mardi 18 octobre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2000296 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | juge unique (3) |
| Avocat requérant | COURQUIN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 14 janvier 2020, l'association pour la gestion des services spécialisés (AGSS) de l'union départementale des associations familiales (UDAF) du Nord, agissant en tant que tuteur de Mme E F, représentée par Me Courquin, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 17 octobre 2019 par laquelle le président du conseil départemental du Nord a refusé la prise en charge des frais d'hébergement de Mme F au sein d'un établissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes ;
2°) d'accorder la prise en charge des frais d'hébergement de Mme F au titre de l'aide sociale, à compter du 28 mars 2019.
Elle soutient que les ressources globales de Mme F étaient insuffisantes pour payer son hébergement en établissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes (EHPAD) à compter du 28 mars 2019, qu'il n'est pas établi que ses enfants pourraient participer au financement de l'hébergement de leur mère en EHPAD, et qu'elle a déposé une demande auprès du juge des affaires familiales de Dunkerque sur le fondement de l'article 205 du code civil le 31 décembre 2019.
Par un mémoire en défense enregistré le 6 mai 2021, le département du Nord conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code civil ;
- le code de l'action sociale et des familles ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. G pour statuer sur les litiges visés à l'article R. 222-13 du code de justice administrative.
Le magistrat désigné a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Groutsch, magistrat désigné, a été entendu au cours de l'audience publique, à l'issue de laquelle l'instruction a été close, en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
Sur les conclusions à fin d'annulation :
1. Mme F, majeure protégée placée sous tutelle de l'UDAF du Nord, est résidente de l'établissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes de Gravelines. L'association requérante, en sa qualité de tuteur, a déposé une demande tendant à l'admission de Mme F au bénéfice de l'aide sociale à l'hébergement " personne âgée ". Cette demande a été rejetée par le président du conseil départemental du Nord par une décision du 17 octobre 2019, confirmée, sur recours préalable, le 24 décembre 2019. Par la présente requête, l'AGSS de l'UDAF du Nord doit être regardée comme demandant l'annulation de la décision du 24 décembre 2019 du président du conseil départemental du Nord, qui s'est substituée à sa décision du 17 octobre 2019.
2. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision par laquelle l'administration, sans remettre en cause des versements déjà effectués, détermine les droits d'une personne en matière d'aide ou d'action sociale, de logement ou au titre des dispositions en faveur des travailleurs privés d'emploi, et sous réserve du contentieux du droit au logement opposable, il appartient au juge administratif, eu égard tant à la finalité de son intervention qu'à sa qualité de juge de plein contentieux, non de se prononcer sur les éventuels vices propres de la décision attaquée, mais d'examiner les droits de l'intéressé, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction et, notamment, du dossier qui lui est communiqué en application de l'article R. 772 8 du code de justice administrative. Au vu de ces éléments, il lui appartient d'annuler ou de réformer, s'il y a lieu, cette décision, en fixant alors lui-même tout ou partie des droits de l'intéressé et en le renvoyant, au besoin, devant l'administration afin qu'elle procède à cette fixation pour le surplus, sur la base des motifs de son jugement.
3. D'une part, aux termes de l'article L. 132-1 du code de l'action sociale et des familles : " Il est tenu compte, pour l'appréciation des ressources des postulants à l'aide sociale, des revenus professionnels et autres et de la valeur en capital des biens non productifs de revenu, qui est évaluée dans les conditions fixées par voie réglementaire ". L'article L. 132-3 du même code dispose que : " Les ressources de quelque nature qu'elles soient à l'exception des prestations familiales, dont sont bénéficiaires les personnes placées dans un établissement au titre de l'aide aux personnes âgées ou de l'aide aux personnes handicapées, sont affectées au remboursement de leurs frais d'hébergement et d'entretien dans la limite de 90 %. Toutefois les modalités de calcul de la somme mensuelle minimum laissée à la disposition du bénéficiaire de l'aide sociale sont déterminées par décret. () ".
4. Il résulte de ces dispositions que les personnes âgées hébergées en établissement au titre de l'aide sociale doivent pouvoir disposer librement de 10 % de leurs ressources et que la somme ainsi laissée à leur disposition ne peut être inférieure à 1 % du montant annuel du minimum vieillesse. Ces dispositions doivent être interprétées comme devant permettre à ces personnes de subvenir aux dépenses qui sont mises à leur charge par la loi et sont exclusives de tout choix de gestion, telles que les sommes dont elles seraient redevables au titre de l'impôt sur le revenu ou des frais de tutelle.
5. D'autre part, aux termes de l'article L. 132-6 du code de l'action sociale et des familles : " Les personnes tenues à l'obligation alimentaire instituée par les articles 205 et suivants du code civil sont, à l'occasion de toute demande d'aide sociale, invitées à indiquer l'aide qu'elles peuvent allouer aux postulants et à apporter, le cas échéant, la preuve de leur impossibilité de couvrir la totalité des frais () / La proportion de l'aide consentie par les collectivités publiques est fixée en tenant compte du montant de la participation éventuelle des personnes restant tenues à l'obligation alimentaire. La décision peut être révisée sur production par le bénéficiaire de l'aide sociale d'une décision judiciaire rejetant sa demande d'aliments ou limitant l'obligation alimentaire à une somme inférieure à celle qui avait été envisagée par l'organisme d'admission. La décision fait également l'objet d'une révision lorsque les débiteurs d'aliments ont été condamnés à verser des arrérages supérieurs à ceux qu'elle avait prévus. " L'article R. 132-9 du même code dispose que : " Pour l'application de l'article L. 132-6, le postulant fournit, au moment du dépôt de sa demande, la liste nominative des personnes tenues envers lui à l'obligation alimentaire définie par les articles 205 à 211 du code civil, lorsqu'il sollicite l'attribution d'une prestation accordée en tenant compte de la participation de ses obligés alimentaires./ Ces personnes sont invitées à fixer leur participation éventuelle aux dépenses susceptibles d'être engagées en faveur du postulant ou à l'entretien de ce dernier./ La décision prononcée dans les conditions prévues par l'article L. 131-2 est notifiée à l'intéressé et, le cas échéant, aux personnes tenues à l'obligation alimentaire en avisant ces dernières qu'elles sont tenues conjointement au remboursement de la somme non prise en charge par le service d'aide sociale et non couverte par la participation financière du bénéficiaire. A défaut d'entente entre elles ou avec l'intéressé, le montant des obligations alimentaires respectives est fixé par l'autorité judiciaire de la résidence du bénéficiaire de l'aide sociale ". Ainsi, en vertu de ces dispositions, les personnes tenues à l'obligation alimentaire instituée par les articles 205 et suivants du code civil sont, à l'occasion de toute demande d'aide sociale, invitées à indiquer l'aide qu'elles peuvent allouer aux postulants et à apporter, le cas échéant, la preuve de leur impossibilité de couvrir la totalité des frais.
6. Il résulte de ces dispositions que si le juge de l'aide sociale, pour se prononcer sur le montant de l'aide que doit apporter la collectivité publique, est appelé à apprécier la contribution globale que peuvent apporter les obligés alimentaires, sans qu'il soit en son pouvoir de fixer la charge individuelle assignée à chacun, ce que seul peut faire le juge judiciaire, il lui revient néanmoins d'évaluer l'effectivité de l'évaluation des capacités individuelles à laquelle a procédé le département. En revanche, il n'a plus à le faire si la question a été tranchée par le juge judiciaire, dont la décision s'impose à lui.
7. Il résulte de l'instruction qu'à la date de sa demande d'admission à l'aide sociale, Mme F percevait des pensions de retraite d'un montant cumulé de 14 111 euros pour l'année 2019, soit 1175,91 euros par mois et présentait des charges incompréhensibles qui s'élevaient à 2150,28 euros pour l'année 2019, soit 179,19 euros par mois. Ainsi, les ressources de l'intéressée, à la date de sa demande d'admission, s'élevaient à la somme totale de 996,72 euros mensuelle. Compte tenu de l'argent laissé à sa disposition pour subvenir aux dépenses mises à sa charge par la loi et exclusives de tout choix de gestion, le montant des ressources de Mme F pour assurer le paiement de ses frais d'hébergement s'élevait à la somme arrondie à 897 euros par mois pour des frais d'hébergement évalués, eu égard aux propres calculs de l'administration, à 1 941,49 euros, soit une différence de 1044,49 euros. Pour refuser l'aide sociale à l'hébergement de Mme F, le département du Nord a estimé que les contributions de ses obligés alimentaires pouvaient permettre de couvrir l'intégralité du montant de la différence entre le coût de l'hébergement et les ressources de l'intéressée et a notamment estimé que les enfants de A F pouvaient prendre en charge une somme mensuelle de 2450,75 euros. Néanmoins, il résulte de l'instruction que par un jugement du 24 juillet 2020, le tribunal judiciaire de Dunkerque a condamné rétroactivement à compter du 1er mars 2020 les trois enfants de A F au versement mensuel à leur mère, en leur qualité d'obligés alimentaires, de la somme globale de 610 euros. Ainsi, s'il résulte de l'instruction que les capacités des foyers de Mme H D, M. B D et M. C D, enfants de A F, leur permettent de participer aux frais d'hébergement de cette dernière, cette participation partielle ne permet pas de couvrir les frais d'hébergement dans leur totalité. L'AGSS de l'UDAF est donc fondée à demander à ce que Mme F soit admise au bénéfice de l'aide sociale à compter 28 mars 2019, date à laquelle elle réside à l'EHPAD Les Oyats de Gravelines.
8. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens de la requête, que l'association requérante est fondée à demander l'annulation de la décision du 24 décembre 2019 rejetant la demande d'aide sociale à l'hébergement en établissement pour personnes âgées de Mme F.
Sur les conclusions à d'injonction :
9. Il résulte de ce qui a été dit précédemment qu'il y a lieu d'admettre Mme F au bénéfice de l'aide sociale à l'hébergement en établissement pour personnes âgées à compter du 28 mars 2019. L'association requérante, agissant en qualité de tuteur de Mme F, est renvoyée devant les services du département du Nord afin que soit déterminé le montant de l'aide sociale à laquelle cette dernière a droit.
D E C I D E :
Article 1er : La décision du 24 décembre 2019 par laquelle le président du conseil départemental du Nord a refusé d'admettre Mme F à l'aide sociale à l'hébergement est annulée.
Article 2 : Mme F est admise au bénéfice de l'aide sociale à l'hébergement à compter du 28 mars 2019. L'association pour la gestion des services spécialisés de l'union départementale des associations familiales du Nord, agissant en qualité de tuteur de Mme F, est renvoyée devant les services du département du Nord afin que soit déterminé le montant de l'aide sociale à laquelle cette dernière a droit
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à l'association pour la gestion des services spécialisés de l'union départementale des associations familiales du Nord et au département du Nord.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 octobre 2022.
Le magistrat désigné,
Signé
P. G La greffière,
Signé
P. MAGHRI
La République mande et ordonne au préfet du Nord, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026