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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2300189

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2300189

jeudi 11 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2300189
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationChambre 3
Avocat requérantTOURNAN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 18 janvier 2023 et 17 mars 2023, M. B, représenté par Me Tournan, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision par laquelle le préfet de Meurthe-et-Moselle a refusé de lui délivrer un titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet de Meurthe-et-Moselle de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant ", sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) à titre subsidiaire, d'annuler la décision portant obligation de quitter le territoire français, de prolonger le délai de départ volontaire de six mois et de réexaminer sa demande ;

4°) de mettre à la charge du préfet de Meurthe-et-Moselle la somme de 1 900 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et les entiers dépens.

Il soutient que :

- la décision de refus de séjour est entachée d'un vice de procédure dès lors que le préfet aurait dû saisir la commission du titre de séjour ;

- elle est entachée d'un vice de procédure dès lors qu'il n'a pas été entendu préalablement à l'édiction de la décision ;

- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense enregistré le 30 mars 2023, le préfet de Meurthe-et-Moselle conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Un mémoire a été produit pour M. B le 12 avril 2023, après la clôture d'instruction, et n'a pas été communiqué.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. A C,

- et les observations de Me Tournan, représentant M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant chinois né le 2 avril 1990, est entré régulièrement en France le 20 octobre 2009, muni d'un visa long séjour valable un an. Il s'est ensuite vu délivrer un titre de séjour portant la mention étudiant, régulièrement renouvelé depuis lors. Le 10 novembre 2022, M. B a de nouveau sollicité le renouvellement de ce titre. Par un arrêté du 23 décembre 2022, le préfet de Meurthe-et-Moselle a refusé de lui délivrer un titre de séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, en fixant son pays de destination. M. B demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions aux fins d'annulation et d'injonction sous astreinte :

2. En premier lieu aux termes de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable ".

3. D'une part, dès lors que la décision portant refus de séjour intervient en réponse à la demande de titre de séjour présentée par M. B, ce dernier ne peut utilement invoquer la méconnaissance des dispositions précitées de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration.

4. D'autre part, il résulte des dispositions du livre VI du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que le législateur a entendu déterminer l'ensemble des règles de procédure administrative et contentieuse auxquelles sont soumises l'intervention et l'exécution de la décision par laquelle l'autorité administrative signifie à un étranger l'obligation dans laquelle il se trouve de quitter le territoire français. Dès lors, l'article L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration ne saurait être utilement invoqué à l'encontre d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, ni à l'encontre des mesures accessoires relatives au délai de départ volontaire et au pays de renvoi. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions ne peut qu'être écarté comme inopérant.

5. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que M. B a sollicité la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en qualité d'étudiant. Il ressort des termes de la décision contestée que le préfet, qui n'était pas saisi de demandes en ce sens, ne s'est pas prononcé sur le droit au séjour du requérant sur le fondement des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le préfet de Meurthe-et-Moselle, qui n'a pas refusé la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de ces dispositions, n'était pas tenu de saisir la commission du titre de séjour en application de l'article L. 432-13 du même code. Il n'a par ailleurs cité l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales qu'à l'appui de la mesure d'éloignement et aucune des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'oblige le préfet à saisir la commission préalablement à l'édiction d'une décision portant obligation de quitter le territoire français. Par suite, le moyen tiré du vice de procédure doit être écarté.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " d'une durée inférieure ou égale à un an. () ". Le renouvellement de cette carte est subordonné, notamment, à la justification par son titulaire de la réalité et du sérieux des études qu'il a déclaré accomplir.

7. Pour refuser de renouveler le titre de séjour de M. B en qualité d'étudiant, le préfet s'est fondé sur la circonstance qu'il ne justifiait pas de la réalité et du sérieux de ses études, au regard notamment de la multiplication des formations suivies et de l'absence de projet professionnel défini.

8. Il ressort des pièces du dossier que M. B a commencé ses études en France, au titre de l'année 2009/2010, avec une formation en français. Il a ensuite été inscrit en brevet de technicien supérieur " ANABIOTECH " qu'il a obtenu en 2014 après un redoublement de sa première année. M. B a poursuivi ses études en licence de biologie, qu'il a obtenue, en 2016, après une nouvelle année de redoublement. Au titre de l'année 2016/2017, M. B s'est inscrit en master " chimie des substances naturelles et médicaments ", qu'il a obtenu en 2018. Il a de nouveau suivi des cours de français en 2018/2019 avant de s'inscrire l'année suivante en première année de master " chimie parcours et pyrochimie ", qu'il a redoublé en 2020/2021. Au titre de l'année 2021/2022, il était inscrit en deuxième année de ce master, qu'il n'a pas obtenu et redoublé l'année suivante. Il ressort ainsi des pièces du dossier que M. B a connu de nombreux redoublements au cours de ses études. Par ailleurs, il n'apporte aucun élément de nature à expliquer les raisons l'ayant conduit à interrompre son cursus en chimie en 2018/2019 pour reprendre des études en français, après neuf ans de présence sur le territoire. Par ailleurs, ainsi que lui oppose le préfet, il ne justifie, après treize ans d'études, d'aucun projet professionnel. Par suite, en estimant que M. B ne démontrait pas le sérieux de ses études et en refusant de lui délivrer un titre de séjour pour ce motif, le préfet n'a pas fait une inexacte application des dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

9. En quatrième lieu, sont inopérants, devant le juge de l'excès de pouvoir, les moyens qui, sans rapport avec la teneur de la décision, ne contestent pas utilement la légalité des motifs et du dispositif de la décision administrative attaquée. Ainsi qu'il a été dit au point 1, la demande de titre de séjour de M. B a été présentée en qualité d'étudiant. Dès lors, le moyen tiré de la violation des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, sur lesquelles le préfet ne s'est pas fondé pour refuser le séjour est sans rapport avec la teneur de la décision et doit donc être écarté comme inopérant.

10. En dernier lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. () ".

11. S'il ressort des pièces du dossier que M. B réside régulièrement en France depuis douze ans, il était titulaire de titres de séjour en qualité d'étudiant, ce qui ne lui donne pas vocation à demeurer sur le territoire français. Le requérant, célibataire et sans charge de famille, n'établit pas, par ailleurs, disposer d'attaches familiales sur le territoire français alors qu'il ne soutient pas en être dépourvu dans son pays d'origine. Dans ces conditions, M. B n'est pas fondé à soutenir que la décision portant obligation de quitter le territoire français a porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale garanti par les stipulations précitées une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise.

12. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 23 décembre 2022 par lequel le préfet de Meurthe-et-Moselle a refusé de lui délivrer un titre de séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours en fixant son pays de destination.

Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :

13. Le présent jugement n'implique aucune mesure particulière d'exécution. Par suite, les conclusions à fin d'injonction sous astreinte doivent être rejetées.

Sur les frais de l'instance :

14. En premier lieu, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que la somme demandée par M. B au titre des frais exposés et non compris dans les dépens soit mise à la charge de l'Etat qui n'a pas la qualité de partie perdante dans la présente instance.

15. En second lieu, la présente instance n'ayant donné lieu à aucun dépens, les conclusions présentées par M. B à ce titre ne peuvent qu'être rejetées.

DÉCIDE :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D et au préfet de Meurthe-et-Moselle.

Délibéré après l'audience du 13 avril 2023, à laquelle siégeaient :

- M. Di Candia, président,

- Mme Fabas, conseillère,

- M. Bastian, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 11 mai 2023.

Le président-rapporteur,

O. Di CL'assesseure la plus ancienne,

L. Fabas

Le greffier,

P. Lepage La République mande et ordonne au préfet de Meurthe-et-Moselle en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2300189

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