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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2107018

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2107018

jeudi 13 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2107018
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantVERGNOLE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 3 septembre 2021, M. C A, représenté par Me Vergnole, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté en date du 3 août 2021 par lequel le préfet du Pas-de-Calais a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement ;

2°) d'enjoindre au préfet du Pas-de-Calais de lui délivrer un certificat de résidence algérien portant la mention " salarié " ou " vie privée et familiale ", dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) à défaut, d'enjoindre au préfet du Pas-de-Calais de procéder à un nouvel examen de sa demande de titre de séjour ;

4°) de mettre à la charge de l'État le versement à son conseil de la somme de 1 500 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991, relative à l'aide juridique.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision refusant la délivrance d'un titre de séjour :

- la décision refusant la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " salarié " est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision refusant son admission exceptionnelle au séjour est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne la décision faisant obligation de quitter le territoire français :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision refusant la délivrance d'un titre de séjour ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision refusant la délivrance d'un titre de séjour.

Par un mémoire en défense, enregistré le 4 octobre 2021, le préfet du Pas-de-Calais conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Par une ordonnance en date du 4 octobre 2021, la clôture de l'instruction a été fixée au 5 novembre 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. B a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant algérien né le 4 janvier 1994, est entré en France le 6 juillet 2017, muni de son passeport revêtu d'un visa en cours de validité. Les 24 août 2020 et 24 avril 2021, il a sollicité la délivrance d'un certificat de résidence en qualité de travailleur temporaire. Par un arrêté en date du 3 août 2021, dont M. A demande l'annulation, le préfet du Pas-de-Calais a refusé de lui délivrer ce titre, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement.

Sur les moyens communs aux décisions refusant la délivrance d'un titre de séjour et faisant obligation de quitter le territoire français :

2. En premier lieu, les décisions attaquées mentionnent les circonstances de fait et de droit sur lesquelles elles se fondent. Le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de ces décisions ne peut dès lors qu'être écarté.

3. En second lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet du Pas-de-Calais n'a pas procédé à un examen particulier de la situation personnelle de M. A avant de prendre les décisions attaquées.

Sur les autres moyens dirigés contre la décision refusant la délivrance d'un titre de séjour :

4. En premier lieu, si M. A soutient que le préfet du Pas-de-Calais, en lui refusant la délivrance d'un certificat de résidence en qualité de travailleur temporaire, a méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ces stipulations sont par elles-mêmes sans incidence sur l'appréciation portée par l'administration sur une telle demande. Par suite, le moyen tiré de la violation de ces stipulations est inopérant.

5. En second lieu, les stipulations de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 régissent d'une manière complète les conditions dans lesquelles les ressortissants algériens peuvent être admis à séjourner en France et y exercer une activité professionnelle, les règles concernant la nature des titres de séjour qui peuvent leur être délivrés, ainsi que les conditions dans lesquelles leurs conjoints et leurs enfants mineurs peuvent s'installer en France. Portant sur la délivrance des catégories de cartes de séjour temporaire prévues par les dispositions auxquelles il renvoie, l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est relatif aux conditions dans lesquelles les étrangers peuvent être admis à séjourner en France soit au titre d'une activité salariée, soit au titre de la vie familiale. Dès lors que ces conditions sont régies de manière exclusive par l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, un ressortissant algérien ne peut utilement invoquer les dispositions de cet article à l'appui d'une demande d'admission au séjour sur le territoire national. Toutefois, si l'accord franco-algérien ne prévoit pas, pour sa part, de semblables modalités d'admission exceptionnelle au séjour, il y a lieu d'observer que ses stipulations n'interdisent pas au préfet de délivrer un certificat de résidence à un ressortissant algérien qui ne remplit pas l'ensemble des conditions auxquelles est subordonnée sa délivrance de plein droit. Il appartient au préfet, dans l'exercice du pouvoir discrétionnaire dont il dispose sur ce point, d'apprécier, compte tenu de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, l'opportunité d'une mesure de régularisation.

6. Il ressort des pièces du dossier que M. A, qui se déclare célibataire et sans enfant, est entré en France le 6 juillet 2017 sous couvert d'un passeport revêtu d'un visa de court séjour, avant de se maintenir irrégulièrement sur le territoire français. Il n'est pas sérieusement contesté qu'il a par la suite bénéficié, sans au demeurant que son employeur n'obtienne pour ce faire d'autorisation de l'administration, de deux contrats de travail de courtes durées au cours des années 2020 et 2021. Si le requérant fait valoir qu'il est désormais bénéficiaire d'une promesse en vue de son embauche en contrat à durée indéterminée, cette circonstance, qui est postérieure à l'arrêté contesté, est sans incidence sur sa légalité. Par ailleurs, en se bornant à soutenir qu'il est particulièrement investi dans le bénévolat, qu'il a suivi des formations et que, compte tenu de son insertion professionnelle et de sa durée de présence en France, il y a transféré l'ensemble de ses liens privés et familiaux, M. A ne fait état d'aucune attache particulière sur le territoire français. En outre, contrairement à ce qu'il fait valoir, il n'établit pas être dépourvu de toute attache privée ou familiale dans son pays d'origine, où il a vécu la majeure partie de sa vie et a récemment obtenu un certificat de maîtrise professionnelle. Il n'est pas non plus établi que le requérant serait dans l'impossibilité de se réinsérer socialement et professionnellement en Algérie. Dans ces conditions, et compte tenu de la durée de son séjour en France, M. A n'est pas fondé à soutenir que le préfet du Pas-de-Calais, en lui refusant la délivrance d'un titre de séjour, aurait commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de la décision attaquée sur sa situation personnelle. Il n'est pas davantage fondé à soutenir que les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ont été méconnues.

Sur les autres moyens dirigés contre la décision faisant obligation de quitter le territoire français :

7. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit aux points 2 à 6 que le moyen tiré de l'illégalité de la décision refusant la délivrance d'un titre de séjour doit être écarté.

8. En second lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 6, M. A n'est fondé à soutenir ni que le préfet du Pas-de-Calais a commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de la décision attaquée sur sa situation personnelle, ni qu'il a méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Sur l'autre moyen dirigé contre la décision fixant le pays de destination :

9. Il résulte de ce qui a été dit aux points 2 à 6 que le moyen tiré de l'illégalité de la décision refusant la délivrance d'un titre de séjour doit être écarté.

10. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté en litige. Ses conclusions à fin d'injonction doivent être rejetées par voie de conséquence, ainsi que, en tout état de cause, celles qu'il a présentées au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

DÉCIDE :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A, à Me Marion Vergnole et au préfet du Pas-de-Calais.

Délibéré après l'audience du 6 octobre 2022, à laquelle siégeaient :

- M. Lemaire, président,

- Mme Dang, première conseillère,

- Mme Lançon, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 octobre 2022.

L'assesseure la plus ancienne,

Signé

L. DANGLe président-rapporteur,

Signé

O. B

La greffière,

Signé

S. RANWEZ

La République mande et ordonne au préfet du Pas-de-Calais en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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