meurthe-et-Moselle d'instruire sa demande de titre de séjour et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail ou, à défaut, de réexaminer sa situation dans un délai déterminé, au besoin sous astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Dollé, avocat de M. A, de la somme de 1 800 euros au titre des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'un vice de forme en ce qu'elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'erreurs de droit dès lors, d'une part, qu'en qualité d'ascendant direct d'enfant français, il peut obtenir de plein droit un certificat de résidence de dix ans, sans que le prononcé d'une obligation de quitter le territoire français, même assortie d'une interdiction de retour sur le territoire français, puisse y faire obstacle et, d'autre part, que le préfet s'est placé à tort en situation de compétence liée.

Par un mémoire en défense, enregistré le 12 août 2022, le préfet de Meurthe-et-Moselle conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés et sollicite une substitution de motifs tirée de l'incomplétude du dossier de M. A.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 29 avril 2022.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

Vu :

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative ;

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Bastian, conseiller,

- les observations de Me Jeannot, substituant Me Dollé, pour M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant algérien, est entré en France le 12 août 2017, sous couvert d'un visa de court séjour. Il a fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, assortie d'une interdiction de retour pour une durée de vingt-quatre mois prononcée le 28 mai 2019. Celle-ci a été exécutée le 6 août 2019. M. A est revenu sur le territoire le 31 décembre 2019. Par des arrêtés du 16 mars 2021, le préfet de Meurthe-et-Moselle a prolongé de deux ans l'interdiction de retour sur le territoire français le visant et l'a assigné à résidence. M. A s'est maintenu sur le territoire français et est devenu père d'une enfant française le 20 octobre 2021. Il a alors sollicité un certificat de résidence sur le fondement des stipulations du 4° de l'article 6 de l'accord franco-algérien. Par une décision du 17 mars 2022, dont M. A demande l'annulation, le préfet de Meurthe-et-Moselle a refusé d'enregistrer cette demande.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien : " Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : () 4) au ressortissant algérien ascendant direct d'un enfant français mineur résidant en France, à la condition qu'il exerce même partiellement l'autorité parentale à l'égard de cet enfant ou qu'il subvienne effectivement à ses besoins. Lorsque la qualité d'ascendant direct d'un enfant français résulte d'une reconnaissance de l'enfant postérieure à la naissance, le certificat de résidence d'un an n'est délivré au ressortissant algérien que s'il subvient à ses besoins depuis sa naissance ou depuis au moins un an ; () ".

3. Aux termes de l'article R. 431-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui demande la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour présente à l'appui de sa demande : / 1° Les documents justifiants de son état civil ; / 2° Les documents justifiants de sa nationalité ; / 3° Les documents justifiants de l'état civil et de la nationalité de son conjoint, de ses enfants et de ses parents lorsqu'il sollicite la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour pour motif familial. La délivrance du premier récépissé et l'intervention de la décision relative au titre de séjour sollicité sont subordonnées à la production de ces documents. () ". Aux termes de l'article R. 431-11 de ce code : " L'étranger qui sollicite la délivrance d'un titre de séjour présente à l'appui de sa demande les pièces justificatives dont la liste est fixée par arrêté annexé au présent code ". Aux termes de l'article R. 432-1 de ce code : " L'étranger admis à souscrire une demande de délivrance ou de renouvellement de titre de séjour se voit remettre un récépissé qui autorise sa présence sur le territoire pour la durée qu'il précise. / () ".

4. Il résulte de ces dispositions qu'en dehors du cas d'une demande à caractère abusif ou dilatoire, l'autorité administrative chargée d'instruire une demande de titre de séjour ne peut refuser de l'enregistrer, et de délivrer le récépissé y afférent, que si le dossier présenté à l'appui de cette demande est incomplet.

5. Pour prendre la décision en litige, le préfet de Meurthe-et-Moselle s'est fondé sur la circonstance que M. A a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français et d'une interdiction de retour sur le territoire français, exécutoires à la date de sa décision. Toutefois, ces motifs ne sont pas au nombre de ceux permettant au préfet de refuser d'enregistrer une demande de titre de séjour. Par suite, M. A est fondé à soutenir que le motif retenu est entaché d'une erreur de droit.

6. L'administration peut, en première instance comme en appel, faire valoir devant le juge de l'excès de pouvoir que la décision dont l'annulation est demandée est légalement justifiée par un motif, de droit ou de fait, autre que celui initialement indiqué, mais également fondé sur la situation existant à la date de cette décision. Il appartient alors au juge, après avoir mis à même l'auteur du recours de présenter ses observations sur la substitution ainsi sollicitée, de rechercher si un tel motif est de nature à fonder légalement la décision, puis d'apprécier s'il résulte de l'instruction que l'administration aurait pris la même décision si elle s'était fondée initialement sur ce motif. Dans l'affirmative il peut procéder à la substitution demandée, sous réserve toutefois qu'elle ne prive pas le requérant d'une garantie procédurale liée au motif substitué.

7. Pour établir que la décision était légale, le préfet de Meurthe-et-Moselle invoque, dans son mémoire en défense communiqué à M. A, un motif tiré de l'incomplétude de son dossier.

8. Aux termes de l'article L. 114-5 du code des relations entre le public et l'administration : " Lorsqu'une demande adressée à l'administration est incomplète, celle-ci indique au demandeur les pièces et informations manquantes exigées par les textes législatifs et réglementaires en vigueur. Elle fixe un délai pour la réception de ces pièces et informations. () ".

9. Il ne ressort pas des pièces du dossier que M. A aurait été invité, après le dépôt de son dossier sur le site Internet www.demarches-simplifiees.fr, à produire un justificatif d'acquittement de la taxe sur le titre de séjour et le droit de timbre, le code photographie et la signature numérique valide ainsi que la copie intégrale de son acte de naissance, pièces dont le préfet indique qu'elles auraient été manquantes. Dans ces conditions, la demande de substitution de motifs présentée par le préfet ne peut être accueillie.

10. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur l'autre moyen de la requête, que la décision du 17 mars 2022 par laquelle le préfet de Meurthe-et-Moselle a refusé d'instruire la demande de titre de séjour de M. A doit être annulée.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

11. Eu égard au motif d'annulation retenu, il y a seulement lieu d'enjoindre au préfet de Meurthe-et-Moselle de réexaminer la situation de M. A en l'invitant, le cas échéant, à compléter son dossier, dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement. En revanche, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

12. M. A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Dollé, avocat de M. A, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Dollé de la somme de 1 500 euros.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 17 mars 2022 par laquelle le préfet de Meurthe-et-Moselle a refusé d'instruire la demande de titre de séjour de M. A est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de Meurthe-et-Moselle de réexaminer la situation de M. A en l'invitant, le cas échéant, à compléter son dossier, dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à Me Dollé une somme de 1 500 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Dollé renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de Meurthe-et-Moselle.

Copie en sera adressée, pour information, au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 20 octobre 2022, à laquelle siégeaient :

- M. Di Candia, président,

- Mme Cabecas, conseillère,

- M. Bastian, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 novembre 2022.

Le rapporteur,

P. Bastian

Le président,

O. Di Candia

La greffière

L. Bourger

La République mande et ordonne au préfet de Meurthe-et-Moselle en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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