LogoMeilleurAvocats.fr
AvocatsAssistant IABlogPrix
ConnexionDéposer ma demande

Vous avez un problème juridique ?

Décrivez votre situation en 2 minutes — un avocat spécialisé vous répond sous 24h.

Déposer ma demandeJe suis avocat
Logo MeilleurAvocats.frMeilleurAvocats.fr

Mise en relation avocat–client par l'IA. Gratuit pour les particuliers.

Particuliers

  • Déposer une demande
  • Trouver un avocat
  • Assistant IA gratuit
  • Bibliothèque juridique
  • Guides pratiques
  • Jurisprudence

Avocats

  • Pour les avocats
  • Espace avocat
  • Tarifs et formules
  • Recevoir des leads
  • Programme d'affiliation
  • Contact commercial

Spécialités

  • Droit général
  • Droit du travail
  • Droit de la sécurité sociale et de la protection sociale
  • Droit fiscal et droit douanier
  • Droit de la famille, des personnes et de leur patrimoine
  • Droit immobilier

Légal

  • Mentions légales
  • Confidentialité
  • CGU
  • Cookies
  • Contact

Newsletter juridique hebdomadaire

Décisions clés, évolutions législatives, conseils pratiques — chaque semaine.

© 2026 MeilleurAvocats.fr— KONSEIL SAS. Tous droits réservés.

Mentions légales|Confidentialité|Cookies

BOB★La messagerie française & cryptée pour des échanges confidentiels entre avocats et clients.

En savoir +TéléchargerBOB
AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2008373

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2008373

vendredi 18 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2008373
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation8ème chambre
Avocat requérantRAMAS-MUHLBACH

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 20 novembre 2020 et 11 mai 2021, M. D A, représenté par Me Ramas Muhlbach puis Me Navy, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 11 août 2020 par laquelle le préfet du Pas-de-Calais a implicitement rejeté sa demande de regroupement familial sur place au bénéfice de son épouse, Mme B C ;

2°) d'enjoindre au préfet du Pas-de-Calais d'admettre son épouse au bénéfice du regroupement familial ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- sa requête est recevable, son conseil ayant saisi les services préfectoraux le 11 juin 2020 ;

- la décision attaquée porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale, tel que garanti par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme ; la présence et le soutien de son épouse dans sa vie quotidienne sont indispensables, compte tenu de la gravité des séquelles de son accident vasculaire cérébral ;

- la présence en France de son épouse n'obligeait pas l'autorité préfectorale a rejeté sa demande de regroupement familial ;

- il remplit les conditions ouvrant droit au bénéfice du regroupement familial, eu égard au montant de ses ressources, aux caractéristiques de son logement et à son état de santé.

Par un mémoire en défense et une pièce complémentaire, enregistrés les 25 mars 2021 et 7 avril 2021, le préfet du Pas-de-Calais conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que la requête est irrecevable, car tardive et dirigée contre une décision implicite inexistante, et que les moyens soulevés sont, en tout état de cause, infondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, conclue à Rome le 4 novembre 1950 ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, modifié, relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour en France des ressortissants algériens et de leurs familles ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. F a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant algérien né en 1968, est entré en France en 2005. Titulaire d'un certificat de résidence algérien valable jusqu'au 27 mai 2027, il a été rejoint en septembre 2014 par son épouse, Mme C, et a déposé, le 9 octobre 2018, une demande de regroupement familial sur place au bénéfice de cette dernière. Par courrier du 12 août 2019, le préfet du Pas-de-Calais l'a invité à justifier qu'à compter du dépôt de cette demande, son épouse avait " établi à nouveau sa résidence principale en Algérie ". Par un courrier du 9 décembre 2019, la même autorité, constatant l'absence de production de justificatifs en ce sens, a informé l'intéressé de sa décision de " classer sans suite " son " dossier restant incomplet ". Par un " complément d'informations " du 4 juin 2020, reçu en préfecture le 11 juin suivant, le conseil de M. A a fait valoir le droit de l'intéressé à bénéficier d'un regroupement familial sur place et demandé au préfet du Pas-de-Calais de délivrer un certificat de résidence algérien à son épouse. Considérant que le silence gardé par l'administration pendant deux mois avait fait naître, le 11 août 2020, une décision implicite de rejet de sa demande de regroupement familial, M. A, par la présente requête, demande au tribunal d'en prononcer l'annulation.

Sur les fins de non-recevoir :

2. D'une part, il est toujours loisible à la personne intéressée, sauf à ce que des dispositions spéciales en disposent autrement, de former à l'encontre d'une décision administrative un recours gracieux devant l'auteur de cet acte et de ne former un recours contentieux que lorsque le recours gracieux a été rejeté. L'exercice du recours gracieux n'ayant d'autre objet que d'inviter l'auteur de la décision à reconsidérer sa position, un recours contentieux consécutif au rejet d'un recours gracieux doit nécessairement être regardé comme étant dirigé, non pas tant contre le rejet du recours gracieux dont les vices propres ne peuvent être utilement contestés, que contre la décision initialement prise par l'autorité administrative. Il appartient, en conséquence, au juge administratif, s'il est saisi dans le délai de recours contentieux qui a recommencé de courir à compter de la notification du rejet du recours gracieux, de conclusions dirigées formellement contre le seul rejet du recours gracieux, d'interpréter les conclusions qui lui sont soumises comme étant aussi dirigées contre la décision administrative initiale.

3. En l'espèce, le courrier précité du 9 décembre 2019 adressé au requérant par le préfet du Pas-de-Calais doit, compte tenu de ses termes, s'analyser comme une décision de rejet au fond de la demande de regroupement familial déposée par M. A, motivée non par l'incomplétude de son dossier mais par la circonstance que son épouse était déjà présente sur le territoire national. Le courrier précité du 4 juin 2020 adressé par le conseil du requérant au préfet du Pas-de-Calais doit, quant à lui, eu égard à son contenu, s'analyser comme un recours gracieux formé contre la décision précitée du 9 décembre 2019. Dans ces conditions, il résulte des principes rappelés au point 2 que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A doivent être regardées comme dirigées contre ladite décision du 9 décembre 2019 ainsi que contre la décision implicite de rejet de son recours gracieux formé contre cette décision et reçu le 11 juin 2020. Il s'ensuit que la fin de non-recevoir opposée par le préfet du Pas-de-Calais et tirée de ce que la requête serait dirigée contre une décision inexistante ou, à tout le moins, non précisément identifiée, doit être écartée.

4. D'autre part, le principe de sécurité juridique, qui implique que ne puissent être remises en cause sans condition de délai des situations consolidées par l'effet du temps, fait obstacle à ce que puisse être contestée indéfiniment une décision administrative individuelle qui a été notifiée à son destinataire, ou dont il est établi, à défaut d'une telle notification, que celui-ci a eu connaissance. En une telle hypothèse, si le non-respect de l'obligation d'informer l'intéressé sur les voies et les délais de recours, ou l'absence de preuve qu'une telle information a bien été fournie, ne permet pas que lui soient opposés les délais de recours fixés par le code de justice administrative, le destinataire de la décision ne peut exercer de recours juridictionnel au-delà d'un délai raisonnable. En règle générale et sauf circonstances particulières dont se prévaudrait le requérant, ce délai ne saurait, sous réserve de l'exercice de recours administratifs pour lesquels les textes prévoient des délais particuliers, excéder un an à compter de la date à laquelle une décision expresse lui a été notifiée ou de la date à laquelle il est établi qu'il en a eu connaissance.

5. En l'espèce, si le préfet du Pas-de-Calais établit, par les pièces versées aux débats, que la décision attaquée du 9 décembre 2019 a été notifiée à M. A le 11 décembre suivant, il ne ressort ni des mentions de cette décision ni d'aucune autre pièce du dossier que l'intéressé aurait été informé des délais et voies de recours dont il disposait pour la contester. Il en va de même s'agissant du rejet implicite de son recours gracieux formé le 11 juin 2020, dont le préfet n'a pas accusé réception dans les conditions prévues aux articles L.112-3 et L.112-6 du code des relations entre le public et l'administration. Dans ces conditions, en application des principes rappelés au point 4, M. A était recevable à les contester dans le délai raisonnable d'un an courant à compter du 11 décembre 2019. La présente requête ayant été enregistrée au greffe du tribunal le 20 novembre 2020, la fin de non-recevoir opposée par le préfet du Pas-de-Calais et tirée de sa tardiveté doit également être écartée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

6. Aux termes de l'article 4 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " Les membres de la famille qui s'établissent en France sont mis en possession d'un certificat de résidence de même durée de validité que celui de la personne qu'ils rejoignent. / Sans préjudice des dispositions de l'article 9, l'admission sur le territoire français en vue de l'établissement des membres de famille d'un ressortissant algérien titulaire d'un certificat de résidence d'une durée de validité d'au moins un an, présent en France depuis au moins un an sauf cas de force majeure, et l'octroi du certificat de résidence sont subordonnés à la délivrance de l'autorisation de regroupement familial par l'autorité française compétente. / Le regroupement familial ne peut être refusé que pour l'un des motifs suivants : / 1 - le demandeur ne justifie pas de ressources stables et suffisantes pour subvenir aux besoins de sa famille. Sont pris en compte toutes les ressources du demandeur et de son conjoint indépendamment des prestations familiales. L'insuffisance des ressources ne peut motiver un refus si celles-ci sont égales ou supérieures au salaire minimum interprofessionnel de croissance ; / 2 - le demandeur ne dispose ou ne disposera pas à la date d'arrivée de sa famille en France d'un logement considéré comme normal pour une famille comparable vivant en France. / Peut être exclu de regroupement familial : / 1 - un membre de la famille atteint d'une maladie inscrite au règlement sanitaire international ; / 2 - un membre de la famille séjournant à un autre titre ou irrégulièrement sur le territoire français. / Le regroupement familial est sollicité pour l'ensemble des personnes désignées au Titre II du Protocole annexé au présent Accord. Un regroupement partiel peut être autorisé pour des motifs tenant à l'intérêt des enfants () ".

7. E se prononce sur une demande de regroupement familial, le préfet est en droit de rejeter la demande dans le cas où l'intéressé ne justifierait pas remplir l'une ou l'autre des conditions légalement requises notamment, comme en l'espèce, en cas de présence anticipée sur le territoire français du membre de la famille bénéficiaire de la demande. Le préfet dispose toutefois d'un pouvoir d'appréciation et n'est pas tenu par les dispositions précitées.

8. En l'espèce, il ressort des termes mêmes de la décision du 9 décembre 2019 que la demande de regroupement familial déposée par M. A a été rejetée au seul motif que son épouse était déjà présente sur le territoire français, où elle est entrée régulièrement en septembre 2014. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que le requérant a subi, le 14 juin 2018, un accident vasculaire cérébral dont il a conservé d'importantes séquelles qui ont conduit la maison départementale des personnes handicapées du Pas-de-Calais à lui reconnaître, le 10 octobre 2019, la qualité de travailleur handicapé, à lui accorder, le même jour, le bénéfice de l'allocation aux adultes handicapés et à lui délivrer, le 12 mai 2020, la carte mobilité inclusion invalidité " besoin d'accompagnement ", en constatant un taux d'incapacité supérieur ou égal à 80%. Il ressort, en outre, du certificat médical établi le 28 février 2020 que Mme C, son épouse, " doit être constamment aux côtés de son époux () en raison des grosses séquelles d'AVC qui sont les siennes et justifient son invalidité totale ". Dans ces circonstances particulières, le requérant est fondé à soutenir qu'en rejetant sa demande au seul motif de la présence en France de son épouse, le préfet a entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation.

9. Il résulte de ce qui précède que M. A est fondé à demander l'annulation de la décision préfectorale du 9 décembre 2019 rejetant sa demande de regroupement familial, ainsi que celle de la décision de rejet implicite de son recours gracieux du 11 juin 2020.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

10. Eu égard au motif d'annulation retenu, l'exécution du présent jugement implique nécessairement que le préfet du Pas-de-Calais fasse droit à la demande de M. A. Dès lors, en application de l'article L. 911-1 du code de justice administrative, il y a lieu de lui enjoindre d'y procéder dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

11. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros au titre des frais exposés par M. A et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 9 décembre 2019 portant rejet de la demande de regroupement familial présentée par M. A au bénéfice de son épouse et celle portant rejet de son recours gracieux formé le 11 juin 2020 sont annulées.

Article 2 : Il est enjoint au préfet du Pas-de-Calais de délivrer une autorisation de regroupement familial à M. A au bénéfice de son épouse dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à M. A une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. D A et au préfet du Pas-de-Calais.

Délibéré après l'audience du 21 octobre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Marjanovic, président,

M. Caustier, premier conseiller,

M. Bourgau, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 novembre 2022.

Le président-rapporteur,

Signé

V. F

L'assesseur le plus ancien

dans l'ordre du tableau,

Signé

G. CAUSTIER

La greffière,

Signé

D. WISNIEWSKI

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N°2008373

Décisions similaires

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881

Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.

01/06/2026

← Retour aux décisions