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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2002787

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2002787

lundi 19 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2002787
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantCORDIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 2 avril 2020, la société Takeoff, représentée par la SELARL Ressources publiques avocats, demande au tribunal :

1°) d'annuler la convention conclue entre la communauté d'agglomération de Maubeuge-Val-de-Sambre et la société SD Air ULM quant à l'occupation temporaire des hangar n°2 et bungalow n°2b relevant de l'aérodrome de Maubeuge-Elesmes ;

2°) d'enjoindre à la communauté d'agglomération de Maubeuge-Val-de-Sambre de lui attribuer l'autorisation d'occupation temporaire n°A5 ;

3°) de mettre à la charge de la communauté d'agglomération de Maubeuge-Val-de-Sambre la somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la procédure de sélection des candidats a méconnu le principe de transparence tel que prévu par les dispositions de l'article L. 2122-1-1 du code général de la propriété des personnes publiques ;

- la communauté d'agglomération a fait une appréciation manifestement erronée de la qualité de son offre.

Par un mémoire en défense, enregistré le 25 mai 2020, la communauté d'agglomération Maubeuge-Val-de-Sambre, représentée par Me Cordier, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 3 000 euros soit mise à la charge de la société Takeoff au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général de la propriété des personnes publiques ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme A,

- les conclusions de M. Liénard, rapporteur public,

- et les observations de Me Fillieux, représentant la société Takeoff.

Considérant ce qui suit :

1. Le 17 janvier 2020, la communauté d'agglomération de Maubeuge-Val-de-Sambre a publié un avis public à la concurrence en vue de la conclusion d'une convention d'occupation temporaire d'un hangar et d'un local, situés sur l'aérodrome de Maubeuge-Elesmes. Le 19 février 2020, la société Takeoff, titulaire de l'autorisation d'occupation en cours et arrivant à échéance le 31 mars 2020, a adressé sa candidature. Par courrier du 4 mars 2020, le président de la communauté d'agglomération de Maubeuge-Val-de-Sambre a informé la société Takeoff que son offre n'avait pas été retenue et qu'elle devait ainsi libérer les lieux pour le 31 mars 2020. Par la requête susvisée, la société Takeoff demande au tribunal d'annuler la convention conclue entre la communauté d'agglomération de Maubeuge-Val-de-Sambre et la société SD Air ULM quant à l'occupation temporaire des hangar n°2 et bungalow n°2b relevant de l'aérodrome de Maubeuge-Elesmes.

Sur la validité de convention :

2. Tout tiers à une convention d'occupation du domaine public, susceptible d'être lésé dans ses intérêts de façon suffisamment directe et certaine par sa passation ou ses clauses, est recevable à former, devant le juge du contrat, un recours de pleine juridiction contestant la validité du contrat ou de certaines de ses clauses non réglementaires qui en sont divisibles. La légalité du choix du cocontractant ne peut être contestée qu'à l'occasion d'un tel recours, exercé dans un délai de deux mois à compter de l'accomplissement des mesures de publicité appropriées.

3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 2122-1-1 du code général de la propriété des personnes publiques : " Sauf dispositions législatives contraires, lorsque le titre mentionné à l'article L. 2122-1 permet à son titulaire d'occuper ou d'utiliser le domaine public en vue d'une exploitation économique, l'autorité compétente organise librement une procédure de sélection préalable présentant toutes les garanties d'impartialité et de transparence, et comportant des mesures de publicité permettant aux candidats potentiels de se manifester ".

4. D'une part, il résulte de l'instruction et notamment des termes du cahier des charges que la sélection des candidatures a été opérée en fonction de quatre critères dénommés " Savoir-faire et motivation du candidat ", " Qualité du projet ", " Capacité du projet à développer l'activité sur l'aérodrome " et " Montant de la redevance annuelle proposée ". En ce qui concerne la motivation tel que prévue par le premier critère, le même cahier a précisé que les candidatures devaient comporter une lettre de motivation présentant " de manière détaillée le projet d'activité (moyens humains, produits commercialisés, périodes d'ouverture, développement commercial, fournisseurs, approvisionnements, etc.) et argumenter les atouts du candidat à l'attribution de l'autorisation d'occupation temporaire du domaine public intercommunal ". Contrairement à ce que soutient la société requérante, une telle formulation était suffisamment exhaustive et précise en ce qui concerne les éléments que les candidats devaient exposer et développer dans le cadre de leur candidature au titre de leur motivation.

5. D'autre part, il résulte tant des termes de l'avis public à la concurrence que de ceux du règlement de consultation de la communauté d'agglomération de Maubeuge-Val-de-Sambre que l'autorisation délivrée doit permettre de développer une activité de maintenance des aéronefs sur le site de l'aérodrome de Maubeuge-Elesmes et qu'à cet effet, sont prévues l'occupation du hangar n°2 servant d'atelier mécanique ainsi que celle bungalow 2b à usage de bureau. La communauté d'agglomération a ainsi suffisamment précisé ses besoins en ce qui concerne l'exploitation économique de ces lieux et ses attentes pour ce qui est du développement de l'activité de l'aérodrome.

6. Enfin, la circonstance que la société Takeoff n'a pas préalablement eu connaissance de l'identité du candidat retenu ni des mérites de son offre est sans incidence sur la validité de l'autorisation contractuelle d'occupation temporaire en litige.

7. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance du principe de transparence doit être écarté.

8. En second lieu, il résulte de l'instruction que la communauté d'agglomération de Maubeuge-Val-de-Sambre a procédé, au regard des critères mentionnés au point 4 du présent jugement, à une comparaison des offres présentées par la société Takeoff et la société retenue. Au terme de la comparaison ainsi effectuée, le communauté d'agglomération a attribué à l'offre de la société requérante un total de 30 points sur 100 contre 80 sur 100 pour la société concurrente. Il apparaît que l'offre de la société Takeoff ne comportait aucun service de maintenance des aéronefs contrairement à celle de la société SD Air ULM. Dans ces conditions, la communauté d'agglomération de Maubeuge-Val-de-Sambre en attribuant aucun point à l'offre de la société Takeoff au titre du critère " qualité du projet " et en estimant que celle-ci ne répondait pas à ses attentes en termes de développement de l'activité de l'aérodrome n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation. Le moyen doit, par suite, être écarté.

9. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur leur recevabilité, que les conclusions à fin d'annulation de la convention conclue entre la communauté d'agglomération de Maubeuge-Val-de-Sambre et la société SD Air ULM quant à l'occupation temporaire référencée A5 du hangar n°2 et du bungalow n°2b relevant de l'aérodrome de Maubeuge-Elesmes doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

10. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation de la société Takeoff, n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, ses conclusions à fin d'injonction doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de la communauté d'agglomération de Maubeuge-Val-de-Sambre, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, le versement de la somme que la société requérante demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. En revanche, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la société Takeoff le versement d'une somme de 1 500 euros au bénéfice de la communauté d'agglomération de Maubeuge-Val-de-Sambre en application de ces mêmes dispositions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la société Takeoff est rejetée.

Article 2 : La société Takeoff versera à la communauté d'agglomération de Maubeuge-Val-de-Sambre une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la société Takeoff et à la communauté d'agglomération de Maubeuge-Val-de-Sambre.

Copie en sera adressée à la société SD Air ULM.

Délibéré après l'audience du 10 novembre 2022, à laquelle siégeaient :

- M. Chevaldonnet, président,

- Mme Grard, première conseillère,

- Mme Leclère, conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 décembre 2022.

La rapporteure,

Signé

M. LECLERE

Le président,

Signé

B. CHEVALDONNETLa greffière,

Signé

M. B

La République mande et ordonne au préfet du Nord ce en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

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