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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2202629

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2202629

jeudi 22 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2202629
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduites à la frontière
Avocat requérantNICOLAS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 14 septembre 2022 à 11h25, M. A A demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 13 juillet 2022 par lequel le préfet de Meurthe-et-Moselle lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de 18 mois ;

3°) d'annuler l'arrêté du 13 septembre 2022 par lequel le préfet de Meurthe-et-Moselle l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours, l'a astreint à se maintenir au sein du logement qu'il occupe de 14 heures à 16 heures et l'a astreint à se présenter les mardis et jeudis, hors jours fériés à 9 heures au commissariat de police de Nancy ;

4°) d'enjoindre au préfet de procéder à l'effacement de son signalement dans le fichier européen de non admission.

Il soutient que :

- les décisions attaquées ont été signées par une autorité incompétente ;

- les décisions sont insuffisamment motivées ;

- le préfet n'a pas procédé à un examen particulier de sa situation personnelle ;

- les décisions sont entachées d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- le préfet a méconnu le principe du respect des droits de la défense.

Par un mémoire en défense, enregistré le 16 septembre 2022, le préfet de Meurthe-et-Moselle conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n°2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Sousa Pereira, première conseillère, pour exercer les pouvoirs qui lui sont attribués par les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme C D,

- les observations de Me Nicolas, représentant M. A, qui précise qu'une demande de titre de séjour a été déposée par M. A et que cette demande a fait l'objet d'un rejet ; que le recours contentieux dirigé contre cet arrêté a été rejeté par le tribunal administratif de Nancy et par la cour administrative d'appel de Nancy ; qu'en conséquence, l'intéressé a entrepris des démarches pour régulariser sa situation ; que la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dès lors qu'il vit en concubinage depuis un an, qu'il a entrepris des démarches auprès de la mairie pour se pacser ; que la décision l'assignant à résidence porte atteinte à sa liberté de travail dès lors qu'il est dans l'impossibilité d'accompagner ses chauffeurs ; que s'il a été interpellé pour des faits de violences, le préfet ne démontre pas que l'intéressé ait été condamné de manière définitive par les juridictions répressives ;

- et les observations de M. A qui précise qu'il a créé son entreprise en France ; que ses frères et sœurs sont en situation régulière en France.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

Sur le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :

1. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président ". En raison de l'urgence résultant de l'application des dispositions de l'article L. 614-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et alors qu'il n'a pas encore été statué sur sa demande d'aide juridictionnelle, il y a lieu d'admettre M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire, sur le fondement de ces dispositions.

Sur les autres conclusions :

2. En premier lieu, les décisions contestées comportent les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Ces décisions sont donc suffisamment motivées. En outre, il ne ressort ni des pièces du dossier ni des termes des arrêtés attaqués que le préfet de Meurthe-et-Moselle n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation personnelle de l'intéressé.

3. En second lieu, en se bornant à faire valoir que les décisions attaquées sont entachées d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation, le requérant n'assortit pas ses moyens de précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bien-fondé.

En ce qui concerne l'arrêté du 13 juillet 2022 :

4. En premier lieu, l'arrêté du 13 juillet 2022 a été signé par M. Le Goff, secrétaire général, auquel le préfet de Meurthe-et-Moselle a, par un arrêté du 8 septembre 2021, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture le lendemain, délégué sa signature à l'effet de signer, notamment, les décisions en matière d'éloignement. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire des arrêtés attaqués doit être écarté.

5. En deuxième lieu, si M. A soutient que le principe du contradictoire n'a pas été respecté, il n'apporte aucune précision relative à la nature des informations qu'il n'aurait pu porter à la connaissance de l'administration avant que ne soit prise la décision contestée. Par suite, le moyen tiré du vice de procédure doit, dès lors, être écarté.

6. En troisième lieu, si M. A se prévaut de sa résidence en France depuis plusieurs années, de la présence en France de ses frères et sœurs en situation régulière, dont l'un est de nationalité française, de la création d'une entreprise de transport de marchandises en 2020, et de la relation amoureuse qu'il entretiendrait avec une ressortissante française. Toutefois, le requérant, ne justifie en rien de ses relations avec cette dernière en se bornant à produire une attestation qu'elle aurait établi. En outre, il est célibataire et sans enfant et il n'établit pas être dépourvu de toute attache familiale dans son pays d'origine où il a vécu l'essentiel de son existence. Par ailleurs, le requérant n'établit pas la durée et continuité de sa présence en France, en se bornant à produire la première page de son passeport. En outre, la seule circonstance qu'il ait créé conjointement avec son frère une société par actions simplifiée immatriculée au registre du commerce le 26 novembre 2020 ne lui confère aucun droit au séjour alors en outre qu'il ne démontre pas que sa présence serait indispensable à la bonne marche de cette entreprise dont son frère, de nationalité française et présent sur le territoire français, est le président. Ainsi, le préfet de Meurthe-et-Moselle, en l'obligeant à quitter le territoire français, n'a pas porté au droit du requérant au respect de sa vie privée et familiale normale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels la décision litigieuse a été prise.

7. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents ; () / 5° Le comportement de l'étranger qui ne réside pas régulièrement en France depuis plus de trois mois constitue une menace pour l'ordre public () ".

8. A supposer même que le comportement de M. A ne puisse être regardé comme constituant une menace à l'ordre public, il ressort des pièces du dossier que le préfet de Meurthe-et-Moselle s'est également fondé, pour prendre la décision litigieuse, sur le motif non contesté de ce qu'il s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour. Par suite, il y a lieu d'écarter ce moyen.

En ce qui concerne l'arrêté du 13 septembre 2022 :

9. En premier lieu, l'arrêté du 13 septembre 2022 a été signé par M. Le Goff, secrétaire général, auquel le préfet de Meurthe-et-Moselle a, par un arrêté du 8 août 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture le même jour délégué sa signature à l'effet de signer tous les arrêtés, décisions, requêtes (y compris déférés), circulaires, rapports, documents et correspondances relevant des attributions de l'Etat dans le département de la Meurthe-et-Moselle, à l'exception des arrêtés de conflit. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté du 28 octobre 2022 doit être écarté.

10. En deuxième lieu, il ressort des pièces des dossiers que le requérant a été invité à présenter ses observations, après avoir été informé de l'intention du préfet de prendre à son encontre une mesure d'assignation à résidence. Il résulte de ce qui précède que le requérant, qui a déclaré n'avoir aucune observation à formuler, a été mis à même de présenter ses observations avec un délai suffisant avant la notification de la décision en litige, qui a pu être préparée préalablement sans pouvoir préjuger de la décision à venir. En tout état de cause, M. A n'apporte aucune précision relative à la nature des informations qu'il n'aurait pu porter à la connaissance de l'administration avant que ne soit prise la décision contestée. Le moyen tiré du vice de procédure doit, dès lors, être écarté.

11. En troisième lieu, regard des buts en vue desquels la mesure d'assignation a été prise et eu égard aux modalités retenues et à leur durée limitée, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet aurait porté une atteinte excessive à la liberté d'entreprendre du requérant.

12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions tendant à l'annulation des arrêtés attaqués doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions d'injonction présentées par le requérant.

D E C I D E :

Article 1er : M. A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A A et au préfet de Meurthe-et-Moselle.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 septembre 2022.

La magistrate désignée,

C. Sousa D

La greffière,

M. E

La République mande et ordonne au préfet de Meurthe-et-Moselle en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2202629

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