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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2303165

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2303165

jeudi 1 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2303165
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationChambre 3
Avocat requérantBACH-WASSERMANN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 31 octobre 2023, Mme D C, représentée par Me Bach-Wassermann, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 30 août 2023 en tant que la préfète des Vosges lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français ;

2°) d'enjoindre, à titre principal, à la préfète des Vosges de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " ou " vie privée et familiale " dans un délai de deux mois suivant notification du jugement à intervenir et, en tout état de cause, de réexaminer sa situation dans les mêmes conditions de délais ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros à verser à son avocate, Me Bach-Wassermann, sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

En ce qui concerne la décision de refus de titre de séjour :

- elle est entachée du vice d'incompétence de son auteur, en l'absence d'une délégation de signature régulière ; elle ne comporte aucune date de signature ;

- la décision contestée est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa demande d'admission exceptionnelle au séjour présentée sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'elle justifie du suivi d'un cursus scolaire et universitaire ininterrompu depuis 2019, du caractère réel et sérieux de ses études, et disposer de ressources suffisantes ;

- elle méconnaît l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'elle réside en France depuis plus de cinq ans avec ses parents et n'a plus d'attaches familiales ou personnelles dans son pays d'origine ;

- elle méconnaît les prescriptions de la circulaire Valls du 28 novembre 2012 ;

- elle porte une atteinte disproportionnée à son droit à une vie privée et familiale et méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale par voie de conséquence de l'illégalité du refus de séjour ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 18 décembre 2023, la préfète des Vosges conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens soulevés par Mme C ne sont pas fondés.

Mme D C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 2 octobre 2023 du bureau d'aide juridictionnelle.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Agnès Bourjol,

- et les observations de Me Bach-Wassermann, représentant Mme C.

Considérant ce qui suit :

1. Mme D C, ressortissante albanaise née le 21 août 2003, est entrée en France irrégulièrement le 17 août 2018, en compagnie de ses parents, M. E C et Mme A B épouse C, et ses deux frères mineurs. Sa demande d'asile a été rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) du 15 juillet 2022, confirmée par une décision de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) du 4 mai 2023. Par un courrier du 5 juin 2023, Mme D C, alors âgée de près de vingt ans, a sollicité la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions des articles L. 421-3, L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 30 août 2023, la préfète des Vosges a refusé de délivrer à Mme D C un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours, a fixé le pays de renvoi, et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant une durée d'un an. Par la présente requête, Mme D C demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

2. Aux termes des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger ne vivant pas en état de polygamie dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14. () ". Il appartient à l'autorité administrative, en application de ces dispositions, de vérifier, dans un premier temps, si l'admission exceptionnelle au séjour par la délivrance d'une carte portant la mention "vie privée et familiale" répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard de motifs exceptionnels, et à défaut, dans un second temps, s'il est fait état de motifs exceptionnels de nature à permettre la délivrance, dans ce cadre, d'une carte de séjour temporaire portant la mention "salarié" ou "travailleur temporaire".

3. Il ressort des termes de la décision attaquée que si la préfète des Vosges a refusé la délivrance d'un titre de séjour à la requérante sur le fondement des dispositions des articles L. 421-3, L. 423-23 et L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile aux motifs d'une part, qu'elle ne produisait pas un contrat de travail visé par l'autorité administrative compétente ainsi qu'un visa long séjour, d'autre part, que sa durée de séjour en France n'était due qu'à ses multiples demandes de titre de séjour, à l'irrégularité de son séjour liée à la soustraction de ses parents à l'exécution de deux précédentes mesures d'éloignement et, enfin, qu'elle ne justifiait pas de moyens d'existence suffisants, elle n'a en revanche pas examiné si la requérante faisait état de considérations humanitaires ou de motifs exceptionnels de nature à lui permettre la délivrance d'une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ", alors que la requérante avait présenté à l'appui de sa demande une promesse d'embauche par un contrat de travail à durée indéterminée en qualité d'aide vendeuse en boucherie. Dans ces conditions, la préfète des Vosges doit être regardée comme n'ayant procédé à aucun examen de la demande d'admission au séjour présentée par Mme C sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, pourtant visé par cette décision. Mme C est ainsi fondée à soutenir que cette décision est entachée d'un défaut d'examen de sa demande présentée sur ce fondement.

4. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que Mme C est fondée à demander l'annulation de la décision portant refus de titre de séjour prise par la préfète des Vosges ainsi que, par voie de conséquence, des décisions lui faisant obligation de quitter le territoire français, fixant le pays de renvoi et lui interdisant le retour sur le territoire français pendant une durée d'un an, contenues dans l'arrêté litigieux du 30 août 2023.

Sur les conclusions en injonction :

5. L'annulation de l'arrêté du 30 août 2023, en tant qu'il refuse l'admission au séjour de la requérante, implique nécessairement que l'autorité administrative procède au réexamen de la situation de Mme C en lui délivrant une autorisation provisoire de séjour. Il y a lieu, par suite, d'enjoindre à la préfète des Vosges de procéder à ce réexamen dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement et, dans l'attente, de délivrer immédiatement à la requérante une autorisation provisoire de séjour.

Sur les frais d'instance :

6. Il résulte des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, et des articles 37 et 43 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, que le bénéficiaire de l'aide juridictionnelle ne peut demander au juge de mettre à la charge, à son profit, de la partie perdante que le paiement des seuls frais qu'il a personnellement exposés, à l'exclusion de la somme correspondant à la part contributive de l'Etat à la mission d'aide juridictionnelle confiée à son avocat. Mais l'avocat de ce bénéficiaire peut demander au juge de mettre à la charge de la partie perdante la somme correspondant à celle qu'il aurait réclamée à son client, si ce dernier n'avait eu l'aide juridictionnelle, à charge pour l'avocat qui poursuit le recouvrement à son profit de la somme qui lui a été allouée par le juge, de renoncer à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat à la mission d'aide juridictionnelle qui lui a été confiée.

7. D'une part, Mme C n'allègue pas avoir exposé d'autres frais que ceux pris en charge par l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle totale, qui lui a été allouée par une décision du 2 octobre 2023 du bureau d'aide juridictionnelle. D'autre part, Me Bach-Wassermann, avocate de Mme C, n'a pas demandé la condamnation de l'Etat à lui verser, sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, la somme correspondant aux frais exposés qu'elle aurait réclamée à sa cliente si cette dernière n'avait bénéficié d'une aide juridictionnelle totale. Dans ces conditions, les conclusions de la requête de Mme C tendant à la condamnation de l'Etat sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ne peuvent être accueillies.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 30 août 2023 par lequel la préfète des Vosges a refusé à Mme C la délivrance d'un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français, a fixé le pays de renvoi et lui a interdit le retour sur le territoire pendant une durée d'un an est annulé.

Article 2 : Il est enjoint à la préfète des Vosges de réexaminer la situation de Mme C dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement, et, dans l'attente, de lui délivrer immédiatement une autorisation provisoire de séjour.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme D C et à la préfète des Vosges.

Délibéré après l'audience publique du 11 janvier 2024 à laquelle siégeaient :

M. Di Candia, président,

Mme Bourjol, première conseillère,

Mme Philis, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er février 2024.

La rapporteure,

A. Bourjol

Le président,

O. Di Candia

Le greffier,

P. Lepage

La République mande et ordonne à la préfète des Vosges en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 2303165

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