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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2007107

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2007107

mardi 13 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2007107
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantOKITADJONGA-ANYIKOY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des pièces, enregistrés le 6 octobre 2020, le 12 octobre 2020 et le 19 mars 2021, M. B A, représenté par Me Okitadjonga Anyikoy, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler la décision du 3 septembre 2020 par laquelle le préfet du Nord a rejeté sa demande d'admission exceptionnelle au séjour ;

3°) d'enjoindre le préfet du Nord de procéder à l'enregistrement de sa demande d'admission exceptionnelle au séjour dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

4°) d'enjoindre le préfet du Nord à lui délivrer une carte de séjour temporaire dans le délai de 15 jours à compter du présent jugement, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 contre renonciation de la part de ce conseil au bénéfice de l'indemnité versée au titre de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- il n'est pas établi que la décision a été prise par une personne qui était compétente pour ce faire ;

- cette décision n'est pas suffisamment motivée ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 312-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les dispositions du 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 12 octobre 2020 et le 6 février 2023, le préfet du Nord conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

L'aide juridictionnelle totale a été accordée à M. A par une décision du 14 décembre 2020.

La clôture de l'instruction a été fixée au 1er mars 2023 par une ordonnance du 7 février 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Monteil a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, né le 1er janvier 1991 au Mali, de nationalité malienne, a sollicité son admission exceptionnelle au séjour. Par une décision du 3 septembre 2020, dont le requérant demande l'annulation, le préfet du Nord a rejeté sa demande.

Sur les conclusions tendant à l'octroi de l'aide juridictionnelle à titre provisoire :

2. Par une décision du 14 décembre 2020, postérieure à l'introduction de la requête, M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, il n'y a plus lieu de statuer sur sa conclusions tendant à ce qu'il soit admis à l'aide juridictionnelle provisoire.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. Aux termes de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, applicable à la date de la décision en litige : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " est délivrée de plein droit : / () 7° A l'étranger ne vivant pas en état de polygamie, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France, appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'intéressé, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec la famille restée dans le pays d'origine, sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, sans que la condition prévue à l'article L. 313-2 soit exigée. L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ; () ". L'article L. 313-14 du même code, alors applicable, dispose : " La carte de séjour temporaire mentionnée à l'article L. 313-11 ou la carte de séjour temporaire mentionnée aux 1° et 2° de l'article L. 313-10 peut être délivrée, sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, à l'étranger ne vivant pas en état de polygamie dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 313-2./ () ". Aux termes de l'article R. 313-21 de ce code, alors applicable : " Pour l'application du 7° de l'article L. 313-11, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de la vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine. () ". Il résulte des dispositions combinées des articles L. 313-11, L. 313-10 et L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors en vigueur, que l'admission exceptionnelle au séjour, qui permet à des étrangers qui ne détiennent pas de visa de long séjour de se voir délivrer une carte de séjour temporaire, peut prendre la forme d'une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " ou d'une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ".

4. Il ressort des pièces du dossier que M. A a saisi les services de la préfecture du Nord en vue de son admission exceptionnelle au séjour et l'obtention d'un titre de séjour " vie privée et familiale " sur le fondement des dispositions du 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article L. 313-14 du même code. Pour rejeter sa demande, par la décision contestée, le préfet du Nord s'est fondé sur les circonstances qu'il n'était pas conjoint d'une ressortissante étrangère en situation régulière sur le territoire français, qu'il ne justifiait pas de dix ans de présence sur le territoire français, qu'il ne disposait pas d'une ancienneté de travail de huit mois, consécutifs ou non, sur les 24 derniers mois ou de 30 mois, consécutifs ou non, sur les cinq dernières années et que, enfin, il ne disposait pas du formulaire Cerfa n° 15186*01 ou 15187*01. Le préfet du Nord, par la décision contestée, pour se fonder sur ces considérations, ne fait état d'aucune disposition législative ou réglementaire, rappelant par ailleurs, à juste titre, que les indications figurant dans la circulaire dite " Valls " ne constituaient que de simples orientations générales. Ainsi, la décision contestée est insuffisamment motivée en droit et doit, pour ce motif, être annulée.

5. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens, que la décision contestée doit être annulée.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

6. Le présent jugement implique nécessairement que le préfet du Nord statue à nouveau sur la demande présentée par M. A. Il y a lieu de fixer au préfet du Nord pour ce faire un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, sans qu'il soit besoin, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais d'instance :

7. Ainsi qu'il a été dit au point 2, M. A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Okitadjonga Anyikoy, conseil de M. A, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Okitadjonga Anyikoy de la somme de 1 200 euros.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions à fin d'octroi de l'aide juridictionnelle à titre provisoire présentées par M. A.

Article 2 : La décision du 3 septembre 2020 par laquelle le préfet du Nord a rejeté la demande d'admission exceptionnelle au séjour présentée par M. A est annulée.

Article 3 : Il est enjoint au préfet du Nord de statuer à nouveau sur la demande présentée par M. A dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 4 : L'Etat versera à Me Okitadjonga Anyikoy la somme de 1 200 (mille deux cents) euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 contre renonciation de sa part au bénéfice de l'indemnité versée au titre de l'aide juridictionnelle.

Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, au préfet du Nord et à Me Okitadjonga Anyikoy.

Délibéré après l'audience du 23 mai 2023 à laquelle siégeaient :

M. Fabre, président,

Mme Monteil, première conseillère,

Mme Piou, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 juin 2023.

La rapporteure,

Signé

A.-L. MONTEIL Le président,

Signé

X. FABRE

La greffière,

Signé

A. DOUVRY

La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

5

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