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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2300191

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2300191

mardi 16 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2300191
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationChambre 1
Avocat requérantCHAIB

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I. Par une requête et un mémoire enregistrés le 18 janvier et le 21 avril 2023 sous le n° 2300190, Mme B E, épouse D, représentée par Me Chaïb, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 3 novembre 2022 par laquelle le préfet de Meurthe-et-Moselle a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle est susceptible d'être reconduite ;

2°) d'enjoindre au préfet de Meurthe-et-Moselle de lui délivrer un titre de séjour dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat les entiers dépens ainsi qu'une somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Elle soutient que :

En ce qui concerne la décision portant refus de séjour :

- le signataire de la décision contestée est incompétent ;

- le préfet n'a pas procédé à un examen sérieux de sa situation dès lors qu'il n'a pas examiné la demande de titre de séjour qu'elle a présentée en raison de ses problèmes de santé, ni celle présentée sur le fondement des articles L. 435-1 et L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision contestée est entachée d'une erreur d'appréciation au regard de l'article L. 423-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation au regard de l'article L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation au regard de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation au regard de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- l'annulation de cette décision s'impose comme étant la conséquence de l'annulation de la décision portant refus de séjour et elle sera annulée en raison de l'exception d'illégalité de la décision de refus de séjour ;

- la décision contestée méconnaît les dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- l'annulation de cette décision s'impose comme étant la conséquence de l'annulation de la mesure d'éloignement et elle sera annulée en raison de l'exception d'illégalité de cette décision.

Par un mémoire en défense enregistré le 18 avril 2023, le préfet de Meurthe-et-Moselle conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Mme E épouse D a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle en date du 16 décembre 2022.

II. Par une requête et un mémoire enregistrés le 18 janvier et le 21 avril 2023 sous le n° 2300191, M. A D, représenté par Me Chaïb, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 3 novembre 2022 par laquelle le préfet de Meurthe-et-Moselle a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit ;

2°) d'enjoindre au préfet de Meurthe-et-Moselle de lui délivrer un titre de séjour dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat les entiers dépens ainsi qu'une somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision portant refus de séjour :

- le signataire de la décision contestée est incompétent ;

- la décision contestée est entachée d'une erreur d'appréciation au regard de l'article L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation au regard de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation au regard de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- l'annulation de cette décision s'impose comme étant la conséquence de l'annulation de la décision portant refus de séjour et elle sera annulée en raison de l'exception d'illégalité de la décision de refus de séjour ;

- la décision contestée méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- l'annulation de cette décision s'impose comme étant la conséquence de l'annulation de la mesure d'éloignement et elle sera annulée en raison de l'exception d'illégalité de cette décision.

Par un mémoire en défense enregistré le 17 avril 2023, le préfet de Meurthe-et-Moselle conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

M. D a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle en date du 16 décembre 2022.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. C,

- et les observations de Me Chaïb, représentant M. et Mme D.

Considérant ce qui suit :

1. M. et Mme D, ressortissants arméniens nés respectivement le 12 juillet 1979 et le 16 février 1979, ont déclaré être entrés en France en 2012. Leurs demandes d'asile ont été rejetées par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides le 20 mars 2013 et par la Cour nationale du droit d'asile le 29 avril 2014. M. et Mme D, qui ont formulé plusieurs demandes de titre de séjour en raison notamment de l'état de santé de leur enfant, se sont vus opposer plusieurs refus de titre de séjour qui étaient assortis de mesures d'éloignement. M. et Mme D ont sollicité, le 30 octobre 2015, la délivrance d'un titre de séjour en raison de l'état de santé de Mme D. Par des arrêtés en date du 8 juin 2018, le préfet de Meurthe-et-Moselle a refusé de leur délivrer un titre de séjour, les a obligés à quitter le territoire français. Les recours formés par M. et Mme D contre ces arrêtés ont été rejetés par des jugements du tribunal administratif de Nancy du 25 septembre 2018. Par un arrêté du 27 décembre 2018, le préfet de Meurthe-et-Moselle leur a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans. Les recours formés par M. et Mme D contre ces arrêtés ont été rejetés par des jugements du tribunal administratif de Nancy du 5 février 2019. Par une demande présentée le 7 juillet 2021, Mme D a sollicité la délivrance d'un titre de séjour, à titre principal sur le fondement des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, à titre subsidiaire sur le fondement de l'article L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et à titre éminemment subsidiaire sur le fondement des dispositions des articles L. 423-23 et L. 435-1 de ce code. Par une demande présentée le même jour, M. D a sollicité la délivrance d'un titre de séjour, à titre principal sur le fondement des dispositions de l'article L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, à titre subsidiaire sur le fondement des dispositions de l'article L. 435-1 du même code, et à titre éminemment subsidiaire sur celui des dispositions de l'article L. 423-23 de ce code. Par des décisions du 3 novembre 2022, le préfet de Meurthe-et-Moselle a refusé de délivrer un titre de séjour à M. et Mme D, leur a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel ils sont susceptibles d'être reconduits. Par les requêtes susvisées, qu'il y a lieu de joindre pour statuer par un seul jugement, M. et Mme D demandent au tribunal d'annuler ces décisions.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la requête n° 2300190 :

2. Il ressort des pièces du dossier que, par son courrier du 7 juillet 2021, reçu par les services de la préfecture de Meurthe-et-Moselle le 9 juillet 2021, Mme D a sollicité la délivrance d'un titre de séjour, à titre principal sur le fondement des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, à titre subsidiaire sur le fondement de l'article L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et à titre éminemment subsidiaire sur le fondement des dispositions des articles L. 423-23 et L. 435-1 de ce code. Il ressort des termes mêmes de la décision attaquée que le préfet de Meurthe-et-Moselle, qui a examiné si Mme D pouvait prétendre à la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des articles L. 425-9 et L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, n'a cependant pas examiné sa demande au regard des dispositions des articles L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, Mme D est fondée à soutenir que la décision portant refus de séjour est entachée d'un défaut d'examen.

3. Il résulte de ce qui précède que Mme D est fondée à demander l'annulation de la décision du 3 novembre 2022 par laquelle le préfet de Meurthe-et-Moselle a refusé de lui délivrer un titre de séjour ainsi que, par voie de conséquence, celle des décisions lui faisant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays de destination.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la requête n° 2300191 :

En ce qui concerne les moyens tendant à la contestation des décisions portant refus de séjour :

4. En premier lieu, l'arrêté est signé par M. Julien Le Goff, secrétaire général, auquel le préfet de Meurthe-et-Moselle établit avoir délégué sa signature par un arrêté en date du 8 août 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture le même jour. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire des décisions attaquées manque en fait et doit être écarté.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat / () ". Aux termes de l'article L. 425-10 du même code : " Les parents étrangers de l'étranger mineur qui remplit les conditions prévues à l'article L. 425-9, ou l'étranger titulaire d'un jugement lui ayant conféré l'exercice de l'autorité parentale sur ce mineur, se voient délivrer, sous réserve qu'ils justifient résider habituellement en France avec lui et subvenir à son entretien et à son éducation, une autorisation provisoire de séjour d'une durée maximale de six mois. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / Cette autorisation provisoire de séjour ouvre droit à l'exercice d'une activité professionnelle. / Elle est renouvelée pendant toute la durée de la prise en charge médicale de l'étranger mineur, sous réserve que les conditions prévues pour sa délivrance continuent d'être satisfaites. / Elle est délivrée par l'autorité administrative, après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans les conditions prévues à l'article L. 425-9 ".

6. La partie qui justifie d'un avis du collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) venant au soutien de ses dires doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, l'existence ou l'absence d'un traitement approprié dans le pays de renvoi. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires.

7. Il ressort des pièces du dossier que le collège médical de l'OFII a émis l'avis, le 8 avril 2022, que l'état de santé de l'enfant Artach, nécessite une prise en charge dont le défaut ne devrait pas entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité. Il ressort des pièces médicales produites par M. D que son fils, né en 2013, souffre de vomissements alimentaires avec mastication longue, d'une constipation chronique, d'un appétit sélectif avec prise de poids lente, d'un faux tendon non pathologique, d'une insuffisance tricuspide de grade II à recontrôler et d'une obstruction complète du prépuce avec orifice ponctiforme ayant nécessité une intervention de type posthectomie circonférentielle et urétroplastie. Il ressort en outre de ces pièces que l'enfant bénéficie d'un suivi orthophonique pour retard de langage. Toutefois, le certificat médical émanant du médecin généraliste de l'enfant, qui indique " défaut de traitement sera responsable de perte de chance en terme de santé () avec notamment des conséquences psychologiques, des risques de sub-occlusions et des risques de cassure de sa courbe de poids ", est insuffisant pour remettre en cause l'appréciation portée par le collège de médecins de l'OFII sur cet état de santé, que le préfet s'est appropriée. Par suite, M. D n'est pas fondé à soutenir que le préfet aurait entaché la décision litigieuse d'une erreur d'appréciation.

8. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger ne vivant pas en état de polygamie, qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ".

9. Si M. D se prévaut de sa durée de présence sur le territoire français, d'environ dix ans à la date d'édiction de la décision attaquée, cette durée de présence, ainsi que celle de son épouse en situation irrégulière, n'est due qu'à leur maintien en situation irrégulière sur le territoire malgré les mesures d'éloignement dont ils ont fait l'objet à plusieurs reprises. L'annulation, par le présent jugement, de la décision du 3 novembre 2022 par laquelle le préfet de Meurthe-et-Moselle a refusé de délivrer à Mme D un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle est susceptible d'être reconduite, implique seulement un réexamen de la situation de la requérante, qui n'a donc pas un droit à se maintenir durablement en France. Bien que M. D ait travaillé en qualité de manœuvre de juin 2020 à juin 2021, il n'établit pas avoir tissé en France des liens personnels et familiaux d'une particulière intensité, ne fait état d'aucun obstacle à ce que la scolarité de ses deux enfants se poursuive hors de France, et n'établit pas être dépourvu de toute attache familiale dans son pays d'origine. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne peut qu'être écarté.

10. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 ".

11. Ni la durée de la présence en France de M. D, ni les problèmes de santé de son fils, ni sa situation personnelle et familiale telle qu'elle a été exposée au point 9 du présent jugement ne constituent des considérations humanitaires ou des motifs exceptionnels au sens des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de leur méconnaissance doit être écarté.

En ce qui concerne les moyens tendant à la contestation des décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination :

12. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

13. L'annulation de la décision du 3 novembre 2022 par laquelle le préfet de Meurthe-et-Moselle a refusé de délivrer à Mme D un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle est susceptible d'être reconduite, implique nécessairement que le préfet procède au réexamen de sa situation et que la requérante soit munie d'une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce que l'autorité administrative ait à nouveau statué sur son cas. Dans ces conditions, la décision du 3 novembre 2022 par laquelle le préfet a obligé son époux, M. D, à quitter le territoire français dans un délai de trente jours porte en elle un risque de séparation de la famille, qui comporte également deux enfants mineurs. Dans ces circonstances particulières, M. D est fondé à soutenir que cette mesure d'éloignement porte au droit au respect de sa vie privée et familiale, protégé par les stipulations précitées, une atteinte disproportionnée au but poursuivi par l'autorité administrative.

14. Il résulte de ce qui précède que M. D est fondé à demander l'annulation de la décision du 3 novembre 2022 par laquelle le préfet de Meurthe-et-Moselle lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours ainsi que, par voie de conséquence, de celle fixant le pays de destination.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

15. Eu égard aux motifs d'annulation retenus, et après examen de l'ensemble des moyens des requêtes, le présent jugement implique seulement qu'il soit enjoint au préfet de Meurthe-et-Moselle de réexaminer la situation de M. et Mme D dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et de les mettre immédiatement en possession d'une autorisation provisoire de séjour.

Sur les frais d'instance :

16. M. et Mme D ayant chacun été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale, leur avocate peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que Me Chaïb, avocate des requérants, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Chaïb d'une somme globale de 1 600 euros.

17. Les présentes instances n'ayant donné lieu à aucuns dépens, les conclusions présentées à ce titre doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 3 novembre 2022 par lequel le préfet de Meurthe-et-Moselle a refusé de délivrer à Mme D un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle est susceptible d'être reconduite est annulé.

Article 2 : Les décisions du 3 novembre 2022 par lesquelles le préfet de Meurthe-et-Moselle a obligé M. D à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit sont annulées.

Article 3 : Il est enjoint au préfet de Meurthe-et-Moselle de réexaminer la situation de M. et Mme D dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et de les mettre immédiatement en possession d'une autorisation provisoire de séjour.

Article 4 : Sous réserve que Me Chaïb renonce à percevoir les sommes correspondant à la part contributive de l'Etat, ce dernier versera à Me Chaïb, avocate de M. et Mme D, une somme globale de 1 600 (mille six cents) euros en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Article 5 : Le surplus des conclusions des requêtes est rejeté.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à Mme B E épouse D, à M. A D, au préfet de Meurthe-et-Moselle et à Me Chaïb.

Délibéré après l'audience du 25 avril 2023, à laquelle siégeaient :

M. Coudert, président,

Mme Grandjean, première conseillère,

M. Gottlieb, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 mai 2023.

Le rapporteur,

R. C Le président,

B. Coudert

La greffière,

I. Varlet

La République mande et ordonne au préfet de Meurthe-et-Moselle en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Nos 2300190,

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