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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2103884

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2103884

lundi 18 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2103884
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantBRIATTE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires enregistrés le 19 mai 2021, le 26 mai 2022 et le 30 avril 2023, Mme A B demande au tribunal :

1°) de condamner le centre communal d'action sociale (CCAS) de la commune de Wasquehal à lui verser la somme totale de 50 000 euros en réparation de ses préjudices, assortie des intérêts moratoires à compter de la notification de la demande indemnitaire préalable ;

2°) de mettre à la charge du centre communal d'action sociale de la commune de Wasquehal la somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- elle a été victime d'agissements constitutifs d'un harcèlement moral résultant d'une part du comportement de sa supérieure hiérarchique et d'autre part des agissements de l'établissement à son égard ;

- le centre communal d'action sociale de la commune de Wasquehal a manqué à son obligation de protection ;

- elle est fondée à obtenir la somme de 50 000 euros pour le préjudice moral et les troubles dans les conditions d'existence résultant de ces fautes.

Par des mémoires enregistrés le 22 mars 2022, le 4 juillet 2022 et le 31 mai 2023, le centre communal d'action sociale de la commune de Wasquehal, représenté par Me de Faÿ, conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 16 mai 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 17 juillet 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code du travail ;

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- le décret n° 85-603 du 10 juin 1985 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Borget, rapporteur,

- et les conclusions de Mme Allart, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A B, titulaire du grade d'assistante socio-éducative principale, exerce les fonctions de directrice de la résidence pour personnes âgées " Harmonie " au sein du centre communal d'action sociale (CCAS) de la commune de Wasquehal. Faisant état d'agissements répétés constitutifs selon elle de harcèlement moral de la part de la directrice du CCAS, elle a sollicité de son employeur, par courrier du 30 juillet 2019, l'octroi de la protection fonctionnelle sur le fondement des dispositions de l'article 11 de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires. Par une décision du 20 septembre 2019, la présidente du CCAS a refusé de faire droit à sa demande. Par un courrier adressé le 14 avril 2021, Mme B a formé une demande préalable indemnitaire auprès du CCAS de Wasquehal, demandant à son employeur l'indemnisation des préjudices qu'elle estime avoir subis. Par courrier du 6 mai 2021, le CCAS de la commune de Wasquehal a rejeté cette demande indemnitaire. Par la présente requête, Mme B demande au tribunal la condamnation du CCAS de Wasquehal à lui verser une somme totale de 50 000 euros.

Sur les conclusions indemnitaires :

2. En premier lieu, aux termes de l'article 6 quinquiès de la loi du 13 juillet 1983, alors en vigueur : " Aucun fonctionnaire ne doit subir les agissements répétés de harcèlement moral qui ont pour objet ou pour effet une dégradation des conditions de travail susceptible de porter atteinte à ses droits et à sa dignité, d'altérer sa santé physique ou mentale ou de compromettre son avenir professionnel. / () ".

3. Il appartient à un agent public qui soutient avoir été victime d'agissements constitutifs de harcèlement de soumettre au juge des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence d'un tel harcèlement. Il incombe à l'administration de produire, en sens contraire, une argumentation de nature à démontrer que les agissements en cause sont justifiés par des considérations étrangères à tout harcèlement. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si les agissements de harcèlement sont ou non établis, se détermine au vu de ces échanges contradictoires, qu'il peut compléter, en cas de doute, en ordonnant toute mesure d'instruction utile. Pour apprécier si des agissements dont il est allégué qu'ils sont constitutifs d'un harcèlement moral revêtent un tel caractère, le juge administratif doit tenir compte des comportements respectifs de l'administration auquel il est reproché d'avoir exercé de tels agissements et de l'agent qui estime avoir été victime d'un harcèlement moral. Pour être qualifiés de harcèlement moral, ces agissements doivent être répétés et excéder les limites de l'exercice normal du pouvoir hiérarchique.

4. Mme B soutient qu'elle a été victime de faits de harcèlement moral de la part de la directrice du CCAS de la commune de Wasquehal. Elle précise qu'elle a, de par le comportement de sa supérieure, était placée dans une situation d'isolement, qu'elle a vu ses attributions et son autorité remises en cause et qu'elle a subi des humiliations répétées.

5. Si Mme B estime que sa supérieure a cherché à l'isoler en lui interdisant de manger avec les résidents de l'établissement qu'elle dirigeait, en s'opposant à sa participation à certaines réunions et en lui demandant de ne pas se rendre de manière systématique dans les locaux de la résidence " Quiétude " en l'absence de la directrice de cet établissement, il ressort des éléments produits par les parties que ces mesures s'inscrivaient dans un exercice normal du pouvoir hiérarchique et pouvaient apparaître comme étant justifiées par l'intérêt du service, de sorte qu'elles ne sauraient constituer des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence d'une situation de harcèlement. Par ailleurs, il ne résulte pas des éléments produits que la circonstance selon laquelle Mme B n'était pas en possession des clés des locaux du CCAS après le changement des barillets de serrure soit imputable à un agissement de sa supérieure.

6. En ce qui concerne la remise en cause de ses attributions et de son autorité par la directrice du CCAS, la circonstance selon laquelle Mme B a pu voir certaines de ses décisions remises en cause par sa supérieure, y compris auprès d'autres agents de l'établissement, n'est pas de nature à caractériser l'existence d'éléments constitutifs de faits de harcèlement dès lors notamment que les modifications de consignes s'inscrivaient dans un exercice régulier du pouvoir hiérarchique. En outre, si les éléments produits par l'administration en défense sont de nature à confirmer que la directrice du CCAS a pu par moment se montrer imprécise dans les directives données à Mme B, cet élément ne saurait laisser présumer l'existence d'un harcèlement moral.

7. S'agissant de la surcharge de travail et de la réduction indue de ses attributions dont Mme B se prévaut, il ne saurait être déduit des termes imprécis et parfois contradictoires de l'attestation produite par la requérante à l'appui de ses allégations sur ce point, l'existence d'éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence d'un harcèlement.

8. Mme B fait également état de vexations, humiliations et insultes de la part de sa supérieure, notamment à l'occasion de réunions publiques. Elle produit à cet effet une attestation émanant de l'ancienne directrice des finances de la commune qui évoque une réunion tenue en janvier 2019, à l'occasion de laquelle l'action professionnelle de Mme B a été publiquement critiquée par sa supérieure ainsi que des dénigrements réguliers de la requérante devant elle durant " les mois qui suivirent ". Toutefois, cette attestation fait apparaître un fait au caractère isolé et des allégations aucunement circonstanciées. Mme B produit également une attestation émanant d'une ancienne collaboratrice qui indique que l'intéressée faisait régulièrement l'objet d'insultes lors de conversations entre la directrice du CCAS et certains agents placés sous l'autorité directe de Mme B. Toutefois, tant l'enquête administrative diligentée par le CCAS que l'attestation émanant de l'ancien directeur des ressources humaines produite en réponse font apparaître que l'existence d'un surnom insultant dont était affublée Mme B était imputable non pas à la supérieure de l'intéressée mais à des agents de l'EHPAD et qu'elle a donné lieu à un recadrage desdits agents. Dès lors ces éléments ne sauraient davantage laisser présumer l'existence d'un harcèlement moral.

9. Par ailleurs, il est constant que la directrice du CCAS a été sanctionné disciplinairement par le prononcé d'un blâme pour avoir, d'une part, tenu auprès de certains personnels et à plusieurs reprises des critiques sur de nombreux agents, cadres, dont Mme B, et membres de la direction générale de la collectivité, et, d'autre part, divulgué à un agent d'accompagnement la teneur d'un échange de certains membres de la direction du CCAS au sujet de Mme B, portant ainsi atteinte à la crédibilité managériale de la requérante. Pour autant, il résulte des éléments du dossier que ces agissements relèvent de difficultés de management et de positionnements inappropriés qui ne peuvent permettre de caractériser l'existence d'éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence d'un harcèlement à l'encontre de l'intéressée.

10. Enfin, les éléments rapportés par les personnes qui ont précédé Mme B sur le poste occupé, relatifs aux conditions dans lesquelles elles ont été amenées à quitter l'établissement, notamment en lien avec le management de la directrice du CCAS, ne sont pas davantage de nature à caractériser l'existence d'éléments constitutifs de faits de harcèlement.

11. Il résulte de ce qui précède, que si les faits invoqués par Mme B, pris dans leur ensemble, sont de nature à caractériser l'existence de dysfonctionnements qui ont pu mettre l'intéressée en difficulté dans l'exercice de ses fonctions, ils ne permettent pas de considérer qu'il existe des indices suffisants susceptibles de faire présumer qu'elle aurait été victime, ainsi qu'elle le prétend, d'agissements réitérés constitutifs de harcèlement moral au sens de l'article 11 de la loi du 13 juillet 1983.

12. Mme B soutient également que les agissements de l'administration du CCAS de la commune de Wasquehal à son égard sont constitutifs de faits de harcèlement moral.

13. Elle se prévaut à cet égard d'une absence de soutien de la part de son administration alors qu'elle rencontrait des difficultés importantes dans l'exercice de ses fonctions. Toutefois, ces allégations sont directement contredites par ses propres écritures dans lesquelles elle reconnait que la personne qui occupait les fonctions de directeur des ressources humaines en 2019 puis celle de directeur général des services par la suite " a souvent été à l'écoute " et qu'elle a pu échanger avec la vice-présidente du CCAS au sujet de ces mêmes difficultés. En outre, il résulte de l'instruction que les difficultés évoquées ont donné lieu à la mise en œuvre d'une enquête administrative dont la durée n'apparaît pas, contrairement à ce qu'affirme la requérante, excessive. De la même manière, le rapport d'enquête tel qu'il est établi n'est pas de nature à mettre en évidence une éventuelle partialité de l'administration dès lors que les difficultés rencontrées par les agents sont mentionnées et ont pu conduire à ce qu'une sanction disciplinaire soit infligée à la directrice du CCAS.

14. Mme B se prévaut également des décisions ayant refusé de reconnaître l'imputabilité au service de son arrêt de travail du 1er juillet 2019 et ayant refusé de lui accorder la protection fonctionnelle à raisons des agissements de harcèlement moral qu'elle dénonçait. Toutefois, de telles décisions ne sont pas par nature susceptibles de recevoir la qualification d'agissements de harcèlement moral.

15. S'agissant de l'absence de nomination de Mme B sur un poste d'attaché territorial à la suite de sa réussite au concours, l'administration justifie de l'absence de poste vacant ou à pourvoir correspondant à son grade au sein du CCAS.

16. Enfin, Mme B n'invoque aucun élément de nature à laisser penser qu'elle aurait pu voir sa carrière subir un ralentissement en raison des agissements de son employeur.

17. Il résulte de tout ce qui précède que ni les agissements de la directrice du CCAS, ni les agissements du CCAS de la commune de Wasquehal ne permettent de considérer qu'il existe des indices suffisants susceptibles de faire présumer que Mme B aurait été victime, ainsi qu'elle le prétend, d'agissements réitérés constitutifs de harcèlement moral.

18. En second lieu, aux termes de l'article 23 de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires alors en vigueur : " Des conditions d'hygiène et de sécurité de nature à préserver leur santé et leur intégrité physique sont assurées aux fonctionnaires durant leur travail ". D'autre part, aux termes de l'article 2-1 du décret du 10 juin 1985 relatif à l'hygiène et à la sécurité du travail ainsi qu'à la médecine professionnelle et préventive dans la fonction publique territoriale : " Les autorités territoriales sont chargées de veiller à la sécurité et à la protection de la santé des agents placés sous leur autorité ". Aux termes de l'article 3 de ce même décret : " En application de l'article 108-1 de la loi du 26 janvier 1984 susvisée, dans les services des collectivités et établissements mentionnés à l'article 1er, les règles applicables en matière de santé et de sécurité sont, sous réserve des dispositions du présent décret, celles définies aux livres Ier à V de la quatrième partie du code du travail et par les décrets pris pour leur application () ". Aux termes de l'article L. 4121-1 du code du travail : " L'employeur prend les mesures nécessaires pour assurer la sécurité et protéger la santé physique et mentale des travailleurs. () ".

19. Il résulte de l'instruction que le CCAS a, lorsqu'il a été informé des difficultés rencontrées par Mme B, veillé à répondre aux sollicitations de l'intéressée et a notamment engagé une enquête administrative qui a conduit au prononcé d'une sanction disciplinaire à l'encontre de la directrice. L'administration établit ainsi avoir mis en œuvre les mesures visant à améliorer les conditions de travail de Mme B adaptées aux circonstances. Dans ces conditions, il n'y a pas lieu de retenir un manquement du CCAS de la commune de Wasquehal à ses obligations en matière de sécurité et de santé au travail.

20. Il résulte de tout ce qui précède que le CCAS de la commune de Wasquehal n'a commis aucune faute de nature à engager sa responsabilité. Par suite, les conclusions indemnitaires de Mme B doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

21. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que le CCAS de la commune de Wasquehal, qui n'a pas la qualité de partie perdante, verse à Mme B la somme que celle-ci réclame au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au centre communal d'action sociale de la commune de Wasquehal.

Délibéré après l'audience du 21 novembre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Leguin, présidente,

M. Borget, premier conseiller,

Mme Piou, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 décembre 2023.

Le rapporteur,

Signé

J. BORGET

La présidente,

Signé

A-M. LEGUINLa greffière,

Signé

S. SING

La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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