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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2005803

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2005803

lundi 18 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2005803
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantSCP BIGNON LEBRAY & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 19 août 2020, M. C A, représenté par la SCP Bignon Lebray, demande au tribunal :

1°) d'annuler les titres de perception émis à son encontre le 1er août 2019 par le directeur départemental des territoires et de la mer du Nord au titre de la taxe d'aménagement pour un montant total de 15 678 euros, ensemble la décision implicite de rejet de son recours gracieux ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- les deux titres de perception ne mentionnent pas les bases de liquidation de la créance en cause, en méconnaissance des dispositions de l'article 24 du décret n°2012-1246 du 7 novembre 2012 ;

- ils ont été émis en méconnaissance des dispositions de l'article L. 331-24 du code de l'urbanisme ;

- ils sont illégaux en raison de l'illégalité, invoquée par voie d'exception, de la délibération en date du 29 novembre 2012 du conseil municipal de Wannehain en tant que celle-ci est insuffisamment motivée.

.

Par un mémoire en défense, enregistré le 4 février 2021, le directeur départemental des finances publiques du Calvados déclare qu'il n'est pas compétent pour examiner le bien-fondé de la créance eu égard aux dispositions de l'article 11 du décret du 7 novembre 2012 relatif à la gestion budgétaire et comptable publique.

Par un mémoire en défense, enregistré le 19 janvier 2022, le préfet du Nord, conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Par un mémoire en défense, enregistré le 20 janvier 2022, la commune de Wannehain, représentée par Me Kerrich, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 1 500 euros soit mise à la charge de M. A en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts ;

- le code de l'urbanisme ;

- le décret n°2012-1246 du 7 novembre 2012 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme B,

- les conclusions de M. Babski, rapporteur public,

- les observations de Me Mercier, représentant M. A.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 18 février 2015, le maire de la commune de Wannehain a délivré un permis de construire à M. A pour la construction d'une maison d'habitation. Par deux titres de perception émis le 1er août 2019, le directeur départemental des territoires et de la mer du Nord a mis à la charge de M. A le paiement de la somme de 15 678 euros au titre de la taxe d'aménagement afférente au permis de construire précité. Par un courrier notifié le 14 octobre 2019, l'intéressé a présenté un recours administratif à l'encontre de ces titres de perception. Ce recours a fait l'objet d'une décision implicite de rejet. Par la requête susvisée, M. A demande au tribunal d'annuler les deux titres de perception émis le 1er août 2019 à son encontre ainsi que le rejet implicite de son recours gracieux.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la mention des bases de liquidation :

2. Aux termes de l'article 24 du décret du 7 novembre 2012 relatif à la gestion budgétaire et comptable publique : " Toute créance liquidée faisant l'objet d'une déclaration ou d'un ordre de recouvrer indique les bases de la liquidation ". Pour l'application de ces dispositions, un titre de perception doit indiquer les bases de liquidation de la dette et l'administration ne peut mettre en recouvrement une créance sans indiquer, soit dans le titre lui-même, soit par référence précise à un document joint à l'état exécutoire ou précédemment adressé au débiteur, les bases et les éléments de calcul sur lesquels elle se fonde pour mettre les sommes en cause à la charge de ce débiteur.

3. Il ressort des pièces du dossier que les titres de perception contestés indiquent que la créance réclamée a trait à la taxe d'aménagement, visent les articles L. 331-1 à L. 331-34 du code de l'urbanisme et mentionnent le fait générateur de cette créance, à savoir le permis de construire délivré le 18 février 2015. Ils comportent une rubrique " détail de la somme à payer " précisant l'emplacement du projet, la surface taxable totale créée, la valeur forfaitaire applicable, le nombre de places de stationnement situées à l'extérieur de la construction, ainsi que la valeur de ces emplacements. Ils précisent en outre les montants des parts communale et départementale ainsi que le taux communal et le taux départemental appliqués. Dans ces circonstances, les titres contestés comportent les indications mettant M A à même de discuter utilement les bases de liquidation de sa dette même si les délibérations des collectivités territoriales ayant décidé des taux applicables en l'espèce n'ont pas été jointes aux titres, que ceux-ci ne rappellent pas la date de ces délibérations et qu'ils ne mentionnent aucun taux d'abattement. Par suite le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article 24 du décret du 7 novembre 2012 doit être écarté.

En ce qui concerne la méconnaissance de l'article L. 331-24 du code de l'urbanisme :

4. Aux termes de l'article L. 331-21 du code de l'urbanisme, dans sa version applicable au litige : " Le droit de reprise de l'administration s'exerce jusqu'au 31 décembre de la quatrième année qui suit, selon les cas, celle de la délivrance de l'autorisation de construire ou d'aménager, celle de la décision de non-opposition ou celle à laquelle l'autorisation est réputée avoir été accordée () ". Aux termes de l'article L. 331-24 du même code, dans sa rédaction applicable au litige : " La taxe d'aménagement et la pénalité dont elle peut être assortie en vertu de l'article L. 331-23 sont recouvrées par les comptables publics compétents comme des créances étrangères à l'impôt et au domaine. / Le recouvrement de la taxe fait l'objet de l'émission de deux titres de perception correspondant à deux fractions égales à la moitié de la somme totale à acquitter, ou de l'émission d'un titre unique lorsque le montant n'excède pas 1 500 €. / Les titres sont respectivement émis douze et vingt-quatre mois après la date de délivrance de l'autorisation de construire ou d'aménager, la date de la décision de non-opposition ou la date à laquelle l'autorisation est réputée avoir été accordée () ".

5. Ces dispositions ont pour effet, lorsque le montant de la taxe d'aménagement excède 1 500 euros, d'une part, de rendre obligatoire l'émission de deux titres de perception d'un même montant, d'autre part, de faire obstacle à l'émission du premier de ces titres moins de douze mois après la date de délivrance de l'autorisation de construire et à l'émission du second de ces titres moins de vingt-quatre mois après cette même date, sans imposer par ailleurs un délai minimal de douze mois entre l'émission des deux titres.

6. Il résulte de ce qui précède que le directeur départemental des territoires et de la mer du Nord pouvait, dans le délai de reprise prévu à l'article L. 331-21 du code de l'urbanisme, qui expirait le 31 décembre 2019, et sans méconnaître l'article L. 331-24 du même code, émettre simultanément le 1er août 2019 les deux titres de perception prévus par cet article, cette date étant postérieure de plus de vingt-quatre mois à la date de délivrance du permis de construire. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 331-24 du code de l'urbanisme doit être écarté.

En ce qui concerne l'exception d'illégalité portant sur la délibération communale :

7. Aux termes de l'article L. 331-14 du code de l'urbanisme, dans sa version applicable au litige : " Par délibération adoptée avant le 30 novembre, les communes ou établissements publics de coopération intercommunale bénéficiaires de la part communale ou intercommunale de la taxe d'aménagement fixent les taux applicables à compter du 1er janvier de l'année suivante. / Les communes ou établissements publics de coopération intercommunale peuvent fixer des taux différents dans une fourchette comprise entre 1 % et 5 %, selon les aménagements à réaliser, par secteurs de leur territoire définis par un document graphique figurant, à titre d'information, dans une annexe au plan local d'urbanisme ou au plan d'occupation des sols. A défaut de plan local d'urbanisme ou de plan d'occupation des sols, la délibération déterminant les taux et les secteurs ainsi que le plan font l'objet d'un affichage en mairie, conformément aux dispositions des articles L. 2121-24 et L. 2131-1 du code général des collectivités territoriales. / La délibération est valable pour une période d'un an. Elle est reconduite de plein droit pour l'année suivante si une nouvelle délibération n'a pas été adoptée dans le délai prévu au premier alinéa. / En l'absence de toute délibération fixant le taux de la taxe, ce dernier est fixé à 1 % dans les communes ou les établissements publics de coopération intercommunale où la taxe est instituée de plein droit." Aux termes de l'article L. 331-15 du même code, dans sa rédaction applicable au litige : " Le taux de la part communale ou intercommunale de la taxe d'aménagement peut être augmenté jusqu'à 20 % dans certains secteurs par une délibération motivée, si la réalisation de travaux substantiels de voirie ou de réseaux ou la création d'équipements publics généraux est rendue nécessaire en raison de l'importance des constructions nouvelles édifiées dans ces secteurs () ".

8. D'une part, il résulte de ces dispositions qu'une délibération prise sur le fondement de l'article L. 331-15 du code de l'urbanisme a pour objet d'instaurer dans certains secteurs d'une commune un taux majoré pour le calcul de la taxe d'aménagement permettant de financer des travaux de voirie ou la création d'équipements publics non encore réalisés, rendus nécessaires afin de répondre aux besoins des futurs habitants ou usagers des constructions à édifier dans ces secteurs. Une telle délibération a pour effet d'établir des règles générales et impersonnelles, lesquelles ont vocation à s'appliquer de façon permanente à toutes les situations entrant dans son champ d'application. Par conséquent, elle revêt un caractère réglementaire.

9. D'autre part, le contrôle exercé par le juge administratif sur un acte qui présente un caractère réglementaire porte sur la compétence de son auteur, les conditions de forme et de procédure dans lesquelles il a été édicté, l'existence d'un détournement de pouvoir et la légalité des règles qu'il énonce. Après l'expiration du délai de recours contentieux, une telle contestation peut être formée par voie d'exception à l'appui de conclusions dirigées contre une décision administrative ultérieure prise pour l'application de l'acte réglementaire ou dont ce dernier constitue la base légale. Cependant, si dans le cadre de cette contestation, la légalité des règles fixées par l'acte réglementaire, la compétence de son auteur et l'existence d'un détournement de pouvoir peuvent être utilement critiquées, il n'en va pas de même des conditions d'édiction de cet acte, les vices de forme et de procédure dont il serait entaché ne pouvant être utilement invoqués que dans le cadre du recours pour excès de pouvoir dirigé contre l'acte réglementaire lui-même et introduit avant l'expiration du délai de recours contentieux.

10. Il ressort des pièces du dossier que par une délibération n° 2012-11-29-7.2 en date du 29 novembre 2012, le conseil municipal de Wannehain a fixé à 20 % le taux de la part communale de la taxe d'aménagement en ce qui concerne la zone UC " Allée du bois ", la zone AUmr, la zone Ub " Poirier " et la zone A " Plaine de Maraiche ". Il résulte par ailleurs des mentions de cette délibération qu'elle a été affichée en mairie à compter du 30 novembre 2012 et qu'à cette même date, elle a fait l'objet d'une transmission aux services de la préfecture du Nord. Ainsi, à la date à laquelle le requérant a invoqué, par voie d'exception, l'illégalité de cette délibération en tant qu'elle serait insuffisamment motivée, le délai de recours contentieux concernant cette décision communale était expiré. Dans ces circonstances, M. A ne peut utilement invoquer un tel argument relatif à la forme de cet acte à l'appui de ses conclusions tendant à l'annulation des titres de perception litigieux. Par suite, le moyen tiré de l'illégalité de la délibération du 29 novembre 2012 doit être écarté, le requérant n'établissant ni même n'alléguant par ailleurs l'absence de bien-fondé de cet acte.

11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme demandée par M. A au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce et en tout état de cause, de mettre à la charge de M. A la somme demandée par la commune de Wannehain au même titre.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Les conclusions de la commune de Wannehain présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C A, au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires et à la commune de Wannehain.

Copie en sera adressée au préfet du Nord, au directeur régional des finances publiques des Hauts-de-France et au directeur départemental des finances publiques du Calvados.

Délibéré après l'audience du 16 juin 2022, à laquelle siégeaient :

- M. Chevaldonnet, président,

- M. Liénard, conseiller,

- Mme Leclère, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 juillet 2022.

La rapporteure,

Signé

M. LECLERE

Le président,

Signé

B. CHEVALDONNETLa greffière,

Signé

J. DEREGNIEAUX

La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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