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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2007852

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2007852

mardi 14 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2007852
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème Chambre
Avocat requérantMARSEILLE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des pièces, enregistrées les 31 octobre 2020 et 5 mars 2021, M. C B, représenté par Me Marseille, demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions implicites des 25 juillet 2019 et 5 juillet 2020 par lesquelles le préfet du Nord a rejeté ses demandes de délivrance d'une carte de résident ;

2°) d'enjoindre à ce préfet de lui délivrer une carte de résident dans le mois suivant la notification du présent jugement, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa situation sous la même astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, contre renonciation de la part de ce conseil au bénéfice de l'indemnité versée au titre de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- ces décisions sont dépourvues de motivation ;

- elles méconnaissent les dispositions de l'article L. 314-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 30 avril 2021, le préfet du Nord conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés dans la requête sont infondés.

La clôture d'instruction a été fixée au 25 mai 2021 à 12h00 par une ordonnance du 23 avril 2021.

M. B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 2 juin 2020.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Après avoir entendu le rapport de Mme A au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. C B, ressortissant marocain né le 12 décembre 1969 à Douar Dhamna (Maroc), a bénéficié à compter de l'année 2008 d'un titre de séjour en qualité de salarié, régulièrement renouvelé jusqu'en 2013. Le préfet du Nord lui a ensuite délivré une carte de séjour temporaire annuelle mention " vie privée et familiale " au titre de ses liens personnels et familiaux en France, valable à compter du 10 juillet 2013, régulièrement renouvelé jusqu'au 4 juillet 2019. M. B soutient, sans être contesté, avoir sollicité, avant cette dernière date, la délivrance d'une carte de résident sur le fondement des dispositions de l'article L. 314-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il s'est cependant vu délivrer un titre de séjour annuel valable du 5 juillet 2019 au 4 juillet 2020. Par ailleurs, il soutient également, sans être contesté, avoir une seconde fois sollicité avant l'expiration de ce titre de séjour la délivrance d'une carte de résident sur le fondement de l'article L. 314-8 précité et s'être une seconde fois vu délivrer en lieu et place un titre de séjour annuel valable du 5 juillet 2020 au 4 juillet 2021. Par la présente requête, M. B demande au tribunal d'annuler ces décisions en tant qu'elles portent implicitement rejet de ses demandes de carte de résident.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision implicite du 5 juillet 2019 :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. /A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; / () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ". Enfin, aux termes de l'article L. 232-4 de ce code : " Une décision implicite intervenue dans les cas où la décision explicite aurait dû être motivée n'est pas illégale du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation. / Toutefois, à la demande de l'intéressé, formulée dans les délais du recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiqués dans le mois suivant cette demande. Dans ce cas, le délai du recours contentieux contre ladite décision est prorogé jusqu'à l'expiration de deux mois suivant le jour où les motifs lui auront été communiqués ".

3. Il ne ressort pas des pièces du dossier que l'intéressé aurait sollicité la communication des motifs de cette décision implicite. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation ne peut qu'être écarté comme étant inopérant.

4. En second lieu, aux termes des dispositions de l'article L. 314-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction alors en vigueur : " Une carte de résident portant la mention " résident de longue durée-UE " est délivrée de plein droit à l'étranger qui justifie :/ 1° D'une résidence régulière ininterrompue d'au moins cinq ans en France au titre de l'une des cartes de séjour temporaires () / 2° De ressources stables, régulières et suffisantes pour subvenir à ses besoins. Ces ressources doivent atteindre un montant au moins égal au salaire minimum de croissance. () La condition prévue au présent 2° n'est pas applicable lorsque la personne qui demande la carte de résident est titulaire de l'allocation aux adultes handicapés mentionnée à l'article L. 821-1 du code de la sécurité sociale () ;/ 3° D'une assurance maladie./ () ". Aux termes de l'article L. 314-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, applicable aux demandes de carte de résident portant la mention "résident de longue durée-CE" en vertu de l'article L. 314-10 du même code : " Lorsque des dispositions législatives du présent code le prévoient, la délivrance d'une première carte de résident est subordonnée à l'intégration républicaine de l'étranger dans la société française, appréciée en particulier au regard de son engagement personnel à respecter les principes qui régissent la République française, du respect effectif de ces principes et de sa connaissance de la langue française, qui doit être au moins égale à un niveau défini par décret en Conseil d'Etat.".. Enfin, aux termes de l'article R. 314-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers dispose : " Pour l'application des dispositions des articles L. 314-8, L. 314-8-1, L. 314-8-2 et L. 314-9, l'étranger présente à l'appui de sa demande de carte de résident ou de carte de résident portant la mention " résident de longue durée-UE ", outre les pièces mentionnées à l'article R. 311-2-2, les pièces suivantes : / () / 5° Pour l'appréciation de la condition d'intégration prévue à l'article L. 314-2 : / () / b) Les diplômes ou certifications permettant d'attester de sa maîtrise du français à un niveau égal ou supérieur au niveau A2 du cadre européen commun de référence pour les langues du Conseil de l'Europe tel qu'adopté par le comité des ministres du Conseil de l'Europe dans sa recommandation CM/ Rec (2008) 7 du 2 juillet 2008, dont la liste est définie par un arrêté du ministre chargé de l'accueil et de l'intégration ; les personnes qui présentent un handicap ou un état de santé déficient chronique peuvent, sur présentation d'un certificat médical conforme au modèle fixé par arrêté conjoint du ministre chargé de l'accueil et de l'intégration et des ministres chargés de la santé et des personnes handicapées, bénéficier d'aménagements d'épreuves pour le passage d'un test linguistique si leur état le justifie ou, en cas d'impossibilité de passer un tel test, être dispensées de la production de ces diplômes ou certifications./ ()".

5. S'il n'est pas contesté que M. B remplit les conditions prévues aux dispositions de l'article L. 314-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il ne justifie toutefois pas avoir produit, au soutien de sa demande de carte de résident présentée sur le fondement de ces dispositions, le justificatif de maîtrise de la langue française exigé par les dispositions de l'article R. 314-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile rappelées au point précédent et ainsi satisfaire à la condition prévue à l'article L. 314-2 du même code. Par suite, et pour ce seul motif, le préfet du Nord a pu légalement lui refuser la carte de résident qu'il sollicitait sur le fondement de l'article L. 314-8 de ce code. Le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions doit, par suite, être écarté.

6. Il en résulte que M. B n'est pas fondé à demander au tribunal d'annuler la décision implicite du 25 juillet 2019 qu'il conteste.

En ce qui concerne la décision implicite du 5 juillet 2020 :

7. Par courrier du 16 septembre 2020, reçu le 18 septembre suivant, M. B a sollicité du préfet du Nord la communication des motifs de sa décision implicite de rejet de sa demande de carte de résident. Par un courriel du 23 mars 2021, le préfet du Nord, statuant expressément sur cette demande formulée sur le fondement des dispositions de l'article L. 314-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, a communiqué en même temps les motifs de sa décision de rejet.

8. En premier lieu, si la décision implicite par laquelle l'administration rejette une demande qui lui est adressée peut être déférée au juge de l'excès de pouvoir, une décision explicite de rejet intervenue postérieurement, qu'elle fasse suite ou non à une demande de communication des motifs de la décision implicite présentée en application des dispositions de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration, se substitue à la première décision. Il en résulte que des conclusions à fin d'annulation de cette première décision doivent être regardées comme dirigées contre la seconde et que, dès lors, celle-ci ne peut être utilement contestée au motif que l'administration aurait méconnu les dispositions de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration en ne communiquant pas les motifs de sa décision implicite de rejet dans le délai d'un mois qu'elles lui impartissent. Il en résulte que les conclusions de M. B dirigées contre la décision implicite de rejet de sa demande de carte de résident du 5 juillet 2020 doivent donc être regardées comme dirigées contre la décision explicite du 23 mars 2021. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration doit être écarté comme étant inopérant.

9. En second lieu, pour les mêmes motifs que ceux retenus au point 5, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 314-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation des décisions contestées doivent être rejetées. Par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte ainsi que celles présentées au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 doivent l'être également.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et au préfet du Nord.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 21 février 2023, à laquelle siégeaient :

M. Fabre, président,

Mme Monteil, première conseillère,

Mme Piou, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 mars 2023.

La rapporteure,

Signé

C. A

Le président,

Signé

X. FABRE

La greffière,

Signé

A. DOUVRY

La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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