jeudi 26 janvier 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nancy |
| Section | Tribunal Administratif de Nancy |
| N° Dossier | TA54-2202888 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Chambre 2 |
| Avocat requérant | CHAIB |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires enregistrés le 8 octobre 2022, le 23 novembre 2022 et le 30 décembre 2022, M. A B, représenté par Me Chaïb, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du préfet de Meurthe-et-Moselle du 20 juillet 2022 portant refus de séjour, obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays de destination ;
2°) d'enjoindre au préfet de Meurthe-et-Moselle de lui délivrer un titre de séjour, dans un délai d'un mois suivant la notification du jugement ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
En ce qui concerne la décision portant refus de séjour :
- l'auteur de la décision est incompétent ;
- la décision est insuffisamment motivée ;
- le préfet a commis une erreur de droit en se fondant sur la circonstance que les actes de l'état civil produits par l'intéressé et datant de 2017 présentent un caractère frauduleux dès lors que ces documents n'ont pas été produits à l'appui de la demande de séjour ;
- le préfet a commis une erreur d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le préfet a commis une erreur d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le préfet a commis une erreur d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- la décision doit être annulée par voie de conséquence de la décision portant refus de séjour ;
- le préfet a commis une erreur d'appréciation au regard des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
- la décision doit être annulée par voie de conséquence des décisions portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français ;
- le préfet a commis une erreur d'appréciation au regard des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
Par un mémoire en défense enregistré le 23 novembre 2022, le préfet de Meurthe-et-Moselle conclut au rejet de la requête.
Il soutient que
- les moyens de la requête ne sont pas fondés ;
- subsidiairement, il convient de substituer le moyen tiré de l'absence de caractère réel et sérieux des études à celui tiré de ce que le requérant n'a pas été pris en charge par les services de l'aide sociale à l'enfance entre ses seize et dix-huit ans.
M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale, par une décision du bureau de l'aide juridictionnelle du 26 août 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code civil ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Durand, rapporteur,
- et les observations de Me Jeannot, substituant Me Chaïb, représentant M. B.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant malien né le 2 juin 2003, est entré en France, le 19 décembre 2018. Par ordonnance du 14 janvier 2019, l'intéressé a été confié aux services de l'aide sociale à l'enfance de Meurthe-et-Moselle. Par courrier du 16 mars 2021, M. B a sollicité son admission au séjour. Par l'arrêté en litige du 20 juillet 2022, le préfet de Meurthe-et-Moselle a rejeté sa demande, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.
Sur les conclusions d'annulation :
En ce qui concerne la décision portant refus de séjour :
2. En premier lieu, aux termes de l'article R. 431-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui demande la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour présente les documents justifiant de son état civil et de sa nationalité () ". Aux termes de l'article L. 811-2 du même code : " La vérification de tout acte d'état civil étranger est effectuée dans les conditions définies par l'article 47 du code civil () ". Aux termes de l'article 47 du code civil : " Tout acte de l'état civil des Français et des étrangers fait en pays étranger et rédigé dans les formes usitées dans ce pays fait foi, sauf si d'autres actes ou pièces détenus, des données extérieures ou des éléments tirés de l'acte lui-même établissent, le cas échéant après toutes vérifications utiles, que cet acte est irrégulier, falsifié ou que les faits qui y sont déclarés ne correspondent pas à la réalité ". La force probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger peut être combattue par tout moyen susceptible d'établir que l'acte en cause est irrégulier, falsifié ou inexact. En cas de contestation par l'administration de la valeur probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger, il appartient au juge administratif de former sa conviction au vu de l'ensemble des éléments produits par les parties.
3. D'une part, pour refuser d'admettre M. B au séjour, le préfet de Meurthe-et-Moselle s'est fondé sur la circonstance que le jugement supplétif établi le 15 mai 2017, l'acte de naissance du 22 mai 2017 et l'extrait établi le 23 mai 2017 présentaient un caractère frauduleux. Il ressort toutefois des pièces du dossier que, si M. B a fait état de ces documents à l'occasion de sa demande de prise en charge par les services de l'aide sociale à l'enfance, il ne les a pas produits dans le cadre de la présente procédure. Par suite, il est fondé à soutenir que le préfet de Meurthe-et-Moselle a commis une erreur de droit en refusant de l'admettre au séjour au motif du caractère frauduleux de ces documents.
4. D'autre part, M. B a communiqué au préfet, à l'appui de sa demande de séjour, un " extrait conforme " du jugement supplétif d'acte de naissance n°4593 rendu le 14 septembre 2021 par le Tribunal Civil de Kayes, un acte de naissance du 28 septembre 2021, un extrait de l'acte de naissance n°538/REG05/SP de l'année 2021, suivant le jugement supplétif du 14 septembre 2021, un certificat de nationalité malienne établi le 12 octobre 2021 et une carte d'identité consulaire n°2252636.
5. Pour remettre en cause le caractère probant des documents d'état civil présentés par le requérant et refuser de lui délivrer un titre de séjour, le préfet de Meurthe-et-Moselle s'est fondé sur le rapport d'examen technique documentaire du 27 juin 2022 établi par un analyste en fraude documentaire. Il ressort de ce rapport que l'extrait conforme du jugement supplétif du 14 septembre 2021 est établi sur un papier ordinaire non sécurisé, imprimé au toner qui est une technique accessible au grand public, et renseigné à la main. L'expertise ajoute que le document produit est un simple extrait conforme qui ne contient pas tous les éléments que doit nécessairement mentionner un jugement supplétif. Le seul constat que le document produit ne constitue qu'un extrait conforme du jugement supplétif imprimé au moyen d'une technique et d'un papier non sécurisés n'est pas de nature à établir que les mentions qui y sont inscrites seraient inexactes ni même que l'acte serait irrégulier ou falsifié. Si le préfet constate que les informations relatives à la motivation de la requête, ainsi que la nature des pièces justificatives ne figurent pas sur ce document qui se présente comme un extrait et non l'expédition de jugement et que les informations relatives au juge, au requérant et aux parties ne sont pas mentionnées, ces seules constatations et les quelques références à certaines dispositions du droit malien évoquées sont toutefois insuffisantes pour établir que le jugement supplétif produit n'a pas été établi dans les formes usitées au Mali ou qu'il présente un caractère irrégulier, falsifié ou non conforme à la réalité des actes en question. Le jugement supplétif produit par M B était à lui seul de nature à justifier de son âge et de son identité, par suite, l'intéressé est fondé à soutenir que le préfet a commis une erreur d'appréciation en considérant qu'il ne justifie pas de son âge et de son identité.
6. En second lieu, pour refuser d'admettre le requérant au séjour, le préfet de Meurthe-et-Moselle s'est fondé sur la seule circonstance que l'intéressé ne remplissait pas les conditions prévues par l'article R. 431-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, sans examiner s'il remplissait par ailleurs les conditions prévues par l'article L. 423-22 du même code. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté comme inopérant.
7. Il résulte de ce qui précède que M. B est fondé à demander l'annulation de la décision de refus de délivrance de titre de séjour, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête. Il en est de même, par voie de conséquence, des décisions subséquentes faisant obligation à M. B de quitter le territoire français, lui accordant un délai de trente jours pour exécuter volontairement cette mesure d'éloignement et désignant le pays de renvoi.
Sur les conclusions d'injonction :
8. Eu égard au motif d'annulation retenu, le présent jugement implique seulement qu'il soit enjoint au préfet de Meurthe-et-Moselle de réexaminer la situation de M. B dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement et, dans cette attente, de délivrer immédiatement à l'intéressé une autorisation provisoire de séjour.
Sur les frais de l'instance :
9. Il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 à verser à Me Chaïb, sous réserve que celle-ci renonce à percevoir la part contributive de l'Etat au titre de sa mission d'aide juridictionnelle
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du préfet de Meurthe-et-Moselle du 20 juillet 2022 est annulé.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de Meurthe-et-Moselle de réexaminer la situation de M. B dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement et de délivrer immédiatement, dans cette attente une autorisation provisoire de séjour.
Article 3 : L'Etat versera à Me Chaïb, avocate de M. B, la somme de 1 200 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 sous réserve que celle-ci s'engage à renoncer à percevoir la part contributive de l'Etat au titre de sa mission d'aide juridictionnelle.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de Meurthe-et-Moselle.
Copie en sera transmise, pour information, au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Délibéré après l'audience du 5 janvier 2023, à laquelle siégeaient :
M. Marti, président,
M. Durand, premier conseiller,
Mme Marini, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 janvier 2023.
Le rapporteur,
F. Durand
Le président,
D. MartiLa greffière,
M. C
La République mande et ordonne au préfet de Meurthe-et-Moselle, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026