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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2301929

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2301929

mardi 4 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2301929
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationReconduites à la frontière
Avocat requérantSCP LEVI-CYFERMAN - CYFERMAN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 26 juin 2023 à 16 heures 39, Mme C B, représentée par Me Lévi-Cyferman, demande au tribunal :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 5 juin 2023 par lequel le préfet de la Meuse l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel elle est susceptible d'être reconduite d'office, lui a opposé une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an et l'a assignée à résidence sur le territoire du département de la Meuse pour une durée de trente jours avec obligation de se présenter les mercredis entre 10 heures et 11 heures au commissariat de police de Verdun ;

3°) de suspendre l'arrêté dans l'attente de l'arrêt de la Cour nationale du droit d'asile ;

4°) d'enjoindre au préfet de la Meuse de lui délivrer un titre de séjour avec autorisation de travail, subsidiairement, de réexaminer sa situation administrative et dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;

5°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros au bénéfice de son conseil en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Elle soutient que :

- l'arrêté attaqué méconnaît les dispositions de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration et le principe du contradictoire dès lors qu'elle n'a pas été mise à même de présenter des observations et d'être assistée par un avocat ;

- il n'est pas établi que le signataire de la décision bénéficiait d'une délégation régulière ;

- l'arrêté est insuffisamment motivé en méconnaissance des dispositions des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration, et de l'article 12-1 de la directive 2008/115/CE du 16 décembre 2008 ;

- le préfet n'a pas procédé à un examen particulier de sa situation personnelle ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- la décision a été prise à l'issue d'une procédure qui méconnaît l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne et le droit d'être entendu, principe général du droit de l'Union européenne ;

- la décision a été prise en méconnaissance des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- la décision doit être annulée par voie d'exception d'illégalité ;

En ce qui concerne la décision refusant un délai de départ volontaire :

- le préfet s'est estimé en situation de compétence liée et a méconnu l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article 7 de la directive 2008/115/CE en n'examinant pas s'il y avait lieu de prolonger le délai d'un mois prévu par ces dispositions.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- la décision a été prise en méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article L. 513-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le préfet n'est pas lié par l'appréciation portée par l'Office français de l'immigration et de l'intégration et par la Cour nationale du droit d'asile sur les faits présentés à l'appui de la demande d'admission au statut de réfugié ;

Par un mémoire en défense enregistré le 28 juin 2023, le préfet de la Meuse conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par Mme B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Grandjean, première conseillère, pour exercer les pouvoirs qui lui sont attribués par les articles L. 572-5, L. 572-6, L. 614-5, L. 614-6, L. 614-9, L. 614-11, L. 614-12, L. 614-15, L. 615-2, L. 623-1, L. 732-8 et L. 754-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Grandjean, magistrate désignée ;

- les observations de Me Lévi-Cyferman, représentant Mme B qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens, qui insiste sur le défaut de motivation et d'examen dont est entachée la décision d'éloignement ainsi que sur les violences conjugales subies par la requérante dans son pays d'origine et les efforts d'intégration réalisés par l'intéressée et son fils depuis leur arrivée en France, précise que le fils aîné de la requérante, majeur et entré avec elle sur le territoire français, a fait l'objet d'une mesure d'éloignement, et ajoute que :

. l'interdiction de retour sur le territoire français décidée pour une durée d'un an est une mesure brutale alors que Mme B n'a pas fait l'objet de précédentes décisions l'obligeant à quitter le territoire français et que le préfet n'a pas examiné si les critères tels que l'existence d'une précédente mesure d'éloignement et la menace à l'ordre public étaient remplis ;

. l'assignation à résidence est entachée d'illégalité par voie d'exception en conséquence de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;

- et les observations de Mme B assistée d'un interprète en langue albanaise.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.

Connaissance prise des pièces transmises par note en délibéré présentée pour Mme B et enregistrée le 3 juillet 2023.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante albanaise née le 21 mars 1984, est entrée en France, le 17 septembre 2022 selon ses déclarations, pour y solliciter le statut de réfugié. Sa demande d'asile a été rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) du 3 janvier 2023. Par un arrêté du 5 juin 2023 notifié le 7 juin 2023, le préfet de la Meuse lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel elle est susceptible d'être reconduite d'office, lui a opposé une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an et l'a assignée à résidence sur le territoire du département de la Meuse pour une durée de trente jours avec obligation de se présenter les mercredis entre 10 heures et 11 heures au commissariat de police de Verdun. Par la requête susvisée, Mme B demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions relatives à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président ". Aux termes de l'article 61 du décret susvisé du 28 décembre 2020 portant application de la loi du 10 juillet 1991 : " () L'admission provisoire est accordée par le président du bureau ou de la section ou le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressée, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle ou d'aide à l'intervention de l'avocat sur laquelle il n'a pas encore été statué ".

3. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et compte tenu de l'urgence, d'admettre provisoirement Mme B au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les moyens communs à l'ensemble des décisions :

4. En premier lieu, l'arrêté est signé par M. Christian Robbe-Grillet, secrétaire général, auquel le préfet de la Meuse établit avoir délégué sa signature aux fins de signer les décisions en litige par un arrêté en date du 7 mars 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture, sans subordonner cette délégation à une condition d'absence ou d'empêchement. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire des décisions litigieuses manque en fait et doit être écarté.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable ".

6. Il résulte des dispositions du livre VI du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que le législateur a entendu déterminer l'ensemble des règles de procédure administrative et contentieuse auxquelles sont soumises l'intervention et l'exécution de la décision par laquelle l'autorité administrative signifie à un étranger l'obligation dans laquelle il se trouve de quitter le territoire français. Dès lors, l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration ne saurait être utilement invoqué à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français, ni à l'encontre des décisions relatives au délai de départ volontaire et au pays à destination duquel la requérante sera reconduite. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration ne peut qu'être écarté comme inopérant.

7. En troisième lieu, l'arrêté attaqué comporte les considérations de droit et de fait qui fondent les décisions portant obligation de quitter le territoire français, délai de départ volontaire à trente jours, pays de destination et interdiction de retour sur le territoire français prononcées à l'encontre de la requérante ainsi que celle l'assignant à résidence. Le moyen tiré de l'insuffisante motivation de ces décisions manque ainsi en fait et doit, par suite, être écarté.

8. En dernier lieu, il ne ressort ni des termes de l'arrêté, ni des pièces du dossier que le préfet de la Meuse se serait abstenu de procéder à un examen particulier de la situation de la requérante préalablement à l'édiction de ces décisions. Par suite, ce moyen doit être écarté.

En ce qui concerne les moyens propres à la contestation de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

9. En premier lieu, l'arrêté contesté ne comporte aucun refus de délivrance d'un titre de séjour. Dès lors, le moyen tiré de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français en conséquence de l'illégalité du refus de délivrance d'un titre de séjour est inopérant.

10. En deuxième lieu, lorsqu'il présente une demande d'asile, l'étranger, en raison même de l'accomplissement de cette démarche, qui tend à son maintien régulier sur le territoire français sur ce fondement, ne saurait ignorer que, en cas de rejet de sa demande, il pourra faire l'objet, le cas échéant, d'un refus d'admission au séjour et, lorsque la reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire lui a été refusé, d'une mesure d'éloignement du territoire français. Il lui appartient, lors du dépôt de sa demande d'asile, lequel doit en principe faire l'objet d'une présentation personnelle du demandeur en préfecture, d'apporter à l'administration toutes les précisions qu'il juge utiles et notamment celles de nature à permettre à l'administration d'apprécier son droit au séjour au regard d'autres fondements que celui de l'asile. Il lui est loisible, au cours de l'instruction de sa demande, de faire valoir auprès de l'administration toute observation complémentaire utile, au besoin en faisant état d'éléments nouveaux. Le droit de l'intéressé d'être entendu, ainsi satisfait avant que n'intervienne le refus de sa demande, n'impose pas à l'autorité administrative de mettre l'intéressé à même de réitérer ses observations ou de présenter de nouvelles observations, de façon spécifique, sur l'obligation de quitter le territoire français qui est prise concomitamment et en conséquence du refus d'asile. Il est par ailleurs loisible à l'intéressé, au cours de l'instruction de sa demande, de faire valoir auprès de l'administration toute observation complémentaire utile, au besoin en faisant état d'éléments nouveaux.

11. Il ressort des pièces du dossier que Mme B a sollicité la délivrance d'un titre de séjour en qualité de réfugiée. Il lui appartenait de présenter ses observations à l'administration, au besoin au cours de l'instruction de sa demande, sans que le préfet ait à la solliciter expressément. Par ailleurs, il n'est pas établi ni même allégué qu'elle aurait été empêchée d'informer les services de la préfecture des éléments utiles relatifs à sa situation personnelle avant que ne soit prise à son encontre la décision qu'elle conteste et qui, s'ils avaient pu être communiqués en temps utile, auraient été de nature à influer sur le sens de cette décision. La requérante n'est, par suite, pas fondée à soutenir que le droit d'être entendu aurait été méconnu avant que ne soit prise la mesure d'éloignement litigieuse.

12. En troisième lieu, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile soulevé à l'encontre de l'obligation de quitter le territoire français est inopérant et doit, dès lors, être écarté.

13. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

14. Si la requérante fait valoir qu'elle a noué des liens sociaux en France, il ressort des pièces du dossier qu'elle a déclaré être entrée en France le 17 septembre 2022. Ainsi, à la date de la décision du préfet, elle justifiait d'une durée de présence de moins de neuf mois sur le territoire français. En outre, elle ne démontre pas, contrairement à ses affirmations, disposer ou avoir établi de liens personnels en France intenses et stables et n'établit pas être dépourvue d'attaches en Albanie où elle a vécu la majorité de son existence. Enfin, les violences que la requérante soutient avoir subies de la part de son époux ne font pas obstacle à la reconstitution de la cellule familiale avec son seul fils dans son pays d'origine. Si elle fait par ailleurs valoir que son fils, gravement affecté par ces violences commises envers sa mère, a trouvé une stabilité de vie en France où il est scolarisé, cette circonstance ne suffit pas à établir que la décision attaquée est contraire aux stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Dans ces conditions, la décision attaquée n'a pas porté au droit de l'intéressée au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise et n'a ainsi pas méconnu les stipulations de l'article 8 précité de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation qu'aurait commise le préfet quant aux conséquences de sa décision sur sa situation personnelle doit également être écarté.

En ce qui concerne les moyens propres à la contestation de la décision relative au délai de départ volontaire :

15. Aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui a transposé les dispositions correspondantes de l'article 7 de la directive n° 2008/115/CE du 16 décembre 2008 : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. / L'autorité administrative peut accorder, à titre exceptionnel, un délai de départ volontaire supérieur à trente jours s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. / Elle peut prolonger le délai accordé pour une durée appropriée s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. L'étranger est informé par écrit de cette prolongation ".

16. En l'espèce, la requérante ne saurait se prévaloir utilement de la méconnaissance des dispositions de l'article 7 de la directive du 16 décembre 2008 qui ont été transposées en droit interne par les dispositions précitées de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

17. Par ailleurs, il ne ressort ni des termes de l'arrêté attaqué, ni des pièces du dossier que le préfet aurait méconnu l'étendue de sa propre compétence en décidant de ne pas prolonger le délai de départ volontaire de trente jours assortissant l'obligation de quitter le territoire français prévu par les dispositions précitées, alors au demeurant que la requérante ne fait valoir aucun élément de nature à justifier qu'un délai supérieur lui soit accordé.

En ce qui concerne les moyens propres à la contestation de la décision fixant le pays de destination :

18. En premier lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". Aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui s'est substitué depuis le 1er mai 2021 à l'article L. 513-2 du même code dont se prévaut la requérante : " () Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ".

19. Si Mme B justifie avoir subi pendant plusieurs années des violences de la part de son époux resté en Albanie, il ressort des pièces du dossier qu'elle est désormais divorcée de son époux, que cet homme a fait l'objet de poursuites judiciaires par les autorités albanaises en 2016 après que l'intéressée eût dénoncé les faits dont elle était victime et qu'elle a été prise en charge ainsi que ses enfants par un centre pour l'hébergement des victimes intrafamiliales en mars 2018. Eu égard à l'ancienneté des faits invoqués par la requérante et compte tenu de la faculté effective de requérir l'intervention des services de police et de justice en Albanie en cas de conflit d'ordre privé, les risques pour Mme B et son fils de se trouver de nouveau exposés à des violences en cas de retour en Albanie ne sauraient être regardés comme actuels et avérés tandis qu'il n'est pas établi que les autorités policières et judiciaires de ce pays ne seraient pas en mesure, le cas échéant, de parer à un tel risque par une mesure de protection. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations et dispositions précitées doit être écarté.

20. En second lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet se serait mépris sur l'étendue de sa propre compétence en prenant la décision attaquée et qu'il se serait, à cette occasion, refusé d'examiner la situation personnelle de Mme B. Le moyen tiré de l'erreur de droit sera, par suite, écarté.

En ce qui concerne les moyens propres à la contestation de la décision d'interdiction de retour sur le territoire français :

21. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / () ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. /() ".

22. Il ne ressort pas des pièces du dossier, eu égard à la durée de la présence en France de l'intéressée et à ses liens avec la France, et nonobstant la circonstance qu'elle n'ait fait l'objet d'aucune précédente mesure d'éloignement et ne présente pas de menace pour l'ordre public, que le préfet de la Meuse aurait entaché sa décision d'une erreur d'appréciation en fixant à un an la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français prononcée à l'encontre de Mme B.

En ce qui concerne les moyens propres à la contestation de la décision d'assignation :

23. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré, par la voie de l'exception, de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français, soulevé à l'encontre de la décision par laquelle le préfet de la Meuse a assigné Mme B à résidence doit être écarté.

24. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions tendant à l'annulation des décisions du 5 juin 2023 prises par le préfet de la Meuse doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin de suspension de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français :

25. 10. Aux termes de l'article L. 752-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont le droit au maintien sur le territoire a pris fin en application des b ou d du 1° de l'article L. 542-2 et qui fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français peut, dans les conditions prévues à la présente section, demander au tribunal administratif la suspension de l'exécution de cette décision jusqu'à l'expiration du délai de recours devant la Cour nationale du droit d'asile ou, si celle-ci est saisie, soit jusqu'à la date de la lecture en audience publique de la décision de la cour, soit, s'il est statué par ordonnance, jusqu'à la date de la notification de celle-ci ". Aux termes de l'article L. 752-11 du même code : " Le président du tribunal administratif ou le magistrat désigné, saisi en application des articles L. 752-6 ou L. 752-7, fait droit à la demande de l'étranger lorsque celui-ci présente des éléments sérieux de nature à justifier, au titre de sa demande d'asile, son maintien sur le territoire durant l'examen de son recours par la Cour nationale du droit d'asile ".

26. En application de ces dispositions, il est fait droit à la demande de suspension de la mesure d'éloignement si le juge a un doute sérieux sur le bien-fondé de la décision de rejet ou d'irrecevabilité opposée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides à la demande de protection, au regard des risques de persécutions allégués ou des autres motifs retenus par l'Office.

27. En l'espèce, eu égard à ce qui a été indiqué au point 19 du présent jugement, Mme B ne peut être regardée comme apportant des éléments de nature à faire naître un doute sérieux sur le bien-fondé de la décision de rejet de l'OFPRA et à justifier son maintien sur le territoire français durant l'examen de son recours par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA).

28. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions tendant à l'annulation des décisions du 5 juin 2023 prises par le préfet de la Meuse doivent être rejetées. Par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction et celles tendant à l'application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi relative à l'aide juridique ne peuvent qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er :Mme B est admise provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme B est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme C B, au préfet de la Meuse et à Me Lévi-Cyferman.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 juillet 2023.

La magistrate désignée,

G. GrandjeanLa greffière,

M. A

La République mande et ordonne au préfet de la Meuse en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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