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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2002876

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2002876

mercredi 13 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2002876
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation2ème Chambre
Avocat requérantSEBBANE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 4 juin 2020, Mme A B, représentée par Me Dewaele, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision verbale du 2 mars 2020 par laquelle le préfet du Nord a refusé d'enregistrer sa demande de certificat de résidence algérien ;

2°) d'enjoindre au même préfet d'enregistrer sa demande de certificat de résidence et de lui délivrer un récépissé l'autorisant à travailler, dans un délai de 8 jours à compter de la notification du présent jugement, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros à verser à son conseil sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à charge pour ce dernier de renoncer au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Elle soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'un vice d'incompétence de son auteur ;

- elle n'est pas motivée ;

- elle méconnaît les stipulations du 5° de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Une mise en demeure a été adressée le 18 mars 2021 au préfet du Nord, qui n'a pas produit de mémoire.

Par une décision du 20 octobre 2020, Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1967 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Après avoir entendu le rapport de M. D au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A B, ressortissante algérienne née le 15 février 2002 à Bousaada (Algérie), déclare être entrée avec sa mère en France en juin 2018 munie d'un visa Schengen de court séjour délivré par les autorités espagnoles le 2 juin de la même année. Elle s'est présentée le 2 mars 2020 au guichet de la préfecture du Nord afin de voir enregistrer sa demande de certificat de résidence algérien présentée sur le fondement des stipulations du 5° de l'article 6 de l'accord franco-algérien, ce qu'un agent présent au guichet de la préfecture a refusé. Par la présente requête, Mme B demande au tribunal l'annulation de cette décision verbale.

Sur l'acquiescement aux faits :

2. Aux termes de l'article R. 612-6 du code de justice administrative : " Si, malgré une mise en demeure, la partie défenderesse n'a produit aucun mémoire, elle est réputée avoir acquiescé aux faits exposés dans les mémoires du requérant ".

3. Le préfet du Nord, qui n'a pas produit d'observations en défense malgré la mise en demeure qui lui a été adressée le 18 mars 2021, doit être réputé avoir acquiescé aux faits exposés dans la requête en application de l'article R. 612-6 précité du code de justice administrative. Cette circonstance ne dispense toutefois pas le tribunal, d'une part, de vérifier que les faits allégués par la requérante ne sont pas contredits par les autres pièces versées au dossier, d'autre part, de se prononcer sur les moyens de droit que soulève l'examen de l'affaire.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. Aux termes de l'article R. 311-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction applicable au présent litige : " Tout étranger, âgé de plus de dix-huit ans ou qui sollicite un titre de séjour () est tenu de se présenter () à la préfecture ou à la sous-préfecture, pour y souscrire une demande de titre de séjour du type correspondant à la catégorie à laquelle il appartient () ". Aux termes de l'article R. 313-1 de ce code, dans sa version alors applicable : " L'étranger qui sollicite la délivrance d'une première carte de séjour doit présenter à l'appui de sa demande, outre les pièces mentionnées à l'article R. 311-2-2, les pièces suivantes : / 1° Les documents, mentionnés à l'article R. 211-1, justifiant qu'il est entré régulièrement en France ; / 2° Sauf stipulation contraire d'une convention internationale applicable en France, un visa pour un séjour d'une durée supérieure à trois mois autre que celui mentionné au 3° de l'article R. 311-3 ; / 3° Un certificat médical délivré dans les conditions fixées par arrêté conjoint du ministre chargé de la santé et du ministre chargé de l'immigration sauf exemptions prévues par le présent code. La présentation du certificat médical est différée au moment de la remise du titre de séjour à l'étranger ; / 4° Trois photographies de face, tête nue, de format 3,5 × 4,5 cm, récentes et parfaitement ressemblantes ; / 5° Un justificatif de domicile ou d'une déclaration de domiciliation mentionnée à l'article R. 744-2 ".

5. Il résulte des dispositions précitées qu'en dehors du cas d'une demande à caractère abusif ou dilatoire, l'autorité administrative chargée d'instruire une demande de titre de séjour ne peut refuser de l'enregistrer que si le dossier présenté à l'appui de cette demande est incomplet. Le caractère abusif ou dilatoire de la demande doit s'apprécier compte tenu d'éléments circonstanciés.

6. Il ressort des pièces du dossier, notamment des attestations du 24 et du 25 mai 2020 établies par la mère et le beau-père de la requérante, que celle-ci s'est rendue au guichet de la préfecture du Nord le 2 mars 2020 afin de déposer une demande de certificat de résidence algérien et que l'agent présent au guichet a refusé d'enregistrer sa demande, au motif qu'elle ne justifiait pas d'un visa de long séjour. Dans ces circonstances, le refus d'enregistrement contesté doit être regardé comme ayant été motivé par une appréciation portée sur le droit de l'intéressée à obtenir un certificat de résidence. Or, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'agent ayant refusé d'enregistrer la demande de certificat de résidence de la requérante disposait d'une délégation du préfet l'habilitant à prendre une telle décision au nom de celui-ci. Par suite, Mme B est fondée à soutenir que la décision attaquée a été adoptée par une autorité incompétente et à en demander l'annulation.

7. Il résulte de tout ce qui précède que, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, la décision du 2 mars 2020 portant refus d'enregistrement de la demande de certificat de résidence de Mme B doit être annulée.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

8. Eu égard au motif d'annulation retenu, l'exécution du présent jugement implique que le préfet du Nord enregistre la demande de certificat de résidence présentée par Mme B et qu'il lui délivre le récépissé prévu à l'article R. 431-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il y a lieu de lui enjoindre d'y procéder dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu, en revanche, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

9. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La décision préfectorale du 2 mars 2020 est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au préfet du Nord d'enregistrer la demande de certificat de résidence présentée par Mme B et de lui délivrer le récépissé prévu à l'article R. 431-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B, au préfet du Nord et à Me Dewaele.

Délibéré après l'audience du 5 juillet 2022, à laquelle siégeaient :

M. Bauzerand, président,

M. Even, conseiller,

Mme Piou, conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 juillet 2022.

Le président-rapporteur,

signé

Ch. DL'assesseur le plus ancien,

signé

P. Even

La greffière,

signé

M. C

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

N° 2003834

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